PROKOFIEV - enfant terrible
(Decca, DG, Philips 473 4432 - 2CDs)
A l'occasion du cinquantenaire de la mort d'une des références musicales du XXème siècle, Decca, DG et Philips s'unissent pour rassembler de grands moments de l'interprétation de son oeuvre riche et variée. Cette anthologie en deux disques est un pêle-mêle bien garni de son oeuvre, saisie par éclairs plutôt brefs, juste pour nous donner envie de l'aborder plus profondément. Concertos, symphonies, ballets, opéras, cantates surgissent par bribes en convoquant de prestigieux interprètes, tels que Sviatoslav Richter en 1959 dans le Vivo du Concerto pour piano N°5, op.55, Vladimir Ashkenazy en 1967 pour l'Andante de la Sonate pour piano N°7, op.83, ou à la tête du Cleveland Orchestra avec la Grande Valse de Cinderella en 1983. Citons les fabuleux passages du Semyon Kotko, de Guerre et Paix ou Ivan le Terrible revus par Valery Gergiev et l'Orchestre du Kirov respectivement en 1999, 1991 et 1996. Retrouvons la Suite Scythe d'Abbado (1977), le Finale de la Symphonie N°1 dirigée par Walter Weller (1974) ou le Concerto pour piano N°2 par Gil Shaham (1996)... Le livret, parsemé de nombreuses photos, est fort bien pensé et nous donne un intéressant panorama de la vie et l'oeuvre de Prokofiev. Dommage qu'il ne s'adresse qu'aux anglophones !
Pour ceux qui se demanderaient pourquoi Prokofiev fut un "enfant terrible", rappelons que s'il quitta la Russie en 1918, sous les tremblements révolutionnaires de ses compatriotes, pour tenter sa chance aux Etats-Unis puis à Paris, il revint en son pays en 1934 où ses relations se dégradèrent peu à peu avec le pouvoir soviétique. Plus considéré à l'étranger comme pianiste virtuose que grand compositeur, il tenta de percer dans sa patrie. Il ne tarda pas à être accusé, tout comme Shostakovich, de formalisme. En 1943, certaines de ses oeuvres furent interdites de publication. Le Rapport Jdanov le censura en 1948 pour "tendances antidémocratiques en musique". Il ne retrouva grâce aux yeux du régime qu'en 1952 avec la Symphonie N°7 et ... mourut le 5 mars 1953, le même jour que Staline. Quelle ironie ! Sa disparition fut totalement étouffée par celle du dictateur.
Voir Oeuvres Orchestrales : La Suite Scythe et Alexandre Nevsky, par GERGIEV (Philips)
(Bruxelles, Isabelle Françaix)