Panacée pour la bonne humeur : Le Docteur Miracle

Georges Bizet (1838-1875) : Le Docteur Miracle. (Opérette en un acte, livret de Léon Battu & Ludovic Halévy), Scènes bohémiennes, Ouverture en la mineur. Olga Pasichnyk (soprano / Laurette), Hjördis Thébault (mezzo-soprano / Véronique), Yannis Christopoulos (ténor / Silvio, Pasquin, Le Docteur Miracle), Pierre-Yves Pruvot (baryton / Le Podestat), Philharmonie de Lublin, dir. Didier Talpain. (BNL 112924)

La jaquette de l'album vous en dit déjà bien long sur l'ambiance musicale dans laquelle vous plongerez joyeusement : Bizet se déguise en clown pour vous servir une omelette, excusez du peu ! Si l'excès de couleurs et l'outrance de cette présentation vous agacent, ne faites pourtant pas la fine bouche : l'omelette n'est pas empoisonnée, et surtout nullement baveuse ou gluante ! Les interprètes de cette opérette vive et légère pétillent de malice, d'entrain et ... d'élégance. Car il en faut, pour chanter Bizet, même quand il s'agit d'une oeuvre de jeunesse, en l'occurrence de sa première pièce lyrique complète, lorsqu'à 18 ans, il remporta avec Charles Lecocq (La Fille de Madame Angot) le premier prix ex-aequo du concours organisé par Offenbach pour lancer Les Bouffes-Parisiens. L'orchestration est brillante, d'une finesse et d'une drôlerie que la baguette enthousiaste de Didier Talpain révèle, grâce à l'entrain de la Philharmonie de Lublin, dans ses moindres virevoltes. Clarté, limpidité, raffinement, rire et séduction : les voix des solistes fusent, alertes et lumineuses. L'intrigue est certes conventionnelle : amoureux, Silvio doit se déguiser et user de stratagèmes auprès du père (Le Podestat) et de la mère (Véronique) pour obtenir la main de la jeune fille qui l'aime en retour (Laurette), mais la plus grosse ruse du jeune homme nous vaut le superbissime Quatuor de l'omelette, sujet prosaïque mais page musicale ravissante et détonante ! Les mordus du Concours Reine Elisabeth retrouveront ici deux des lauréats de la session chant 2000 : la fine et gracieuse Olga Pasichnyk et la puissance comique du sémillant Pierre-Yves Pruvot, tous deux au sommet de leur forme, très en verve dans cette farce aux mille périls pour le chant. Découvrons la  belle voix chaude et malicieuse de la mezzo-soprano Hjördis Thébault et les acrobaties drôlatiques du ténor Yannis Christopoulos et le quatuor est au complet, vibrant, captivant, entraînant ! Tous aussi bons comédiens que chanteurs accomplis. On s'amuse et on savoure un beau moment musical qui avive la bonne humeur !

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