GRANDEUR DE LA GUITARE CLASSIQUE et CONTEMPORAINE

BARRIOS , SEGOVIA , BROUWER

La sortie des albums suivants nous donne l'occasion de revisiter l'histoire de la guitare classique, cet instrument qui a dû longuement gagner ses lettres de noblesse. C'est à Andrés Segovia qu'elle doit essentiellement un prestige enfin digne, dès le XXème siècle, de celui des autres instruments solistes, tels que le piano ou le violon. A la suite de la découverte des trois sorties DG présentées ci-après, nous vous invitons à remettre de l'ordre dans vos idées !

Alexander-Sergei Ramírez : Confesión de Agustín Barrios Mangoré (1885- 1944) (DG 471532-2)Lire notre rubrique Nouveautés Guitare.

The SEGOVIA Collection : Compilation de 4 CDs (DG 471430-2) Lire notre rubrique Nouveautés Guitares. A compléter avec l'album suivant : The Art of Segovia !

Leo Brouwer (1939*) : Rara (Cornelius Cardew : Material / Hans Werner Henze : Memories from Cimarron / Leo Brouwer : Exaedros I - La espiral eterna / Sylvano Bussotti : Rara / Maurice Ohana : Si le jour paraît / Joseph Maria Mestres Quadreny : Perludi per chitarra / Girolamo Arrigo : Serenata per chitarra / Cristobal Halffter : Codex I / Juan Blanco : Contrapunto EspacialIII-c) Leo Brouwer (guitare)(DG 20/21 471 589)Lire notre rubrique Nouveautés Guitares.

 

LA GUITARE : lumières et éclipses

La guitare existe depuis l'Antiquité : on la retrouve sur les bas-reliefs assyriens du XIème siècle avant notre ère ! Ainsi doit-elle son nom à la kettarah assyrienne, dérivation d'une cithare à manche ajouté.

Elle apparaît en Espagne au XIIIème siècle sous les formes de mauresque, à fond bombé, qui deviendra mandore, et de latine, à fond plat, qui donnera notre guitare classique. Au XIVème siècle, elle appartient aux classes populaires espagnoles tandis que la noblesse lui préfère la vihuela, plus grande et avec 6 choeurs de 2 cordes, quoique de forme analogue. Au XVème siècle apparaissent pour la première fois des noms de guitaristes célèbres : Juan de Palencia en 1414, Alonso de Toledo et Rodrigo de la Guitarra en 1417. Il faut attendre le XVIème siècle pour qu'elle investisse le reste de l'Europe, le premier recueil de guitare français étant édité en 1550, et y rayonne en haut lieu.  L'Italien Francesco Corbetta révéla au XVIIè ses capacités polyphoniques et la rendit, à la Cour de Louis XIV, aussi divertissante que le luth. Le Roi Soleil en fit son instrument favori et prit même des leçons avec un certain Sieur Jourdan ! Pourtant, elle tombe en désuétude vers 1720 : sa sonorité jugée trop faible ne captive pas les auditeurs trop nombreux. Les luthiers français et italiens la transforment au début du XIXè, en agrandissent la caisse, l'incurvent, épaississent son ventre, la dotent d'une tête mécanique plus moderne que chevillée. Elle redisparaît pourtant du monde musical vers 1840. C'est au menuisier espagnol Antonio Torres Jurado que la guitare doit sa sonorité caractéristique : en pleine période des "cafés cantates" de Séville où les guitaristes de flamenco font fureur, il comprend que la table d'harmonie est essentielle et doit être en sapin.  C'est à Paris que la guitare trouve alors son foyer le plus accueillant : L'Espagnol Fernando Sor sous l'influence du "virtuosisme" de ses contemporains tels que Liszt et Paganini, en déchaîne les capacités. On trouvera à ses côtés son compatriote Agundo et les Italiens Carcassi et Carulli. A Vienne, Mauro Giuliani donne les premiers concertos publics pour guitare et orchestre.

On doit à Francesco Tárrega, né en 1852 près de Valence, les premières compositions les plus exceptionnelles dédiées à la guitare classique. Dans la lignée suivirent Paganini, Villa-Lobos, Britten, Rodrigo... sans que, malgré tout, elle n'acquière un statut d'instrument soliste comparable à celui du violon ou du piano.

C'est ici qu'intervient de manière décisive l'Andalou Andrés Segovia, né le 21 février 1893 à Linares, une petite ville minière de la province de Jaén. Confié dès sa naissance à un oncle et une tante sans enfants, il essaya sans succès l'exercice du violon. On raconte que son oncle, jouant d'une guitare imaginaire, l'aurait involontairement guidé vers cet instrument qu'il apprit en autodidacte. Aucun professeur satisfaisant ne rôdant dans les parages, Segovia se procura à Grenade sa première guitare, des livres élémentaires de théorie musicale et des partitions. Il donna son premier récital au Centro Artistico de Grenade en 1909, s'installa à Séville, fit la connaissance de jeunes artistes et se produisit dans l'ouest de l'Espagne. Installé à Madrid en 1913, il reçut sa première guitare de qualité d'un luthier renommé, Marcel Ramirez et débuta officiellement à l'Ateneo. C'est à Valence qu'il rencontra Miguel Llobet, guitariste catalan formé par Francesco Tarrega lui-même ! Il découvrit avec lui des pièces d'Enrique Granados ainsi que de nombreux arrangements. Fermement décidé de tirer la guitare des salles exiguës où on voulait l'enfermer, il obtint un franc succès public en donnant un concert au Palau de la Musica de Barcelone. L'impresario d'Anton Rubinstein, Ernesto de Quesada, lui trouva une tournée dans le Nord de l'Espagne. Les années 20 le consacrèrent comme le plus grand guitariste mondial, de l'Europe aux Etats-Unis, de l'Amérique du Sud au Japon où il multiplia les tournées, élargissant l'audience et le répertoire de la guitare. Il y inclut des pièces du début du XIXème siècle, compositions originales ou transcriptions de Tarrega, des arrangements et des compositions personnels ; dès 1920, le Madrilène Federico Moreno Torroba composa pour lui, ainsi que Federico Pompou, Manuel Ponce (Mexique) et Mario Castelnuovo-Tedesco ! Les compositeurs contemporains mis à contribution, Segovia rameuta également la richesse de ses transcriptions, comme celles d'oeuvres de Bach par exemple. Il enseigna à Saint Jacques de Compostelle et à Sienne et donna de nombreuses masterclasses aux Etats-Unis.

Le XXème siècle est riche de grands guitaristes classiques ! Nous citerons parmi les plus grands, Julian Bream (1933*), Leo Brouwer (1939*)(voir Nouveautés Guitare), Oscar Caceres (1928*), Alexandre Lagoya (1929-1999), Ida Presti (1924-1967), Alberto Ponce (1935*), Emilio Pujol (1886-1980), le clan des Romero père et fils (Los Romeros), Tubirio Santos (1943*), John Williams (1942*), Narciso Yepes (1927-1997)... Notons au passage l'incursion classique du guitariste espagnol de flamenco Paco de Lucia (1947*) et sa version du Concerto d'Aranjuez de Rodrigo. Plus proches de nous sont à mentionner  les guitaristes classiques K. Yamashita, Eduardo Fernandez, Raphaella Smits, les frères Assad... et la jeune génération des Alexander-Sergei Ramirez (voir Nouveautés Guitare) Filomena Moretti ou Emmanuel Rossfelder (voir notre rubrique Portraits)...

De quoi alimenter vos découvertes !

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