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Liberté et Tempérament
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Béla Bartók (1881-1945) : BartóKorcia : Concerto pour violon n°2, Contrastes pour violon, clarinette et piano, Sonate pour violon solo, Sonate pour violon et piano n°1. Laurent Korcia (violon Zahn, Stradivarius de 1719), Michel Portal (clarinette), Jean-Efflam Bavouzet (piano), City of Birmingham Symphony Orchestra, dir. Sakari Oramo. 2 cds. (Naïve V 4991)
Le titre de l'album ose le défi d'une osmose entre le jeune violoniste français et le compositeur hongrois, le K final de Bartók propulsant l'initiale de Korcia ! Or, immédiatement, les premières notes du Concerto n°2 pour violon, d'une lumière vivifiante, d'une vigueur primitive et sauvage, éclatent avec une évidence éblouissante. Certes, on aurait bien du mal à enfermer Laurent Korcia dans un seul type d'interprétation, quand il explore le répertoire de Bach aux contemporains, tout comme la fougue inventive de Béla Bartók, qui tint compte de l'écriture sérielle de son époque sans renier son amour pour le folklore, n'était pas étiquetable. Mais l'alchimie de cette rencontre musicale dépasse de loin la correspondance des comportements : le feu, les failles, l'épure anguleuse, l'exigence structurelle et stylistique, l'écoute du moindre signe, du moindre son de Bartók vibrent dans le jeu de Korcia, clair, mordant, chaleureux, d'une acuité douloureuse et porteuse d'une indicible lumière. On l'écoute en vibrant, le souffle court. A travers lui, les œuvres "tardives" de Bartók offrent généreusement leur mystère : l'envers rayonnant d'une grammaire incisive, traversé de ferveur, d'ironie et de mélancolie. La stupéfiante virtuosité de Korcia et ses captivantes arabesques, d'une santé époustouflante, lui autorisent une liberté précieuse et une disponibilité rare à l'émotion, à l'écoute de la moindre nuance. La Sonate pour violon seul, à l'origine écrite pour Menuhin, en est un exemple chavirant ! Tout comme l'annonçait le Concerto n°2, dirigé d'une étincelante baguette par Sakari Oramo qui passionnément fait sonner chaque instrument du City of Birmingham Symphony Orchestra avec une rigoureuse netteté. La clarinette de Michel Portal et le piano de Jean-Efflam Bavouzet dans les Contrastes et la Sonate n°1, parachèvent l'élaboration et la beauté de cet album hors du commun, fruit également d'une collaboration et d'une amitié musicales de longue date.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 7 mars 2006)
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