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BEETHOVEN : Intégrale des Concertos pour piano Harnoncourt - Aimard |
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Pianos Concertos 1 à 5. Pierre-Laurent Aimard (piano), Chamber Orchestra of Europe dir. Nikolaus Harnoncourt. 3 CDs (Teldec Classics 0927 47334-2)
Quelques 10 ans après le superbe et retentissant Concerto pour violon qu’Harnoncourt avait proposé à Gidon Kremer, l’éminent chef autrichien revient à l’univers concertant de Beethoven pour s’attaquer à ses cinq opus pianistiques. Pierre-Laurent Aimard les défend avec le calme olympien d’un interprète pluridisciplinaire pas forcément attendu dans ce type de répertoire. Rôdé dans celui du 20e siècle, le pianiste français s’est forgé une solide réputation dans l’œuvre de Messiaen, qu’il a défendue pendant de nombreuses années sous l’œil attentif du maître et de son épouse, Yvonne Loriod. Il investit d’autres univers de son siècle avec l’Ensemble Intercontemporain et dépose aujourd’hui ses bagages chez Beethoven en une intégrale jubilatoire à plus d’un titre. La flamboyante présence d’ Harnoncourt qui crée la surprise d’une collaboration inattendue grâce à laquelle il synthétise sa propre pensée beethovénienne. L’alchimie Aimard - Harnoncourt avoue certes des divergences de conceptions et de pratiques musicales mais leurs différences se révèlent bien plus complémentaires qu’antagonistes en cette intégrale qui fera précisément date dans l’histoire du disque. A cet égard, la discographie surabondante des Concertos pour piano de Beethoven ne manque pas de piment : Kempff, Brendel, Pollini, Arrau, Backhaus, Zimerman… et plus récemment Uchida s’y sont frottés avec bonheur ! Pierre-Laurent Aimard répond d’ailleurs lui-même à la question brûlante : « Et pourquoi une intégrale supplémentaire des concertos de Beethoven ? » par trois maîtres mots qui caractérisent à eux seuls l’intérêt de ce projet : « Intensité, Sens et Renouvellement ». De fait, cette triple définition coupe court aux velléités des blasés pessimistes qui affirment que l’histoire du disque est du domaine du définitif. Suivons donc le cheminement musical d’un pianiste et de son chef, attentif aux inflexions et pulsions de son soliste pour mieux le servir encore. On connaît de longue date la rigueur de Nikolaus Harnoncourt, sa connaissance et cet instinct si sûr qui l’ont guidé à travers des répertoires variés pour communiquer et partager sa science musicale ! L’analyse, la technique et la musicalité cernent ici l’esthétique du jeune Beethoven dans ses premiers concertos (op. 15 & 19). Pierre-Laurent Aimard les investit de sa fougue légère et incandescente ; Harnoncourt projette sa vision, soutient et guide le pianiste avec la vigilance du sage. L’assise orchestrale des membres du Chamber Orchestra of Europe se révèle très propice aux puissants assauts de l’écriture beethovénienne, d’une force incisive et lumineuse sous la baguette du chef. Celui-ci laisse au pianiste soliste une liberté prodigieuse et justifiée car tous deux sont pleinement conscients de leurs rôles respectifs et du message musical qu’ils délivrent. La beauté de leur cohésion musicale s’avère le point le plus fort de cette anthologie, grâce auquel on perçoit avec clarté la progression intérieure du compositeur, de ses débuts jusqu’à son opus 73, le grand concerto Empereur. Le cinquième concerto illustre sans affect la sérénité et la noblesse musicale à un niveau rarement égalé. Respect et écoute mutuelle, inventivité des cadences superbement modulées prouvent que la liberté intelligemment dirigée est le synonyme d’un épanouissement inestimable.
(Bruxelles, le 4 mars 2003)
Lire notre article sur la parution d'une biographie de Harnoncourt aux éditions Versant Sud.
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