Hommage à KATHLEEN FERRIER
La
vie brève de Kathleen Ferrier
de Jérôme Spycket (Préface de Dame Janet Baker)
Fayard 2003, 166 p. (ISBN 2-213-61682-5)
D'emblée, Jérôme Spycket qui n'en est pas à sa première biographie (citons surtout son très documenté et passionnant ouvrage sur Clara Haskil, Payot Lausanne-Van de Velde, 1975, réédité en Payot Poche, 1992), évoque le danger de frôler l'hagiographie quand on se penche sur la vie d'une femme aussi belle, radieuse et généreuse qu'elle avait de talent et d'intériorité. Quoique visiblement touché par l'âme si émouvante de Kathleen Ferrier, il ne tombe jamais dans le piège qu'il a si judicieusement désigné. Claire et directe, pleine et vivante, son écriture mène droit à l'essentiel : faits, documents, étonnantes et bouleversantes photos, lettres manuscrites, traces et témoignages de musiciens et d'artistes qui ont bien connu la contralto... Sa vie, son entourage et sa carrière parlent d'eux-mêmes, riches et intenses : Spycket raconte avec tact, pudeur, simplicité ; Kathleen Ferrier nous apparaît peu à peu, et sa douce lumière, puissante, chaleureuse nous laisse pantelants.
Trois instantanés :
Esquisse de Kathleen Ferrier par Gerald Moore, fidèle accompagnateur à l'amitié indéfectible : "Sage sans être magistrale, assurée sans être dogmatique, spirituelle et même mordante mais sans méchanceté. (...) Elle n'avait besoin d'aucun artifice pour que sa présence s'impose et rayonne - sans qu'elle en soit du reste consciente." (p51)
Emoi de Bruno Walter qui avait enfin trouvé l'interprète idéale de Mahler : " Elle avait le charme d'une enfant et la dignité d'une Lady, à la fois fille de campagne et prêtresse." Quand il évoque sa voix, il s'emporte : "une beauté rare, une émission naturelle, une chaleur expressive, une musicalité innée, une personnalité." (p70)
Jérôme Spycket lui-même aime évoquer sa part d'ombre au-delà de sa gouaille, son effronterie voire sa verdeur de "fille du Lancashire" : "Il n'y avait pourtant aucune sentimentalité, aucune mièvrerie en elle - seulement une sensibilité à fleur de peau qu'elle s'efforçait de contenir dans la vie de tous les jours, sous des dehors naturellement gais. Il y avait un étonnant contraste entre l'intensité dramatique de ses interprétations et sa fantaisie, sa gourmande joie de vivre aussitôt sortie de scène." (p71)
(Isabelle Françaix)