Scarlatti selon Pierre Hantaï :
une radieuse âpreté

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates, volume 2. Pierre Hantaï (Clavecin de type italien, fait par Philippe Humeau à Barbaste en 2002 ). (Mirare MIR 9920)
Connaissez-vous vraiment Domenico Scarlatti ? Ne cédez-vous pas au lieu commun qui préjuge parfois de sa musique comme fastidieuse, sucrée, ennuyeuse ? Beaucoup de clavecinistes, nous rappelle Pierre Hantaï dans son très bel entretien avec Christophe Robert qui ouvre la notice, n'aiment pas jouer Scarlatti. C'est qu'"il lui faut des interprètes fiers, coloristes, passionnés par les rapides changements de texture." Ce Napolitain nourri de culture andalouse fuyait les danses de cour trop raffinées et tendait sa musique avec la fièvre qui anime les danseurs de flamenco. Elégance, rudesse et flamme soulèvent les sonates de sa maturité, genre auquel il se consacra tout entier jusqu'à la fin de sa vie, avec une inventivité de plus en plus personnelle. Trois ans après un premier et éclatant volume dédié à cet amoureux éperdu et tenace de la sonate, Pierre Hantaï explore les modulations richement colorées de ses pièces les plus brillantes, chaudes, fougueuses et délicates. Il n'envisage nullement d'enregistrer une intégrale, puisqu'il préfère choisir au plus fort d'une œuvre dont il révèle les trames obsessionnelles, la vigueur et le feu. Etrange et superbe impression d'une âpreté radieuse, mue par une farouche vitalité !
(Isabelle Françaix, Bruxelles, 26 août 2005)