La confession spirituelle de Paul McCartney

 

Paul McCartney, Ecce cor Meum. Kate Royal (soprano), London Voices, Boys of Magdalen College Choir (Oxford), Boys of King's College Choir (Cambridge), Colm Carey (organ), Mark Law (piccolo trumpet), Academy of St Martin in the Fields, dir. Gavin Greenaway. (EMI 0946 3 70424 2 7)

                "Regarde en mon coeur", "écoute ce que j'ai à te dire"... ces mots saisirent Paul McCartney alors qu'il assistait à un concert de John Tavener à l'église St Ignace de Loyola à New York, en lisant sous un crucifix le précepte Ecce cor meum. Il venait de composer  la musique d'une pièce chorale pour les jeunes enfants du Magdalen College, que lui avait demandée son président, Anthony Smith, et cherchait alors à en trouver le sujet et le texte. Cette œuvre inattendue, dont la commande fut une surprise pour McCartney autant que cet album l'est pour nous, coule pourtant de source, intense et vibrante, tendue vers la lumière, comme savent toujours l'être ses chansons ! Mais sous un tout autre registre cette fois, bien que l'ex-Beatles revendique une liberté d'écriture privilégiée par son inexpérience et sa fraîcheur dans le domaine de la musique sacrée. Il mit presque huit ans à l'écrire, interrompu par la mort de sa femme, Linda, dont l'ombre claire hante les passages les plus poignants. Ode humble et fervente à la musique, cette pièce enthousiaste et troublante, incarne le processus mystique du compositeur, toujours tendu vers l'espoir. Les chœurs d'enfants soulèvent l'âme dont la soprano Kate Royal sait entretenir les mystères, pure et vivifiante au-delà de la mélancolie qui initie son chant. Sait-on que Paul McCartney ne suivit jamais aucune leçon de composition ni de solfège ? Ce qui, d'après lui, l'a conduit en musique à des "accidents heureux"... que nous pourrions qualifier moins modestement d'impulsions géniales. Ecce cor meum est une "confession spirituelle" bien plus que religieuse, une superbe profession de foi musicale qui fait joyeusement éclater les frontières entre les genres et remplit les cœurs d'émotion, sans préciosité ni sectarisme. Une bouffée de confiance et d'énergie qui ne renie pas la part de l'ombre.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 19 octobre 2006)

 

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