Le Stabat Mater de Vivaldi et Marie-Nicole Lemieux :

une émotion pure

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Symphonie pour cordes en sol majeur, RV.149, Stabat Mater en fa mineur, Concerto pour cordes en la majeur, RV 158 - Domenico Scarlatti (1685-1757) : Salve Regina - Charles Avison (1709-1770) : Concerto N°7 en sol mineur d'après Domenico Scarlatti). Marie-Nicole Lemieux (contralto) pour les Stabat Mater et Salve Regina, Tafelmusik Baroque Orchestra, dir. Jeanne Lamon. . (Analekta FL 2 3171)

Le label Analekta trop peu connu sous nos latitudes (mais cependant distribué chez tout bon disquaire) célèbre les grands interprètes canadiens. Ce n'est pas peu dire puisque la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux que nous ne présenterons plus cette fois-ci (rafraîchissez-vous donc la mémoire si nécessaire en nos coups de coeur précédents et nos archives Cmireb...) est au coeur palpitant de ce disque l'interprète intensément bouleversante du très sombre Stabat Mater de Vivaldi ! D'une pureté et d'une humilité poignantes, sa voix condense la chaleur et la gravité, la souffrance et la grandeur d'âme avec une puissance telle qu'elle vous secoue de frissons et vous étreint le coeur en toute simplicité. Elle éveille le texte avec sensualité et laisse à la musique le don de l'ouvrir à l'infini. Aucun artifice, nul égotisme, tout en son chant est incarnation, fermeté et générosité. Son Eja Mater est renversant de douleur et de beauté ! "Ô Mère, source de tendresse, / Fais-moi sentir, grande tristesse / Pour que je pleure avec toi." Moins tragique et plus aérien, le Salve Regina de Scarlatti étincelle sous son interprétation où rigueur et humanité, perfection technique et profonde sensibilité éclairent chaque mot tout à coup capital, comme ceux de "notre vie, notre douceur et notre espérance". Combien ces impressions se révèlent touchantes quand l'on sait de surcroît qu'il pourrait s'agir du chant d'adieu de Scarlatti à la vie et à la reine Maria Barbara... L'intelligence et l'unité de cet album doivent énormément à Jeanne Lamon et son Tafelmusik Baroque Orchestra (qu'elle dirige depuis 1981) : la poigne de cette femme chef d'orchestre est aussi douce et chaleureuse que ferme et précise. Elle conduit Scarlatti et Vivaldi d'un souffle vivifiant, ample et ouvert, à l'écoute de la moindre inflexion. Sous son ardente baguette s'amplifient la sensation d'un espace musical immense et ouvert, tout comme la saisie du détail qui chavire le regard et le propulse avec ferveur.

Et notre petit hommage à une grande interprète...

Illustration : Isabelle Françaix

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