Portrait à venir...

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul GOODWIN

Hautboïste baroque, chef d'orchestre

Chef d'orchestre associé à l'Academy of Ancient Music et chef principalde l'English Chamber Orchestra, il dirige régulièrement d'autres orchestres en Grande-Bretagne et ailleurs, passionné par l"opéra, la combinaison des instruments anciens et de la musique contemporaine malgré sa formation essentiellement baroque. Il aime se consacrer également à des projets éducatifs et dirige, entre autres, l'orchestre et l'opéra baroques à l'Université d'été de Dartington.

 

 

Grande première cette année au Concours Reine Élisabeth : le baroque, accompagné par un orchestre d'instruments d'époque ! Ce qui n'est pas du goût de tous : certains décrètent que Paul Goodwin ne soutient pas les candidats, exige trop des néophytes... d'autres affirment que l'Academy of Ancient Music n'est pas synchrone, joue trop fort ou trop vite, manque d'expérience dans le domaine de la compétition internationale. Nouveauté oblige : toutes les cloches ont le droit de sonner à son arrivée ! Un fait certain en tout cas : la passion, l'enthousiasme et la joie  se sont réunis en un grand chef mince, bondissant et tonique, stimulé par l'idée de participer à l'événement.

" C'est une bonne expérience pour l'orchestre. Nous jouons bien sûr beaucoup d'opéras baroques, nous sommes aguerris à l'accompagnement des chanteurs et nous aimons tous le faire. J'aime aider les jeunes chanteurs à donner le meilleur d'eux-mêmes à travers le baroque... qu'ils ne comprennent peut-être pas tous, dont ils n'ont parfois aucune connaissance ni aucune expérience, puisqu'ils viennent de mondes très différents. Beaucoup d'entre les candidats n'ont jamais chanté sur instruments d'époque; leur seule connaissance de ce "vieux" style émerge des disques : c'est donc un apprentissage pour eux. Ce qui est très positif, c'est leur ouverture aux sons, au phrasé que nous produisons ; ils sont très heureux d'essayer de travailler leur voix avec nous selon ce  système "nouveau" pour eux."

Les différences culturelles sont-elles un handicap ?

" Les candidats sont tous très bien préparés techniquement; la plupart ont écouté de nombreux CDs mais la réalité sonne différemment. Le grand choc, c'est que nous jouons un demi-ton plus bas : c'est très difficile pour eux de chanter à cette hauteur. Les Asiatiques, par exemple, sont très ouverts : ils sont timides à présenter leurs idées sur le baroque mais ils écoutent ce que l'orchestre et moi leur proposons ; ils s'adaptent très rapidement et, en général, ça marche bien."

Cela nous permet-il de penser que le baroque, au-delà des différences d'époques et de nationalités, pourrait-être universel ?

" La musique baroque est souvent une musique de danse. Notre thème récurrent, c'est de faire comprendre cette idée de danse aux candidats. Même la Lamentation de Didon est une danse, une sarabande. Une fois qu'ils ont compris cela, ils peuvent établir le contact avec la danse de leur propre culture. La danse est universelle."

Le baroque n'est donc pas condamné à être daté ? Peut-on dire qu'il restera d'actualité ?

" Pas moins que la musique romantique ! Le baroque appartient à la musique du passé mais il est parlant aujourd'hui. Les intrigues baroques et leurs sentiments n'ont pas d'âge ; elles sont souvent bien plus intéressantes que les vieilles intrigues romantiques démodées ! La renaissance pas si lointaine du baroque est une réaction anti-romantique, une respiration : on secoue les poussières !"

Un musicien baroque a-t-il une mission à accomplir ?

" "Une mission à accomplir" ? C'est une expression dangereuse... Le baroque bouge, vit, excite et divertit les gens de notre époque parce qu'il les concerne aujourd'hui. On essaie de transmettre sa variété, sa vitalité, sa drôlerie. Je crois que la meilleure façon de le faire est d'utiliser les instruments anciens : ils ajoutent des couleurs, un phrasé, des rythmes de danse plus efficaces et même lumineux.

" Imposer la musique baroque dans un concours est une très bonne idée car le chanteur doit faire preuve d'une bonne technique, très claire. J'ai travaillé beaucoup la musique de danse baroque avec des danseurs de ballet qui trouvaient cet art très difficile : cela exige une incroyable discipline et le moindre mouvement doit être fait de la manière la plus sophistiquée ! Je pense que c'est aussi vrai pour le chant que pour la danse. "

Membre du jury, qu'exigerait-il d'un interprète en baroque ?

" Une technique claire, une bonne compréhension du rythme, le contrôle des différents registres de la voix (en baroque, il faut savoir faire flotter la note, la maintenir), la musicalité. Vous ne pouvez pas chanter le baroque comme il est écrit sur la partition : vous devez en faire quelque chose, l'interpréter, plus encore que la musique des autres périodes, je crois. Un musicien doit comprendre un style et y greffer sa propre personnalité. Certains chanteurs produisent des ornementations très intéressantes qui reflètent ce qu'ils sont. Bien sûr, il existe une façon bien précise de chanter le baroque : une ligne mélodique douce et belle assortie d'un vif sens du rythme. Quand pointe-t-on une note ? C'est crucial. "

Quels chanteurs actuels y parviennent-ils ?

" C'est difficile d'en faire la liste ! Je ne serai pas exhaustif et n'en citerai que quelques-uns... Le contre-ténor James Bowman possède une superbe rythmique ; il comprend comment mettre la note au bon endroit. Il a ses bons et ses mauvais jours, mais même les mauvais jours, il peut faire quelque chose de sa voix ; le rythme et l'émotion sont chez lui si touchants que vous oubliez s'il chante bien ou moins bien.

" Nancy Argenta, qui est une très bonne amie avec qui je travaille beaucoup. Je ne peux parfois pas écouter une musique qu'elle a interprétée, chantée par une autre, sans entendre ses propres inflexions. Elle sait comment maintenir une note au-dessus des autres, la porter, la faire rayonner.

" José Van Dam me touche beaucoup également... "

Peut-on résumer le baroque en quelques mots ?

" N'ai-je pas déjà tout dit ? Ah non ! La gestuelle, que je n'avais pas encore mentionnée ; la danse ; le rythme ; une exquise mélodie ; l'énergie rythmique et bien sûr le contrepoint . Ajoutez-y aussi, pour ne pas l'oublier  : un éveil anti-romantique."

 

Propos recueillis par Isabelle Françaix le 17 mai 2000.