La Septième de Shostakovich par Gergiev :

L'art contre l'absurdité des tyrannies (1)

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A l'heure où notre planète se consume dans des guerres de dictateurs, dont certains même osent combattre et tuer au nom des démocraties, il est plus qu'urgent d'écouter les artistes, les vrais, ceux dont le coeur invente des combats contre les pouvoirs arbitraires. C'est en eux que nous voulons croire, en la vérité de leur cri et de leur talent.

Dmitri Shostakovich (1906-1975) : Symphonie N°7 en ut majeur, op.60 "Leningrad" . Kirov Orchestra, Mariinsky Theatre, St Petersburg & Rotterdam Philharmonic Orchestra dir. Valery Gergiev. Enregistrement Live (Philips 470845-2)

            L'oeuvre sans doute la plus populaire de Dmitri Shostakovich pour sa beauté tragique et enflammée, certes, mais surtout pour l'ardent symbole de lutte anti-fasciste qu'elle osait défendre au coeur de la seconde guerre mondiale, est ici sublimée par un Gergiev époustouflant qui saisit l'angoisse de cette composition farouche et en déploie la fureur inconsolable. Shostakovich dédiait à 35 ans sa Septième Symphonie à la résistance contre l'invasion nazie qui tint le siège de Léningrad de juin 1941 à février 1943. Le compositeur en écrivit les trois premiers mouvements dans la ville assiégée et ne fut évacué qu'en octobre 1941 avec sa femme et leurs deux enfants. On se souvient de ses paroles émouvantes, encourageant avec cette oeuvre frémissante "notre future victoire sur l'ennemi" et "ma ville natale, Leningrad". D'aucuns y verront plus tard, stimulés par la mystérieuse complexité de l'artiste tracassé par le régime, usant de ruses musicales pour exprimer sa révolte et sa soif de liberté, une vision à peine cachée du stalinisme. On décèle en tout cas dans cette oeuvre imposante, bien plus que l'assaut des troupes hitlériennes de son troisième mouvement, la menace insidieuse, le trouble d'un silence feutré que la flûte exprime avec douleur, poignante, lancinante. Valery Gergiev, à la tête de ses grandioses armées du Kirov et de Rotterdam, tient ses auditeurs en haleine, puissant et retors, d'une intelligence reptilienne pour entrer dans l'univers oppressant de Shostakovich. Un chaos si humain, si généreux, si bouleversant et dans lequel la peur engendre le sublime et l'héroïsme désespéré de celui qui, malgré tout, contre l'horreur, appelle la vie.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 9 mai 2003)

Volets (2) et (3)

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