Le retour italien du chevalier des elfes

'O felice morire' : Arie & Madrigali, Florence, 1600. Giovanni Girolamo Kapsberger, Andrea Falconieri, Sigismondo d'India, Girolamo Dalla Casa, Stefano Landi, Biagio Marini, Giulio Caccini, Giovanni Puliaschi, Claudio Monteverdi. Ensemble Phoenix Munich (Domen Marincic, viole de gambe / Reinhild Waldek, harpe / Axel Wolf, théorbe, luth, tiorbino, guitare) dir. Joel Frederiksen (basse profonde colorature, archiluth). (Harmonia Mundi HMC 901999) Coups de coeur !

"Alors j'irai en chantant, empli d'un autre ravissement. Oh, bonheur de mourir." Voici la dernière strophe de Pietà di chi si more, de Giovanni Girolamo Kapsberger, dont le vers ultime donne son titre au second album solo de Joel Frederiksen chez Harmonia Mundi. Cependant, même si mourir est aller éternellement en chantant, nous préférons garder vivant le plus longtemps possible la basse profonde américaine... et continuer à l'écouter encore ici-bas ! Fidèle à la théâtralité chaleureuse et sans artifices des interprétations du Chevalier des Elfes, Joel Frederiksen rend hommage au style récitatif des derniers jours de la Renaissance, épris d'ornementation expressive et légère, sans afféterie. Giulio Caccini (1550-1618), qui théorisa la Nuove musiche de son époque, en fut l'un des plus ardents défenseurs. Il encouragea le buon canto, un chant juste et émouvant qui se garde d'étaler ses effets et cherche avant tout à exprimer pleinement les passions de l'âme. Les compositeurs qui précédèrent le Baroque, comme Caccini, Kapsberger ou Puliaschi, étaient à la fois compositeurs et interprètes, chanteurs et instrumentistes. Frederiksen perpétue leur tradition en s'accompagnant à l'archiluth, mi luth et mi harpe, et en dirigeant son ensemble, le Phoenix Munich. Cet album empreint de douceur et d'émotions vives embrase et console, voyage poétique et lumineux sur une ténébreuse et troublante carte du Tendre.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 3 octobre 2008)

 

Et pour mémoire :

"The Elfin Knight", Ballads and Dances. Ensemble Phoenix Munich (Timothy Leigh Evans, ténor, percussions / Domen Marincic, viole de gambe / Sven Schwannenberger, contre-ténor, flûte, flûte à bec, théorbe, luth / Sascha Gotowtschikow, percussion / Helmut Weigl, colachon, théorbe),  dir. Joel Frederiksen (basse et luth). (HMC 901983).Voir le site personnel de Fredericksen : http://www.joelfrederiksen.com

Pour son premier album solo chez Harmonia Mundi, un envoûtant voyage dans la Renaissance anglaise et son implantation dans les Appalaches, la basse américaine Joel Frederiksen enregistre avec sa propre formation, l'Ensemble Phoenix Munich créé à Munich où il réside actuellement. Nous connaissions sa voix chaude et profonde depuis ses apparitions remarquées parmi des groupes de musique ancienne tels que le Huelgas-Ensemble, le Freiburger Barockorchester ou encore le Hassler Consort. La précision de son travail s'accomplit dans l'intensité de ses interprétations, simples, directes et émouvantes. Le Chevalier des Elfes est né d'une ballade tirée du recueil de Francis J. Child, The English and Scottish Popular Ballads, qui raconte les tâches impensables que s'imposent les amants, forts d'un amour qui rend possible ce qu'on croyait irréalisable. Frederiksen nous conte la passion et la tendresse des chevaliers que la guerre et les combats ne peuvent ébranler. Il confie alors prendre plaisir à "raconter des histoires par le chant". Cependant, n'oublions pas le travail musicologique, les recherches poussées dans les manuscrits et les bibliothèques, ainsi que la rigueur des arrangements musicaux qui en permettent la beauté et la fluidité. Autre corde au luth de Joel Frederiksen ! L'équilibre et la vitalité de l'Ensemble Phoenix Munich révèle des musiciens sensibles, parfaitement à l'écoute les uns des autres, ainsi qu'un ténor doux et puissant, Timothy Leigh Evans, dont la voix pleine et légère se mêle harmonieusement à celle, troublante, de Frederiksen. Une suite de moments magiques...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 22 janvier 2008)

Retour page Coups de Coeur

Voir également notre page Voix

Retour à l'édito