Khachatryan & Krivine : l'inattendu !

 

 Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon en ré mineur, op. 47,  Aram Khachaturian (1903-1978) : Concerto pour violon en ré mineur. Sergey Khachatryan (violon) Sinfonia Varsovia, dir. : Emmanuel Krivin. (Naïve V 4959)

Jeune prodige arménien né en 1985, Sergey Khachatryan a déjà participé à de nombreuses compétitions internationales dont on ne peut passer sous silence le premier prix remporté à Helsinki en décembre 2000 lors du concours Jean Sibelius. Il en est d’ailleurs le plus jeune lauréat de toute l’histoire du concours…Propulsé depuis sur  la scène internationale, il cumule les rencontres musicales avec le bonheur insatiable des jeunes artistes promis à un avenir des plus radieux ! Son premier disque était paru dans la série « Debut Recital » d’EMI l’année dernière, reprenant des pages pour violon & piano de Bach, Ravel, Waxman, Brahms et Chausson. Le voici à présent en concerto pour défendre les couleurs de sa patrie, l’Arménie de Sergey Khachaturian, dont on n’avait pas entendu d’aussi bonne version discographique depuis le dédicataire et créateur de l’œuvre en 1940 : David Oistrakh ! Il est d’ailleurs très surprenant de constater que le jeune Khachatryan offre le même couplage qu'Oistrakh avec le concerto de Sibelius qui complète ce passionnant programme. Accompagné du Sinfonia Varsovia, dirigé par Emmanuel Krivine, il esquisse les nombreuses réminiscences du folklore arménien si chères à Khachaturian et joue sur les contrastes d’une partition riche en éclats percussifs et en élans flamboyants. On peut d’ailleurs difficilement s’éloigner du spectre d'Oistrakh qui a défendu cette œuvre tout au long de sa carrière avec l’énergie caractérisée qu’on lui a toujours connue. Il semblait donc inévitable d’associer et comparer la vision de Khachatryan avec celle d'Oistrakh pour se faire une idée de l’apport interprétatif d'un nouveau prodige qui s'approprie une partie du répertoire le plus intimement lié à la carrière du grand Roi David ! Le plus troublant dans cet exercice de comparaison vient finalement d'une esthétique et d'un phrasé musical que l'on peut difficilement dissocier tant les deux artistes arrachent les notes avec une énergie poignante, déterminée et passionnément investie dans ces concertos. Là où Oistrakh est souverainement aérien, Khachatryan est fougueusement intrépide avec un archet ferme mais harmonieux. Le sang bouillonne dans ses veines et le propulse dans des envolées lyriques diablement périlleuses qu'il mène sans précipitation dans un discours superbement tenu. Ludique et amuseur, Khachatryan montre un tempérament affirmé, doublé d'une maturité musicale aussi déconcertante que sa juvénilité. Sibelius et Khachaturian deviennent avec lui un langage universel sans embûches malgré les nombreuses exigences techniques qu'ils requièrent. Le lyrisme de ces deux compositeurs, que l'on croyait être l'apanage de l'immense Oistrakh semble trouver ici un digne successeur musical en la personne de Sergey Khachatryan qui vient compéter l'écurie russe de Repin ou Vengerov avec la contribution d'un violon Guadagnini datant du 18e siècle. Krivine et le Sinfonia Varsovia sont guides et complices dans cette aventure musicale que le jeune artiste mène avec la finesse et l'aplomb d'un jeune candide plus que prometteur !

(Noël Godts, Bruxelles, le 16 février 2004)  

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