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Textes & photos : Noël Godts

 

Minuit vingt, les sonnettes retentissent dans le Palais des Beaux-Arts, le verdict approche ! Les bruits de couloirs donnent un trio favori formé des Russes Anna VINNITSKAYA et Ilya RASHKOVSKIY et de la Bulgare Plamena MANGOVA. A cela pourrait s’ajouter l’Italienne Mariangela VACATELLO, la Japonaise Hisako KAWAMURA et notre Belge Liebrecht VANBECKEVOORT. Le sort du Suisse Francesco PIEMONTESI et celui des Coréens Hong-Chun YOUN et Hyo-Sun LIM étant relativement incertain, il semble cependant acquis que la Coréenne Miyeon LEE, le Français François DUMONT et le Khazak Stanislav KHEGAY n’atteindront pas le classement des six premiers lauréats…

 

Tant de certitudes sont souvent sujettes à caution dans les trépidantes aventures musicales du Concours International Reine Elisabeth. On rappellera que cette session 2007 a déjà vu l’élimination en demi-finale de redoutables talents : celui des Russes Evgeny BRAKHMAN et Zlata CHOCHIEVA que l’on croyait voir d’office en finale. Parmi le flot de considérations qui autorisent des pronostics dignes d’un tiercé dévoué à la musique, il faut aussi prendre en compte la constitution du jury, entre pédagogues et concertistes. Musicalité et virtuosité y gagnent des suffrages différents, basés sur des estimations musicales issues de sensibilités et de parcours divers. Endurance, virtuosité et musicalité sont indispensables à la détection d’une personnalité mais ces éléments constitutifs n’ont pas toujours le même crédit dans les jugements prononcés et peuvent donc générer des surprises quand elles se trouvent cumulées sous forme de points. Enfin, il faut encore penser aux programmes proposés en finale. L’œuvre imposée (La Luna y la Muerte de Miguel GÁLVEZ-TARONCHER), résolument nouvelle et inédite, détermine la puissance d’assimilation d’une partition inconnue selon la personnalité de chaque candidat. Le choix libre d’un concerto soulève une autre question : faut-il être musicien polyvalent ou spécialiste d’un pan de répertoire ? Certains finalistes se trompent d’ailleurs radicalement dans le choix de leur concerto ou de leur sonate…

La spécificité du CMIREB est précisément de débusquer les talents et de les propulser sur les devants d’une scène internationale que les gagnants devront gérer selon leurs potentialités. L’âge peut également se révéler un critère important. On a déjà vu des lauréats d’à peine 16 ou 17 ans emprunter des trajectoires radicalement différentes. Eketarina Novitzkaya et Vadim Repin en sont les exemples les plus édifiants dans l’histoire du Concours.

La proclamation nous a offert une surprise de taille : la présence du Suisse Francesco Piemontesi à la troisième place du palmarès. Pouvait-on l’imaginer parmi les six premiers lauréats même en admirant sa belle audace dans le choix de l’intrépide endurance exigée par Brahms ? Sans doute peut-on s’incliner devant sa jeunesse, son potentiel, sa fougue et la jovialité de son tempérament !

La première place qui revient à la Russe Anna VINNITSKAYA semblait indiscutable mais Ilya RASHKOVSKIY aurait très bien pu l’emporter, tout aussi lumineux et intense que sa compatriote et pourtant détenteur de la quatrième place.

C’est la Bulgare Plamena MANGOVA qui décroche la deuxième place. On l’y voyait quasi d’unanimité pour sa générosité et sa grande force communicatrice tout au long des épreuves de cette session 2007. Il faut par ailleurs rappeler ici qu’Anna VINNITSKAYA et Plamena MANGOVA s’étaient toutes deux présentées en 2003 au CMIREB : la première avait été éliminée lors des demi-finales alors que la seconde, souffrante, avait été contrainte d’abandonner. Juste retour des choses donc pour ces deux talents féminins qui ont auréolé les épreuves tout au long de leurs parcours.

La cinquième place revient à la Coréenne Hyo-Sun LIM, très présente dans son 3e de Rachmaninov, même si la comparaison avec la vision inaltérable et flegmatique du Russe Ilya RASHKOVSKIY, qui le jouait le même soir, aurait pu lui être préjudiciable. La voir en cinquième place est une surprise très agréable car elle avait montré, elle aussi, une constance inaltérable tout au long de ce concours.

Le Belge, Liebrecht VANBECKEVOORT gagne une sixième place qui lui convient très bien. Enthousiaste, souriant et fonceur, il récolte la reconnaissance et l’encouragement de tous, public, presse et jury compris.

On regrettera néanmoins l’absence au classement de l’Italienne Mariangela VACATELLO qui avait montré une richesse de coloris très aboutie et élaborée dans son 3e de Prokofiev. On aurait bien aimé également y voir le Français François DUMONT. Visiblement, son Tchaikovsky lui aura été fatal malgré la noblesse de son propos et l’intelligence de sa construction. La Japonaise Hisako KAWAMURA, qui avait joué un admirable Chopin, est également absente du palmarès mais il faut accepter l’inévitable subjectivité du jury, aussi juste soit-il.

Saluons une dernière fois les grands talents de cette session 2007 du CMIREB et surtout, souhaitons-leur une carrière souriante et épanouie ! Et félicitons le chef Gilbert Varga à la tête de l’Orchestre National de Belgique, dont le travail est des plus périlleux lors des finales pour soutenir, encourager et rattraper certains candidats soumis à un stress incroyable. Le défi de sa tâche n’était pas mince mais il l’a remporté haut la baguette ! Même révérence pour Paul Goodwin et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie lors des programmes mozartiens des demi-finales.

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