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Nikolai LUGANSKY Fauve et poète
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Un nouvel album, trois concerts à Bruxelles en résidence au Palais des Beaux-Arts, le jeune pianiste russe Nikolai Lugansky, coloriste sensuel, félin passionné, d'une élégance fauve, nous époustoufle dans Rachmaninov (voir ci-dessous) et Prokofiev (voir notre agenda des concerts, ce 22 mai 2003) !
Sergeï Rachmaninov (1873-1943) :Concertos N°1 & 3. Nikolaï Lugansky (piano), City of Birmingham Symphony Orchestra, dir. Sakari Oramo. (Warner Classics - 0927-47941-2)

Cette seconde incursion du pianiste Nikolaï Lugansky dans le 3e concerto de Rachmaninov risque bien de bousculer la discographie pourtant surabondante du compositeur russe qui ne manque certes pas d’interprètes inspirés dans son œuvre. Pensons à Sviatoslav Richter, Byron Janis, Rafael Orozco, Martha Argerich et plus récemment, Hélène Grimaud, sans oublier pour autant la vélocité virtuose du russe Arcadi Volodos. Rachmaninov offre bien évidemment un panel impressionnant de possibilités pianistiques, tant musicales que techniques mais la différence réside davantage dans la conception personnelle de la musicalité par des artistes qui servent le compositeur ou … se servent de son œuvre. Nikolaï Lugansky choisit la quête de l’intériorité ; il débusque Rachmaninov et décortique sa musique pour la restituer avec force, intelligence et vivacité. Déployant des moyens techniques époustouflants, il clarifie et humanise la conception musicale du compositeur russe qui ne l’a pas toujours interprétée au mieux lui-même. D’autres que lui l’ont souvent illuminée et révélée plus brillamment ; d’ailleurs, on ne peut s’empêcher à l’audition extraordinaire du 1er concerto, d’évoquer la puissance et l’extrême sensibilité de Sviatoslav Richter qui le joua maintes fois. Qu’aurait-il fait dans le 3e s’il s’y était intéressé pour le disque ? Le jeu fougueux mais réfléchi de Lugansky nous comble, pondéré d’accents toniques ô combien poétiques ! Accompagné par Sakari Oramo à la tête du City of Birmingham Symphony Orchestra, le pianiste russe bouscule la sacro-sainte tradition de la virtuosité technique pour l’affiner et l’investir des songes agités de l’univers post-romantique de Rachmaninov. Le 3e concerto de Lugansky-Oramo grimpe d’emblée jusqu’au sommet de la discographie, aux côtés de ceux des couples Argerich-Chailly et Janis-Dorati que Gilels, Horowitz ou Ashkenazy talonnent d’ailleurs de très près.
(Bruxelles, le 15 mai 2003)
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