| CHANTS DU MILLÉNAIRE |
Visions Contemporaines
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Psaumes
pour le 3ème Millénaire, Soeur Marie Keyrouz (Virgin
Classics)
2000 Today, composée et dirigée par TanDun (Sony) 1000, a mass for the end of time, Anonymous 4 (Harmonia Mundi) Century rolls de John Adams (Nonesuch) Symphony n°5 de Philipp Glass (Nonesuch)
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PSAUMES pour le 3ème Millénaire : chantés par Sœur Marie Keyrouz. Ensemble de la Paix, Ensemble Orchestral de Paris dir. John Nelson. (Virgin Classics 7243 545455-2)
Née à Deir-El-Ahmar, près de la cité romaine de Baalbeck, au Liban, Sœur Marie Keyrouz a poursuivi de multiples études : à la Sorbonne, en 1991, elle obtient un Doctorat en Musicologie et Anthropologie Religieuse, à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth un diplôme d'Études Approfondies de Sciences Religieuses, un autre de Chant Classique Occidental (Oratorio) et Oriental à l'Université de Saint-Esprit de Kaslik... ce qui lui vaut le surnom de "La Sœur Savante Chantante". De famille maronite et melkite de congrégation religieuse (les Sœurs basiliennes chouérites), elle incarne les traditions artistiques des Églises Orientales et les relie, grâce à sa culture universelle à la musique occidentale ancienne et classique. N'est-elle pas également la présidente fondatrice de l'Institut International de Chant Sacré à Paris ? Cette vocation pour la réunion des hommes à travers le chant, au-delà des particularismes de religions, de croyance ou d'athéisme, motive encore son album le plus récent. Les Psaumes pour le Troisième Millénaire rassemblent des cantiques, des supplications et des actions de grâce inspirés des thèmes musicaux les plus anciens du chant traditionnel judaïque, byzantin et syriaque ainsi que des motifs de la musique classique arabe. Les instrumentistes viennent des quatre coins du monde : la harpe croise la cithare, le nay la flûte, le hautbois le violoncelle, les chœurs orientaux rencontrent les occidentaux. Mais c'est la voix de Sœur Marie Keyrouz qui rend possible leur magique coexistence : belle, pure, vibrante et légère, chaude et généreuse, claire et enveloppante, douce et frissonnante, elle invite à une chaleureuse méditation.
Un coup d'œil sur le site http://www.keyrouz.com vous en dira davantage.
(Bruxelles, le 12 mars 2001)
2000 TODAY : A World Symphony for the Millenium, composée et dirigée par Tan Dun (1957). Gipsy Kings, Ziggy Marley, Tsidii Le Loka,The Boys Choir of Harlem, BBC Concert Orchestra,ChiCa Orchestra, London Voices and New London Children's Choir.(Sony SK 61529)
Le 31 décembre 1999, La BBC et la Boston'sWGBH transmettaient par satellite et sur 55 chaînes mondiales le programme musical du Millénaire : il commençait à minuit dans l'Ile Tonga sur le Pacifique et progressait d'heure en heure sur les 24 fuseaux horaires ! Ce fut une première mondiale pour laquelle on avait demandé à Tan Dun de composer une symphonie qui puisse toucher toute la planète. Sans doute ce compositeur chinois, grand voyageur fixé au cœur de Manhattan, était-il tout désigné pour introduire l'idée d'une "symphonie mosaïque" dont le chant unifierait les cultures du monde entier. Aux instruments, aux chœurs et à la soprano soliste tous d'origine occidentale, se joignent les sons d'instruments du monde, dits "primitifs", et des techniques vocales spécifiques comme celle des moines tibétains. On retrouve l'attrait de Tan Dun pour la musique expérimentale : les sons étranges et incantatoires évoquent parfois les cascades, l'eau, le vent et les pierres. Cette expérience très médiatique fut précédée de l'interprétation du classique reggae de Bob Marley, "One Love", interprété par les Gipsy Kings, Ziggy Marley et le chœur des garçons de Harlem, qui devait accueillir un monde nouveau sous le signe de l'amour. Un travail résolument optimiste, hétéroclite et singulier qui, en dépit de la méfiance que peut susciter une telle entreprise a priori artificielle, mérite d'être survolé d'une oreille sans préjugé. Une escapade autour du monde, sans tralalas et avec plaisir.
(Bruxelles, le 11 janvier 2000)
1000, A mass for the end of time : Chant médiéval et polyphonique de l'Ascension. Anonymous 4 (Marsha Genensky, Susan Hellauer, Jacqueline Horner, Johanna Maria Rose) (HMU 907224)
En Europe, à la fin du premier millénaire, les luttes intestines, les invasions et les guerres meurtrières semaient la terreur et creusaient les incertitudes des plus assurés : annonçaient-elles le retour de Satan, la proximité du Jugement dernier ou l'approche de la paix universelle promise ? L'espoir repoussait l'angoisse, le renouveau percerait-il sous les ruines ? La chrétienté s'affermit et s'imposa comme une force d'unification politique sous l'impulsion du Pape Sylvestre II. Ce fut le temps des grandes cathédrales tandis qu'une intense activité créatrice s'emparait de la liturgie chrétienne. Le plain-chant romain s'élargit, la science musicale s'enrichit des notations sur une portée et des premiers principes du solfège. De nouvelles oeuvres, notées et conservées, furent disséminées à travers toute l'Europe. Dans les liturgies chrétiennes de l'Avent, les messes de Requiem et de l'Ascension, le retour de Jésus devenait imminent. Le quatuor vocal Anonymous 4 ressuscite les chants de l'ordinaire et du propre de la messe de l'Ascension, extraits des manuscrits de l'An 1000 en Aquitaine et enrichis de "tropes", entendez par là de "pièces destinées à les rendre plus solennels ou plus festifs" (citation extraite du livret). D'une clarté superbe, lumineuse et dépouillée, ces quatre voix féminines prédisent les effrois du Jugement Dernier et l'avenir des âmes pures, épargnées dans la Joie, avec une enveloppante douceur. Certains chants s'inscrivent parmi les plus anciennes polyphonies liturgiques figurant dans le tropaire de Winchester et s'énonçant selon les règles d'improvisation de l'époque. Anonymous 4 n'en est pas à sa première tentative réussie puisqu'il explore les possibilités des voix aiguës du chant médiéval depuis 1986. Virtuosité, connaissances musicales, littéraires et historiques, intuition, sensibilité ... une fabuleuse alchimie.
(Bruxelles, le 17 novembre 2000)
John Adams (1947) : Century Rolls *, Lollapaloza, Slonimsky's Earbox**. Emanuel Ax (piano), *The Cleveland Orchestra, dir. Christoph von Dohnanyi / **The Hallé Orchestra, dir. Kent Nagano. (Nonesuch 7559 79607-2)
C'est Emanuel Ax qui demanda à John Adams de composer un concerto pour lui et le Cleveland Orchestra. Adams raconte comment l'inspiration le saisit une nuit qu'il écoutait au disque un pianiste des années 20 ; il se mit à rêver sur le son mécanique de cet enregistrement, plus que sur son contenu. Ce roulement frotté et régulier devait rythmer le concerto pour piano et orchestre, Century Rolls, en évoquant les rouages ébranlés de la grosse machine du XXème siècle. Adams se laissa aller à la réécriture automatique de la musique pianistique, évoquant Fats Waller, Gershwin, Zes Confrey, Ravel, Debussy... Il décortique lui-même dans le livret les trois mouvements de ce concerto : le premier est le plus mécanique et se développe sur une succession de motifs rythmiques souvent jazzy, "l'un donnant naissance à l'autre", sur arrière-fond de sonate ; le second, plus lent et plus doux, dessine une aura de mystère, petite "gymnopédie à 3/4 temps" qui, d'ailleurs, rappelle Satie ; le troisième et dernier mouvement qui s'intitule Hail Bop, du nom légèrement écorché de la comète de 1997 (ses découvreurs étant Hale et Bopp) adopte les rythmes du bebop ! Le toucher gracieux, fluide et poétique d'Emanuel Ax (grand interprète par ailleurs de Mozart, Schubert et Chopin), rend avec bonheur toutes les nuances de cette œuvre iconoclaste, dynamique et touchante. Lollapalooza, écrit pour le quarantième anniversaire de Simon Rattle, exploite la veine répétitive du compositeur et se construit comme un clin d'œil à la signification de ce mot typiquement américain qui désigne un KO dans un match de boxe. Slonimsky's Earbox intègre les premières techniques minimalistes de John Adams sur le modèle du premier mouvement du Chant du Rossignol de Stravinsky. Auteur russe et musicologue, Slonimsky intrigua Adams à travers The Thesaurus of Scales and Melodic Patterns (1947), étude des gammes et des combinaisons mélodiques qui influencèrent le travail du compositeur. Un disque passionnant, mélodique et vibrant pour chanter la fin de ce siècle pourtant avide de déconstruction harmonique et d'atonalité.
(Bruxelles, le 2 décembre 2000)
Philip Glass (1937) Symphony n°5 : Requiem, Bardo, Nirmanakaya. Solistes : Ana Maria Martinez (soprano), Denyce Graves (mezzo-soprano), Michael Schade (ténor), Eric Owens (baryton), Albert Dohmen (baryton basse). Morgan State University Choir, Hungarian Radio Children'schoir, Vienna Radio Symphony Orchestra , dir. Dennis Russell Davies. 2CDS. (Nonesuch 79618-2)
Oeuvre de célébration du millénaire commandée pour le festival de Salzbourg, la Cinquième Symphonie de Philip Glass jette "un pont entre le passé, le présent et l'avenir" en représentant, à travers les textes sacrés les plus vieux du monde, la sagesse d'ici et d'ailleurs : la Bible, le Coran, les Vedas, l'Histoire de la création Zuni, le Nihongi japonais, le Bhagavad Gita, etc... De chacun sont traduits en anglais de longs extraits rassemblés avec l'aide du Révérend James Parks Morton de New York et du Professeur Kusumita P.Pedersen du Saint Francis College. Le texte vocal se décompose en douze mouvements, débute avant la création du monde et s'étend jusqu'à notre avenir : le passé, Requiem, le présent, Bardo et la renaissance après la mort, Nirmanakaya. En voici plus précisément le panorama : 1. Avant la création, 2. La Création du Cosmos, 3. La Création du vivant, 4. La Création des êtres humains, 5. L'Amour et la Joie, 6. Le Mal et l'Ignorance, 7. La Souffrance, 8. La Compassion, 9. La Mort, 10. Le Jugement et l'Apocalypse, 11. Le Paradis, 12. La Consécration du Mérite. Les chœurs d'adultes et d'enfants portant la voix claire et pure des solistes, encadrés par un dynamique ensemble symphonique intensifient la puissance dramatique de l'œuvre de Philip Glass dont l'approche musicale minimaliste invite ici au mysticisme. On reconnaît la tentation répétitive du compositeur, reprenant inlassablement dans chaque mouvement un petit nombre de phrases musicales dont il modifie avec subtilité structures et rythmes, jusqu'à obtenir, en dilatant le processus sur une dizaine de minutes, un effet quasi-hypnotique. La beauté des textes, la fraîcheur des chœurs, l'intériorité des solistes, la précision rigoureuse du chef, Dennis Russell Davies, la quête du sublime, la recherche d'un phrasé fervent de la part de Philip Glass évoquent parfois les influences bariolées d'un grand courant musical sacré, de Bach à Janacek, en passant par des résonances plus exotiques et indéfinissables. Malgré ses emprunts et ses références multiples, en dépit des procédés chers au compositeur, qui pourraient en agacer certains, on se laisse séduire par cette oeuvre étrange et envoûtante.
(Bruxelles, le 30 novembre 2000)
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