Bernarda Fink chante les amours perdues de Dvorak

 

Antonin Dvorak (1841-1904) : Lieder. Bernarda Fink (mezzo-soprano), Roger Vignoles (piano)(HMC 901824)

"La nuit envahit bien des coeurs, / Ainsi qu'en de profonds déserts / Où il n'y a plus d'espace que pour / Le chagrin et la douleur." (extrait des Chants d'amour op.83, sur des poèmes de Gustav Pfleger-Moravsky)

La mélancolie amoureuse d'Antonin Dvorak lui a inspiré 93 lieder pour voix seule et piano, parmi lesquels Bernarda Fink et Roger Vignoles ont extrait 33 mélodies langoureuses et touchantes. Dvorak, à vingt-quatre ans s'éprit d'une de ses élèves au piano, Josefina Cermakova, qui resta insensible à l'amour de son professeur. Celui-ci, huit ans plus tard, épousa la jeune soeur de la belle indifférente mais sa première passion sans retour lui suscita un premier cycle de mélodies, Les Cyprès, qui, s'il ne fut jamais publié dans sa version originale, inspira quelques cycles à venir, dont les Quatre chansons op.2 et les Huit chansons d'amour... La beauté impétueuse et vive de la nature y exalte les tourments de l'amour non partagé, la douceur des rêves et la cruauté des refus. La tristesse vibre, insoumise, tandis que la musique, ardente, incite à la vie, tout comme les textes de Pfleger-Moravsky : "Et jusqu'à mon souffle dernier, / Je te chanterais mon amour /Jusqu'à m'évanouir, jusqu'à mon dernier souffle." Bernarda Fink rayonne, émouvante de justesse et de nuances. Le vibrato de sa voix chaude et sensuelle illumine ces chants d'amour des pays slaves. Car on entend  sonner avec bonheur les accents de la musique populaire chers à Dvorak. La mezzo-soprano argentine est loin d'y être étrangère : d'origine slave et par ailleurs installée à Prague, elle interprète avec naturel et intensité les fougueux sentiments du compositeur tchèque. Soulignons la tension parfaitement maîtrisée du piano de Roger Vignoles, contrepoint élégant et subtil de la plus infime des émotions que révèle Bernarda Fink.

Voilà certainement un album incontournable après la commémoration, le premier mai dernier, du centenaire de la mort d'Antonin Dvorak !

(Isabelle Françaix, Bruxelles, 15 septembre 2004)

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