Hommage à Kathleen Ferrier

 

La voix de Kathleen Ferrier

essai de Benoît Mailliet Le Penven, Balland 1997, 108p.

ISBN 2-7158-1136-5

    Peut-on parler d'essai amoureux ? Si ce genre n'existait pas, un jeune homme de 22 ans l'a inventé en 1997. Benoît Mailliet Le Penven s'est penché avec amour et pertinence sur la voix de l'extraordinaire contralto avec laquelle il avait fait à 15 ans une rencontre décisive : "un¨disque rassemblant les trois Rückert-Lieder de Mahler enregistrés avec Bruno Walter et les Wiener Philharmoniker, et, de Brahms, la Rhapsodie pour contralto, choeur d'hommes et orchestre avec Clemens Krauss et le Philharmonique de Londres, les deux Lieder avec alto op91 et les Vier ernste Gesänge. Or, là où je croyais rencontrer une légende, le disque me révéla une voix.

"Cette découverte fut un choc véritablement physique (frissons par vagues, souffle coupé, yeux brûlants). Je voyais poindre déjà le sens renouvelé du beau, de la pure émotion esthétique. Le chant grégorien, le Clavier bien tempéré, les Variations Goldberg et l'Art de la fugue, les chorals de Buxtehude... tel avait été l'univers musical de mon enfance, qui avait eu cette clarté égale, harmonieuse et méditative que prend la lumière d'une après-midi d'été dans une église romane du Val-de-Loire : la voix de Kathleen Ferrier en modifiait soudain la perspective et la profondeur, y apportant une luminosité nouvelle en même temps qu'une sorte de ténèbre.

"Je crois aux rencontres, aux intercesseurs : Kathleen Ferrier fut pour moi l'un et l'autre. Après cette rencontre, je m'attachai à mieux connaître l'être dont la voix avait chanté en moi comme un appel de l'autre rive." (pp20-21)

Ce long extrait, essentiel à la compréhension de la démarche de l'auteur, en dit beaucoup sur sa riche et profonde sensibilité, doublée d'une culture musicale et poétique aussi précise que passionnée. Il s'implique tout autant qu'il analyse, l'émotion esthétique lui étant la source nécessaire d'un questionnement à la fois personnel et universel. De l'individualité de son expérience, il investit un espace plus grand, plus large, infini où l'art, baigné de clair-obscur, réinvente la présence. L'immédiateté de l'émotion et ses insondables bouleversements. De chapitre en chapitre, la voix de Benoît Mailliet Le Penven, enflammée et pudique, accompagne avec discrétion celle de Kathleen Ferrier, la cherche, l'illumine au fil de sa brève et fulgurante carrière. En fil rouge et par fragments, le sublime poème d'Yves Bonnefoy, A la voix de Kathleen Ferrier, est un encouragement, une inspiration, un écho à sa propre étude. Il envisage ainsi, de chapitre en chapitre, la vie de Kathleen Ferrier et chacun de ses enregistrements légendaires, comme une nouvelle étape vers la connaissance plus vaste de l'âme et de ses transfigurations artistiques.

Nulle pédanterie, aucune leçon, pas le moindre hermétisme intellectuel dans ce travail patient et si vibrant : Benoît Mailliet Le Penven demeure toujours au coeur de l'émotion en cherchant avec simplicité et détail les mots qui lui seront fidèles.

Présence physique et charnelle, la voix de Kathleen Ferrier mène à un cheminement spirituel vers lequel ce jeune auteur nous transporte littéralement.

Vous l'aurez compris : La voix de Kathleen Ferrier fait partie de ces livres essentiels qui pourraient bien rester éternellement à notre chevet... auprès des enregistrements de son inspiratrice.

(Isabelle Françaix)

 

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