Afanassiev et Beethoven : l'inassouvi.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano 1-5, opus 15, 19, 37, 58 & 73. Valéry Afanassiev (piano) Mozarteum Orchester, dir. : Hubert Soudan. (Oehms Classics - OC513)

 

Que voilà un Beethoven hors norme et peu conventionnel ! Ecrivain (romans, nouvelles, poèmes et pièces de théâtre), philosophe, pianiste et depuis quelques années chef d’orchestre, Valéry Afanassiev (premiers prix aux concours de Leipzig en 1968 et au CMIREB en 1972) ne laisse jamais personne indifférent lors de ses incursions musicales. Le cycle Beethoven qu’il propose aujourd’hui en intégrale met l’accent sur une profonde maturation musicale au cours de laquelle il construit avec patience et détermination sa toile sonore. Son approche très personnelle (tempi parmi les plus lents de la discographie Beethoven) met en évidence une réflexion profonde et complexe dont l’essentiel se base sur une articulation lente et soucieuse du détail. Valéry Afanassiev se donne le temps de construire et de peaufiner une vision légère et dramatiquement très aboutie de ces concertos dont il extirpe le pathos au profit de la grâce, avec légèreté, décontraction, énergie et finesse. Donnant le ton de la dextérité investie et minutieuse dans les concertos de jeunesse, il met à profit la virtuosité de Beethoven et ne cesse de la questionner pour en démontrer son utilité, qu’il canalise à l’endroit même où elle lui semblera la plus utile pour servir sa pensée. Rien n’est fortuit dans son jeu car il dirige sa raison musicale avec sagesse et résolution dans les méandres de Beethoven, auquel il insuffle vie et âme grâce à une ponctuation musicale sereinement aérienne. Accompagné par le Mozarteum Orchester dirigé par Hubert Soudant, Afanassiev s’approprie l’esprit, le verbe, la couleur et l’espace d’un Beethoven nerveux et complexe dont la cohérence et la lisibilité traduisent la patience d’instants souverains, intenses et éclatants. Affirmant dans la continuité l’évolution de Beethoven à travers les âges, Valéry Afanassiev chemine dans les concertos pour atteindre l’apothéose dans le sublime Empereur, qu’il transcende d’un bout à l’autre de la partition avec verve et  éclat, endurance et persévérance. Une fois encore son tempo général frise l’irrévérence mais la gageure du pianiste est de s’en servir à bon escient afin d’accroître les tensions et de les résoudre dans une harmonie générale superbement maîtrisée. Hubert Soudant et les membres du Mozarteum Orchester servent son raisonnement et maintiennent la cohérence des tensions et du discours musical dans un élan, certes ralenti, mais superbement investi. Couleurs, harmonies et transitions marquées construisent la musicalité intérieure, imprégnée de sentiments ambigus dont on perçoit avec pudeur le double langage envahi de doutes et d’admiration. Puis vient l’apaisement. Que l’on se souvienne des versions de Gould, Kempff, Gilels, Uchida, Brendel, Pollini ou plus récemment Duchable pour savourer l’intonation lentement souveraine de Valéry Afanassiev. La virtuosité classiquement démonstrative des concertos 1, 2 & 3 mène à la réflexion d’une pensée préromantique dans les concertos 4 & 5, intenses, concis et limpides jusque dans les cadences qui brillent de la même ferveur. L’intellect et l’analytique cèdent le pas à l’intensité et l’affect qu’ils génèrent. La synthèse d’Afanassiev coule d'une source qui semble ne jamais se tarir tant l'imaginaire est ici fécond. Rappelons que ces enregistrements sont le résultat d’une série de concerts donnés à la grande salle du Mozarteum Salzburg en 2001 et 2002 sous la baguette d’un chef attentionné et vigilant, au service lui aussi d’un Beethoven aux multiples visages.

(Noël Godts, Bruxelles, le 18 avril 2005)

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