Vladimír Godár - Iva Bittová
Mater
Vladimír Godár (*1956) : Mater. Maykomashmalon, 2005 / Magnificat, 2003 / Lullabies, 2001-2003 / Ecce Puer, 1997 / Stabat Mater, 2001 / Regina Coeli, 2003. Iva Bittová (voix), Milos Valent (violon, alto), Bratislava Conservatory Choir conduit par Dusan Bill, Solamente Naturali, dir. Marek Stryncl (ECM New Series 1985 476 5689)
Mater, titre de cet album envoûtant qui réconcilie le sacré et le profane... Mater : la mère...
A elle seule, la voix de la chanteuse tchèque Iva Bittová en avive la signification : par sa douceur et sa fermeté, sa tendresse et sa force, sa vulnérabilité et sa passion. L'on comprend que le compositeur slovaque Vladimír Godár se soit senti porté et inspiré par cette interprète hors du commun qui, en son chant, révèle et réunit la femme, la mère et la petite fille ! Si les œuvres choisies ont été écrites à des époques différentes, l'ordre de leur découverte se lit avec sens, inspiré par une nouvelle de Bohumil Hrabal (1914-1997) et le cycle chrétien de la naissance, la mort et la résurrection, ressenti par la mère des hommes, qui enfante, berce son enfant, le voit mourir, l'enterre et pleure...
Godár nous invite à la méditation à travers le regard d'une femme que l'amour maternel dessille : "Est-ce que la pluie a un sens ? / Veut-elle me dire quelque chose ?" (Maykomashmalon, première plage de l'album)... Cette quête d'un sens fondateur, Godár la confie aussi à la musique, se méfiant des déconstructions avant-gardistes trop absolues pour leur préférer l'exploration du passé. Selon lui, les principes de la musique sont cachés dans son passé ; si nous l'éludons, le sens agonise L'art est palimpseste, la création est continuité : "nous sommes toujours les descendants de nos ancêtres"... Il rend ici hommage à Monteverdi et Cabezon, aux berceuses populaires slovaques, à Jan Albrecht (1919-1996), père spirituel d'un renouveau de la musique slovaque, s'inspire d'un poème de James Joyce, de vieilles traductions bibliques, de pièces médiévales et de l'âme souple et lumineuse d'Iva Bittová.
Sa musique, ample et troublante, parcourue de longs frissons silencieux, s'écoute avec élan, émotion et bonheur. Elle parle directement au coeur, comme une prédiction intime, de celles que les mères confient dans un baiser à leurs enfants.
Liens utiles : http://www.bittova.com ; http://www.vladimirgodar.host.sk
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 17 novembre 2006)
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