Brèves

 

      

UNE LÉGENDE S'ÉTEINT :   

le violoniste ISAAC STERN Est mort 

le samedi 22 septembre 2001

L'année dernière, Isaac Stern publiait ses mémoires, pleines de vie, d'entrain, d'humour et de passion, vibrantes d'engagement et d'espoir, sous le titre prometteur de Mes 79 premières années (Nil Editions, 2000). D'une indéfectible énergie, il refusait de se soucier des avertissements d'une première crise cardiaque en 1968 et d'un triple pontage coronarien en 1987 : son tempérament généreux et bon vivant lui soufflait de vivre pleinement sans économiser ses ressources. Il s'est éteint sans avoir renoncé à son credo, des suites d'une défaillance cardiaque dans un hôpital de New York à 81 ans.

Son itinéraire musical témoigne de ses convictions profondément humanistes autant que de sa vitalité. Modeste, il ne se considérait pas comme l'égal d'un Oistrakh ou d'un Heifetz qu'il continuait d'admirer avec humilité, mais il ne pouvait envisager de vivre sans la musique qui résumait ses choix de vie, son sens de l'amour et du partage. 

Né le 21 juillet 1920 à Kreminiecz, à la frontière russo-polonaise, il devient américain dès sa première année, puisque ses parents s'installent à San Francisco. Son père est peintre en bâtiment, sa mère a étudié le chant au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et l'initie au piano mais il n'apprend le violon que pour suivre l'exemple d'un ami. Dès lors, sa carrière ne tarde pas à démarrer, malgré un premier récital plutôt mal reçu à seize ans : on lui reproche "la force de son archet" et  "la rareté de son vibrato"... qui feront sa gloire par la suite ! La situation s'inverse en 1937 : New York encense son Concerto de Brahms retransmis à la radio. En 1939, sa rencontre avec le très célèbre impresario Sol Hurok (1888-1974) détermine sa carrière ; il multiplie dès lors concerts et engagements à un rythme effréné sans trahir cependant ses idéaux les plus intimes.

D'origine juive même s'il en pratique peu les traditions, il refusera toute sa vie de jouer en Allemagne depuis l'Holocauste, même s'il accepte en 1999 d'y donner des master-classes. Il renonce à se produire en Union Soviétique quand les artistes y sont prisonniers, annule des concerts en Grèce quand la junte militaire prend le pouvoir, aide de jeunes musiciens chinois, soutient l'état d'Israël dès sa création et s'y rend pendant les périodes les plus troublées. Durant la guerre des Six Jours en 1967, en 1973 pendant celle du Yom Kippour, en 1991 pour la guerre du Golfe. Il joue à Jérusalem une Sarabande de Bach, tête nue, devant une assemblée de spectateurs portant des masques à gaz... La première Intifada l'empêche toutefois de créer une formation musicale en Palestine comme il l'a fait à Jérusalem. Aux États-Unis, il lutte pour promouvoir la pratique artistique, préside à la création du  principal organisme de subventions publiques, devient le très actif et efficace président du conseil d'administration du Carnegie Hall et le sauve de la démolition.

En contrat exclusif pendant plus de cinquante ans avec Columbia, devenue Sony Classical, il enregistre plus de cent disques d'un répertoire très large et varié, également créateur de pièces spécialement écrites pour lui, telles que la Sérénade de Leonard Bernstein ou des concertos de Penderecki, Rochberg ou William Schumann.

On se souviendra donc, bien plus que d'un mythe, d'un musicien simple, déterminé, intègre et chaleureux tant envers ses amis qu'envers ses idées.

Infos discographiques : http://www.sonyclassical.com

 

Décès du chef italien Giuseppe Sinopoli  

ce vendredi 20 avril 2001.

 

        Foudroyé par un crise cardiaque durant le troisième acte de l'opéra Aida de Verdi qu'il dirigeait au Deutsche Oper de Berlin, Giuseppe Sinopoli est décédé peu après son admission dans une clinique proche de l'opéra. 

            Âgé de 54 ans, il devait prendre en 2003 la direction de l'opéra de Dresde. Chef d'orchestre, directeur artistique et compositeur souvent malmené par la critique, il débuta en musique comme organiste à 12 ans au conservatoire de Messine. On le retrouve, après des études d'harmonie et de contrepoint dans le conservatoire de sa ville natale, à l'Académie de Darmstadt où il suit les cours de Stockhausen et Maderna. Il deviendra par la suite le collaborateur de Donatoni à l'Académie Chigiana de Sienne avant d'entamer des débuts lyriques à la Fenice (1977) et par la suite au Deutsche Oper de Berlin. Il deviendra également le chef attitré du Philharmonia de Londres (1984), orchestre avec lequel il collaborera bien longtemps. Nommé chef (1990) au Deutsche Oper de Berlin, il démissionne après quelques mois pour une querelle avec le metteur en scène Götz Friedrich et prend alors la tête en 1992 de la Staatskapelle de Dresde. Il accepte cependant de donner le Aida de Verdi que Friedrich avait monté avant de mourir en décembre dernier. Sinopoli le suivra de près sur les mots de la préface du livret de l'opéra, empruntés à Sophocle en hommage à Friedrich : "...gardez un souvenir joyeux de moi, lorsque je serai mort ". On devait le retrouver cet été à Bayreuth puisqu'il était également un des chefs attitré du festival... Il rejoint par un décret du sort les quelques chefs de légende qui s'écroulèrent sur scène pour ne plus jamais se relever (tels Mitropoulos ou Van Beinum).

Infos discographiques : http://www.deutschegrammophon.com/

 

 

 

LE CHEF D’ORCHESTRE JAPONAIS KAZUSHI ONO SERA LE NOUVEAU DIRECTEUR MUSICAL DE LA MONNAIE À PARTIR D’AOÛT 2002

 

En ce mercredi 22 mars 2000 à 11 heures, à l’occasion d’une conférence de presse au Grand Foyer de la Monnaie, Bernard Foccroulle a présenté à la presse le nouveau directeur musical de la Monnaie, le chef d’orchestre japonais Kazushi Ono

·         Il y a un an le Royal Opera House Covent Garden faisait savoir qu’Antonio Pappano reprendrait la direction artistique et musicale de cette vénérable maison à partir de septembre 2002. 

·         L’annonce du départ de notre directeur musical après dix ans d’activité artistique au plus haut niveau soulevait évidemment la question de sa succession à la Monnaie. Bernard Foccroulle et Bernd Loebe ont choisi le chef d’orchestre japonais Kazushi Ono (°1960), qui en ce moment est "Generalmusikdirektor" à l’Opéra de Karlsruhe (Allemagne).  

·         Bernard Foccroulle a également annoncé aujourd’hui qu’il présenterait à nouveau sa candidature pour un nouveau mandat de Directeur Général après décembre 2003. Avec cette candidature, il souhaite poursuivre le travail entamé et confirmer le rayonnement de la Monnaie dans les années suivantes.  

·         Kazushi Ono a signé un contrat qui commence en août 2002 et qui, en première instance, court jusqu’en décembre 2003 (fin du mandat actuel de Bernard Foccroulle). Il sera automatiquement prolongé jusqu’en juin 2005 si le mandat de Bernard Foccroulle est prolongé.  

·         Kazushi Ono a dirigé le 11 septembre 1999 le Concert de Gala à l’occasion du 10e anniversaire des Amis de la Monnaie. Ce concert était en même temps l’occasion de présenter une nouvelle génération de jeunes chanteurs belges. Un enregistrement CD de ce concert a été réalisé en collaboration avec RTL-TVI. Il est vendu au prix de 499 BEF au profit de l’action "Télévie" : l’occasion idéale de découvrir le talent et le savoir-faire de Kazushi Ono.

    Parcours de Kazushi Ono :

 

Le chef d’orchestre japonais Kazushi Ono a fait ses études à la National University of Fine Arts and Music de Tokyo. Après sa participation au Festival de Tanglewood en 1983 aux côtés de Leonard Bernstein, il a poursuivi ses études auprès de Wolfgang Sawallisch et Giuseppe Patane au Staatsoper de Munich grâce à une bourse du Ministère de la Culture du Japon. En 1987, il remportait le Premier Prix du Concours International Toscanini de Direction d’Orchestre. Un an plus tard, il était à la tête du Philharmonique de Tokyo, avec lequel il a fait une tournée acclamée en Allemagne et en Grande-Bretagne en 1994. Avec cet orchestre, il a remporté le prix du projet « Opera in concert series », lors des créations japonaises d’œuvres de Salieri, Zemlinsky, Hindemith et Prokofiev. Familier des répertoires symphoniques allemand et autrichien, il a aussi dirigé son orchestre dans des œuvres de Schumann, Brahms, Strauss et Mahler.

Kazushi Ono a dirigé l’Orchestre Philharmonique de Zagreb en 1988, dont il a été le directeur musical de 1990 à 1996. Sa direction triomphale de Rigoletto à l’Opéra de Hambourg en 1995 lui vaut de diriger ce même orchestre en tournée au Japon.

En 1996/1997, il est directeur musical à l’Opéra de Karlsruhe (où il avait fait ses débuts deux ans plus tôt avec La Traviata et La Bohème) et responsable des concerts de la Badisches Staatskapelle. La saison dernière, il y dirigeait le cycle du Ring dans la grande tradition wagnérienne, et d’autres productions dont Junge Lord de Henze, Norma de Bellini, Der Fliegende Holländer de Wagner et Schatzgraber de Schreker.

En plus de ses activités à Karlsruhe et au Japon, Kazushi Ono est régulièrement l’invité de prestigieux orchestres : avec le Philharmonique de Hambourg, il a dirigé des œuvres de Takemitsu et de Debussy ; avec le Philharmonique de Tokyo, il a présenté la Neuvième Symphonie de Beethoven et la création mondiale de Silent Cities de Mark Anthony Turnage ; il s’est produit à l’Opéra Comique de Berlin, a donné des concerts à la tête de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie, de l’Orchestre Radiosymphonique de Francfort, des Orchestres Nationaux de Lyon et de Bordeaux, du Seattle Symphony Orchestra et de l’Orchestre Radiosymphonique de Finlande. En mars dernier, il faisait des débuts remarqués avec le Boston Symphony Orchestra dans des pages de Bartók et de Prokofiev.

Cette saison inclut ses débuts anglais sur la scène du Waterfront Hall dans la Huitième Symphonie de Mahler avec l’Ulster Orchestra, et des concerts avec le BBC Symphony, le Scottish Chamber Orchestra et le Bournemouth Symphony Orchestra.

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Mort du pianiste Friedrich gulda à weissenbach am attersee, en autriche

 

                Le jeudi 27 janvier 2000, le pianiste autrichien, iconoclaste et anti-conformiste musical, nous a quittés à l'âge de 69 ans. Il avait horreur du "star system", fuyait les grandes cérémonies, au point même de refuser l'anneau du bicentenaire de Beethoven que l'Académie de musique de Vienne lui offre en 1970. Accepter une récompense de la part de "personnes qui ne connaissent absolument rien à ma manière de jouer" lui était impossible !

                Né à Vienne le 16 mai 1930, il commence le piano à l'âge de 7 ans avec Felix Pzofsky, entre à l'Académie de musique de sa ville dans la classe de Bruno Seidlhofer, remporte en 1946 le Concours international de Genève, avant d'entamer une carrière internationale qui le mènera dès 1950 à Carnegie Hall, où il sera surnommé le "nouvel Horowitz" !

                Pianiste, compositeur, jazzman, jouant également du saxophone et de la flûte, il était imprévisible et provocateur, n'hésitant pas à changer de programme au dernier moment, préférant jouer du jazz, à la place de Bach, pour lequel le public s'était déplacé. Jouant le répertoire classique de Mozart, Beethoven, Chopin et Bach sous la baguette des grands chefs de son époque ( Klemperer, Mitropoulos, Abbado, Harnoncourt....), il laisse bien peu de disques derrière lui , témoins de son toucher, vif, alerte et écorché, comme s'il était blessé au plus profond de son être. Analytique, compulsif et maîtrisé à l'extrême, il débusquait l'émotion d'un texte musical pour la canaliser dans les méandres d'une raison insondable, ce qui pouvait agacer prodigieusement son public, dérouté par une tension incomprise et donc insoutenable ! 

                Il fonde son propre big band, l'Eurojazz orchestra en 1960, crée  un Concours international de jazz à Vienne et s'implique de plus en plus dans l'univers de l'improvisation que représente le jazz, alors en pleine effervescence. Friedrich Gulda déconcertait autant qu'il plaisait par une volonté quasi systématique de déranger l'ordre des choses, qu'il détestait. Désireux de rendre la musique classique accessible au plus grand nombre, il popularisa à sa manière les grands thèmes d'un genre aujourd'hui connu sous l'appellation cross-over ! Sans pour autant vulgariser son art, on peut affirmer avec le recul qu'il est en quelque sorte le précurseur "classique" des Clayderman, et autre Rondo Veneziano de la variété. 

                Son legs discographique n'est pas bien lourd mais signalons son intégrale du "Clavier bien tempéré" de Bach chez Philips, 4 concertos pour piano de Mozart, sous la direction de Claudio Abbado chez Deutsche Grammophon, et deux volumes qui lui sont consacrés dans la série "Great Pianists" chez Philips.

(Bruxelles, le 31 janvier 2000)

 

 

Marcel LANDOWSKI s'est éteint à Paris

 

Le jeudi 23 décembre 1999, le compositeur français, organisateur et réformateur de la vie musicale sous Malraux, membre actif du RPR, anti-dodécaphoniste honni de Pierre Boulez, toujours actif à l'âge de 84 ans, nous a quittés.

 

Sa vie en quelques dates :

 

18 février 1915 : Naissance à Pont-l'Abbé (Finistère) de Marcel Landowski, fils du sculpteur Paul Landowski, arrière-petit-fils du violoniste et compositeur Henri Vieuxtemps et d'une grand-mère musicienne chez qui il rencontre Fauré, Ravel et Roland-Manuel.

Il apprend le piano à 5 ans.

 

1933-1937 : Élève au Conservatoire de Paris dans les classes de Noël Gallon (fugue), Henri Büsser (composition), Philippe Gaubert( direction d'orchestre), il parfait son apprentissage de chef auprès de Charles Munch puis de Pierre Monteux (créateur du Sacre du Printemps de Stravinsky).

 

24 octobre 1937 : Pierre Monteux crée Les Sorcières et les Sept Loups de son élève, à la tête de l'Orchestre symphonique de Paris qu'il a tout récemment créé avec Alfred Cortot.

Les premières oeuvres de Paul Landowski se placent dans la "modernité" des Debussy, Honegger et Milhaud. Il se range du côté du Groupe des Six, ce qui le tient un peu à distance de l'Académie.

 

1950-1960 : Il devient la risée et la cible de Pierre Boulez, porte-flambeau de la révolution dodécaphonique de la seconde école de Vienne (Alban Berg, Arnold Schoenberg et Anton Webern).Sa conception d'une musique spiritualiste, porteuse d'espérance, humaniste et sacrée passe pour réactionnaire. Il critiquera le sérialisme de "aventure de totale fabrication technique, totalement artificielle, le contraire de l'émotion."

 

1960-1965 : Directeur du Conservatoire de Boulogne-sur-Seine.

1962-1966 : Directeur de la Musique à la Comédie Française.

Pendant ces années, se activités d'organisateurs ne l'empêchent pas de composer des concerto pour piano, ondes Martenot, flûtes et basson, symphonies, opéras (Le Rire de Nils Halerius, le Ventriloque), musiques de film (La Vie de Jésus).

 

dès 1964 : Nommé par André Malraux inspecteur général puis directeur de la musique (jusqu'en 1970), de l'art lyrique et de la danse (créé sur mesure)(jusqu'en 1974) au Ministère des Affaires Culturelles. Ce qui déclenche la colère de Boulez, tout à fait contre "l'organisation officielle de la musique", avant son départ en Allemagne, Grande-Bretagne et États-Unis. Landowski se met à l'ouvrage.

Il dote chaque région de France d'un orchestre professionnel permanent, d'un opéra et d'un conservatoire de musique. Il restructure l'enseignement musical jusque dans les écoles communales.

 

1967 : Il crée l'Orchestre de Paris sur les bases de la Société des concerts du conservatoire fondée dans le premier quart du XIXè, et le confie à Charles Munch.

 

1971 :Réforme l'Opéra de Paris. Licencie les musiciens du Palais Garnier et de l'Opéra-Comique. Il y nomme à sa tête le Suisse Rolf Liebermann (1973).

 

1975 : Élu à l'Académie des Beaux-Arts (dont il sera le secrétaire perpétuel de 1986 à 1993, puis perpétuel honoraire). Président d'honneur de l'Orchestre de Paris. Directeur des Affaires Culturelles de la Ville de Paris.

 

1977 : Il se remet à composer : une Messe de l'aurore, Un enfant nous appelle, un ballet Le Fantôme de l'Opéra, l'opéra Montségur (milieu des années 80).

 

1994- 1998 : Chancelier de l'Institut de France. 1994 : nommé au conseil de surveillance d'Arte. Mars 1996 : son dernier opéra, Galina, inspiré par son amitié pour le couple Vischnevskaïa Rostropovitch, est créé à l'Opéra de Lyon.

 

Officier de la Légion d'honneur et du Mérite, commandeur des Arts et des Lettres et des Palmes Académiques, récompensé par plusieurs grands prix, Marcel Landowski aurait dû voir en juin 2000 la création de sa dernière oeuvre à Reutlingen : Le Mystère de la Création.

 

 

 

Repères :

 

Disques : Erato, coffret de 9 CDs dont ses concertos, symphonies et son opéra Le Fou., publié pour son 80ème anniversaire. 

 

Livres : La musique n'adoucit pas les mœurs, Marcel Landowski, Belfond, 1990.

"Conversations avec..." d'Antoine Livio, Denoël, 1998.            

Les Instruments et l'orchestre, Marcel Landowski, Que sais-je ?, PUF, 1960.

 

Concerts : 29 janvier 2000 : Messe de l'Aurore, dirigée par Michel Plasson à la Halle aux Grains de Toulouse.

Juin 2000 : Création du Mystère de la création à Reutlingen.

 

Hommages : 29 décembre 1999, 15h00 : Rediffusion du concert du 30 novembre 1995 par l'Orchestre National de France sur France Musiques.

15 janvier 2000, vers minuit, émission spéciale sur France 3.

 

 

NB : Nous remercions ici Alain Lompech et Eric Dahan pour leurs articles parus respectivement dans Le Monde du 24 décembre (www.lemonde.fr) et Libération (www.liberation.fr) du même jour.

 

(Bruxelles, le 28 décembre 1999)

 

 

 

 

GRATIN BELGE !...

 

Andreas Scholl recevra le "Prix du jeune musicien de la Presse belge 1999" , le dimanche 12 décembre, après sa prestation dans le "Weihnachtsoratorium" de Bach qu'il donnera avec Ton Koopman au Théâtre Saint Michel .

Les  artistes  précédemment récompensés furent Gidon Kremer, Luc Devos, Antonio Pappano, Andreas Staier et Pieter Wispelwey, sans oublier la soprano américaine Renée Fleming, qui recevra ce même prix cette saison encore.

Sous l'égide de la Société Philharmonique de Bruxelles, ce prix a pour but de récompenser un musicien de renom international dont l'âge n'excède pas 40 ans et qui mène notamment une carrière musicale en Europe

Andreas Scholl est de ceux-là et devrait devenir par la même occasion le favori du public belge puisqu'il participera également, aux côtés de Bernard Foccroulle et de José Van Dam,  à la messe de mariage du prince Philippe de Belgique, le 4 décembre prochain.

(Bruxelles, le 1er décembre 1999)

 

 

  ADIEU AMALIA

 

le 6 octobre 1999, à Lisbonne

 

   

Elle était âgée de 79 ans. Souffrant d’une maladie de cœur, elle s’est éteinte sans jamais avoir quitté le terrain de l’identité nationale, « ambassadrice du fado » qui exporta hors de Lisbonne les chants du destin (le fatum) et la nostalgie des saudades portugaises.

 

A la veille des élections législatives (dimanche) et au milieu d’une campagne électorale déjà occultée par les événements du Timor, sa mort sera suivie de trois jours de deuil national (proclamé par le gouvernement Guterres) et l’ensemble des partis a proscrit toute musique des meetings à venir.

 

Née aux environs du 1er juillet 1920, Amalia a grandi dans le quartier ouvrier de Lisbonne, à Alcantara, sur les bords du Tage, dans le dénuement et au sein d’une famille de dix enfants, élevée par sa grand-mère maternelle.

 

A l’école, elle vibre sur les sonnets de Luis de Camoes (1524-1580), le poète classique. Elle écoute la radio, se procure les « folhetos », poèmes de colporteurs racontant des amours tragiques, voit tous les films de Carlos Gardel, dont elle apprend par cœur tous les tangos, admire Greta Garbo dans « Le roman de Marguerite Gautier » et veut finir comme la Dame aux Camélias.

 

Amil, compositeur, qui l’a découverte défilant sur les chars du carnaval d’Alcantara, compose ses premiers fados qu’elle chante au cabaret Retiro de Severa en 1939. Petit à petit, elle se produit dans tous les cabarets de Lisbonne qu’elle séduit. Des paroliers lui offrent de beaux textes, le cercle de ses admirateurs s’agrandit. « Châle sur les épaules, yeux clos, veines saillantes, sourire immense. » (Le Monde),reine de la nuit dans une Lisbonne épargnée par la guerre, elle chante à Madrid en 1943 et y découvre le flamenco qui marquera son style. Elle participe à des opérettes, tourne dans quelques films.

 

On lui reproche d’avoir chanté pour le régime de Salazar et d’avoir aimé un de ses dignitaires. A la Révolution des œillets en 1974, alors que son chant devient cri de ralliement, la gauche radicale la condamne « fadista », fataliste et fasciste. Mais elle a aussi des amitiés contraires aux idéaux salazaristes, comme Alain Oulman qu’elle rencontre en 1962 et qui lui amène un public plus érudit en composant de superbes mélodies pour des textes majeurs de la poésie portugaise (Camoes, Homen de Mello, Mourao, Ferreira…).

 

« Je me suis totalement abandonnée au destin. Je n’ai jamais rien fait, j’ai passé ma vie à attendre là. » Amalia Rodrigues, poétesse : Portugal Fado, Chant de l’âme, V, Mortaigne, éd. Du Chêne.

   

            Orientation discographique : Parmi une discographie abondante, nous vous recommandons les compilations publiées par EMI Portugal,  ainsi que ses albums chez HEMISPHERE.

 

 

            Le fado reste vivant, porté par d'autres voix qui souvent, ont rendu hommage à Amalia Rodrigues : Misia, dont vous trouverez les références au chapitre des nouveautés, Bevinda qui met en musique les textes de Pessoa, le groupe Madredeus ou la chanteuse Dulce Pontes, à mis-chemin entre le fado et le new age.