MAHLER : Des Knaben Wunderhorn

Chailly - Goerne - Bonney

  Gustav Mahler (1860-1911) : Des Knaben WunderhornMatthias Goerne (baryton), Barbara Bonney (soprano), Sarah Fulgoni (mezzo-soprano), Gösta Winbergh (ténor).. Royal Concertgebouw Orchestra, dir. Riccardo Chailly (Decca 467 348-2)

Voilà, à plus d'un titre, une passionnante initiative Decca ! Riccardo Chailly a choisi lui-même et établi l'ordre des lieder extraits du célèbre recueil de poèmes populaires d'Achim von Arnim et Clemens Brentano, Des Knaben Wunderhorn (1806-1808) dont Gustav Mahler a extrait la moitié de ses lieder, soit 21 sur 43 ! Comptines, chansons d'amour ou militaires, romances ou chants spirituels, ils mêlent la tendresse à la douleur,  rencontrent la tristesse et la foi. Chacun d'entre eux a été conçu par Mahler pour un orchestre de musique de chambre dont l'effectif devait s'accorder à la particularité de la composition. Gustav Mahler intégrera d'ailleurs certains de ces lieder à ses symphonies, tels Urlicht (dans la deuxième) ou Das himmlische Leben (troisième), tant ils exerçaient une influence considérable sur sa créativité et son imagination. Der Tambourg'sell comporte même un interlude pour orchestre seul et nécessite presque un orchestre de percussions. En outre, la démarche de cet album respecte l'optique originelle du compositeur : tout lied doit être interprété par le même chanteur censé joué de sa voix lorsque deux personnages doivent intervenir. L'étrangeté et l'émotion du résultat sont décuplées à l'écoute du premier lied,  Der Schilwache Nachtlied (Le Chant Nocturne de la sentinelle) : le baryton Matthias Goerne exprime avec sensibilité l'effroi contenu de la sentinelle et la douceur de la voix qui l'encourage et le réconforte tandis que la soprano Barbara Bonney virevolte sans peine, avec humour et tristesse de "Elle", l'amoureuse de Verlor'ne Müh' (Peine perdue) à "Lui", le jeune homme récalcitrant ! Chaque interprétation rayonne de finesse et d'intensité, Bonney et Goerne se partageant l'essentiel des lieder choisis, Revelge revenant au vibrant ténor Gösta Winbergh, et Urlicht à la touchante et profonde mezzo-soprano Sara Fulgoni. Cette optique est envoûtante, magnifiquement orchestrée par Riccardo Chailly qui découpe et cisèle les moindres mouvements de l'orchestre : les sonorités de chaque instrument taillent un sublime diamant noir, aux reflets brûlants et bouleversants.

On ne peut passer sous silence la très belle version de Dietrich Fischer-Dieskau et Elisabeth Schwarzkopf ( qui furent tous deux les professeurs de Matthias Goerne !) enregistrée en 1968 chez EMI et remasterisée en 1988 (EMI CDC 747277-2), avec le London Symphony Orchestra dirigé par George Szell ! La plupart des lieder, à l'inverse, étaient interprétés en duo : puissance renversante et clarté étincelante de Fischer-Dieskau, ferveur frémissante de Schwarzkopf se rencontrent en étincelles magiques.

Un album à redécouvrir impérativement, un autre à ne manquer sous aucun prétexte !

(Bruxelles, le 11 février 2003)

Retour page Coups de Coeur

Voir également notre page Voix

Retour à l'édito