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Shostakovich : Symphonie 4 L'Art contre l'absurdité des tyrannies (3) |
En référence à cet article, consulter notre coup de coeur : L'Art contre l'absurdité des tyrannies (1) et (2)
A l'heure où notre planète se consume dans des guerres de dictateurs, dont certains même osent combattre et tuer au nom des démocraties, il est plus qu'urgent d'écouter les artistes, les vrais, ceux dont le coeur invente des combats contre les pouvoirs arbitraires. C'est en eux que nous voulons croire, en la vérité de leur cri et de leur talent.
Dmitri Shostakovich (1906-1975) : Symphonie N°4 en ut mineur, op.43 Kirov Orchestra, Mariinsky Theatre, St Petersburg dir. Valery Gergiev. Enregistrement Live (Philips 475 6190)
Cinq ans avant sa mort, en 1970, Shostakovich reviendra avec amertume sur l'oppression politique qui l'a forcé, comme ses pairs et compatriotes, à retenir le souffle de ses œuvres, revenant sur sa quatrième symphonie, exemple sauvage, excentrique et indiscipliné de sa critique inassouvie d'un monde disloqué, terrifiant et grotesque : "Comme ils ont réussi à nous contrefaire, à dénaturer nos vies ! ... Vous demandez si j'aurais été différent sans les recommandations du Parti ? Oui, presque certainement. Sans aucun doute, la ligne que je suivais quand j'ai écrit la Symphonie n°4 aurait pris plus de poids, plus d'âpreté dans mes oeuvres. J'aurais déployé plus d'éclat, j'aurais pu révéler mes idées plus ouvertement au lieu de devoir recourir au camouflage ; j'aurais écrit une musique plus pure" (dans la notice rédigée par Andrew Huth). C'est sûrement cette exaspération qui tend à se rompre l'énergie de la Quatrième, qu'il boucle en mai 1936 après s'être fait dûment rappelé à l'ordre par un Staline condamnant Lady Macbeth de Mzensk et la Pravda outrée par son ballet Le Fleuve clair. Si la Quatrième fut programmée dès son achèvement, elle attendit 25 ans pour être donnée en 1961 par Kondrashin ! La noblesse des sentiments, la souffrance des hommes s'y heurtent à de grinçantes et grotesques machineries, écrasantes et quasi insoutenables pour l'oreille humaine : deux mouvements extrêmement massifs étouffent presque un court scherzo fortement chahuté, une vingtaine d'instruments à vent, dix-sept cuivres, des percussions, des cordes... Tout y souligne la démesure et la folie. Un superbe défi pour Gergiev et le Kirov Orchestra qui pointent dans le chaos et la violence, ce cri terrifié d'un manque à être, à vivre tout simplement.
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