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La Passion selon Thomas Quasthoff Bach Cantatas
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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Bach Cantatas : Ich will den Kreuzstab gerne tragen, BWV 56 "Kreuzstab-Kantate" / Der Friede sei mit dir, BWV 158 / Ich habe genug, BWV 82. Thomas Quasthoff (baryton-basse), Members of the RIAS Kammerchor, Berliner Barock Solisten, Rainer Kussmaul (violon et direction). (cd DG 00289 477 5326 / sacd 00289 474 5052 )
"J'ai grandi avec Bach. Je l'ai chanté à la chorale de l'église. J'ai fait partie des choeurs jusqu'à mon baccalauréat. Bach était comme mon lait maternel. Je le buvais littéralement. Maintenant, avec les années je le comprends mieux encore. Je l'ai beaucoup enregistré avant ces trois cantates : j'ai fait la Passion selon Saint-Matthieu avec Helmut Rilling, puis Seiji Ozawa... la Messe en si, beaucoup de cantates. Au moins quinze enregistrements auxquels j'ai participé. Or, il n'existe que trois cantates solo et je ne voulais pas sauter dans ce bateau trop tôt. Tout le monde les enregistrait et pourquoi l'aurais-je fait ? Qui cela aurait-il pu encore intéresser ? Maintenant, je crois que nous avons choisi le bon moment." (Thomas Quastoff, extrait de notre entretien avec lui.)
Et Thomas Quasthoff revisite en effet ces trois classiques du répertoire baroque avec une intensité bouleversante : chaque note, chaque mot semblent le fruit d'une lente maturation, et d'une souffrance si sublimée qu'elle rayonne avec douceur et grâce. Il serait impossible de réduire notre analyse à la pure beauté vocale du baryton-basse, à cet inimitable vibrato naturel qui illumine son timbre, y confondant la puissance et la fragilité. Sa résonance puise son intensité dans l'intériorisation du parcours spirituel des trois cantates solo jusqu'à la révélation finale de "Ich habe genug", celle du renoncement comme le choix le plus sacré d'une vie. La ferveur de Thomas Quasthoff incarne cet instant d'humanité où l'homme accepte que sa vie ne soit qu'un passage et l'habite avec amour, dans ce désir passionné d'être pleinement éphémère. "Lorsqu'on a goûté une vie épanouie et qu'on est accablé dans la vieillesse par la douleur et la souffrance, on peut très bien regarder la mort avec espoir. Je peux m'identifier à cela. Il y a eu des situations dans ma vie où j'ai eu le sentiment que la mort serait préférable à ce que je vivais alors." (Thomas Quasthoff, propos cités par Jürgen Otten dans la notice) Le RIAS Kammerchor et les Berliner Barock Solisten dirigés par Rainer Kussmaul, qui jouent sur instruments modernes avec des archets baroques, amplifient le sentiment d'élévation et la douceur émouvante de ces cantates qui sont certainement les plus belles et les plus touchantes du répertoire sacré.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 19 octobre 2004)
Notre entretien avec Thomas Quasthoff
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