Vivaldi ciselé avec évidence et émotion par Dorothée Oberlinger :
un voyage déconcertant et médusant !

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour flûte et flûte piccolo, cordes et basse continue RV 95 "La Pastorella", 101, 108, 444, 443, 442 & 163. Dorothée Oberlinger (flûtes à bec), Ensemble Sonatori de la Gioiosa Marca. (Arcana - A330)
Cette seconde incursion de Dorothée Oberlinger dans l'oeuvre pour flûte à bec de Vivaldi (après un premier album pour les éditions Marc Aurel qui proposait la création mondiale au disque du concerto RV 312 R, connu sous le RV 312 pour violon mais retrouvé sous une forme manuscrite destinée initialement à la flûte) marque un jalon supplémentaire dans le parcours d'une artiste aussi enivrante qu'étourdissante dans un répertoire que nous pensions, à tort, éculé. Pensez donc aux incontournables Michala Petri, Sébastien Marq, Michael Copley ou Héloïse Gaillard, sans oublier les flûtes traversières des Frans Bruggen et Jean-Pierre Rampal... Que pouvait donc apporter Dorothée Oberlinger à cette liste vivaldienne ? Curiosité, caractère, humilité, énergie vibrante, fougue intériorisée, souffle et émotion en sont les quelques ingrédients. Car c'est bien tout un pan discographique qui vacille ici par l'arrivée de cette nouvelle version, soufflant d'un trait les multiples interprétations du panthéon de la flûte à bec chez Vivaldi. Dorothée Oberlinger et les membres du Sonatori de la Gioiosa Marca saisissent la finesse et l'intériorité d'une virtuosité transcendée mais non démonstrative. On sait l'apport des Giardino Armonico, Europa Galante et autres Concerto Italiano pour comprendre la démarche d'authenticité qui les a guidés et poussés à saisir à bras le corps les pages d'un Vivaldi devenu après eux incisif et mordant. Le Vénitien proposé ici retrouve une âme dont la poésie et le caractère allient virtuosité et folles envolées dans un même écrin musical. Parmi les perles, mentionnons le Largo du RV 108, que l'on se prend à écouter et réécouter sans fin tant il recèle de charme, d'intériorité et d'émotion, touchant par la simplicité qui s'en dégage. Il en va de même pour le Largo du RV 101, incroyablement énergique dans la spontanéité et l'intensité qu'il véhicule. Féerie, allégresse et candeur sont quant à eux les mots d'ouverture de l'Allegro du RV 95 aussi ravageur que charmeur. Dorothée Oberlinger signe ici avec les membres du Sonatori de la Gioiosa Marca un album incroyablement sensuel, émouvant et inspiré dont personne ne sortira indemne. Un pur régal qui vient bousculer les tenants d'un podium bercés jusqu'ici par la quiétude d'acquis pourtant si bien mérités. Morale de l'histoire : Vivaldi n'a pas encore tout dit et semble avoir de beaux jours devant lui !
(Noël Godts, Bruxelles, le 9 octobre 2005)