Un supplément d'âme
A Flagey, Bruxelles, le 11/O3/05
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sicilienne du Concerto en ré mineur BWV 596 / Concerto en sol mineur d'après Vivaldi, BWV 975 / Aria de la Pastorale en ut mineur BWV 590 / concerto italien en fa majeur BWV 971 / Concerto en ré mineur d'après A. Marcello BWV 974 / Concerto en ut mineur d'après B. Marcello BWV 981 / Concerto en Sol majeur d'après Vivaldi BWV 973 / Andante du Concerto en si mineur BWV 979. Alexandre Tharaud (piano Steinway). (Harmonia Mundi HMC 901871) (En archives : Notre interview d'Alexandre Tharaud, en 2004)
Avec humour et sans détour, la notice de cet album (et plus précisément Philippe Simon) soulève l'inévitable question de notre époque : "Transcrire, est-ce trahir ?", à l'heure où la notion d'authenticité est un peu accommodée à toutes les sauces. Nous pourrions aller loin dans ce sens et relancer le débat jusqu'à la parodie : "Interpréter, est-ce trahir ?" En effet, le XVIIIe siècle n'imaginait pas ces cloisons musicales, le XIXe encore moins, qui exultait dans cette pratique, ni le début du XXe siècle tout à fait en paix avec le partage musical et ses mouvantes inspirations. C'est après 1950 que les attitudes se raidirent, percluses de sectarismes... Alexandre Tharaud n'entre pas dans ces querelles de clocher ni ces débats aussi passionnants que les discussions ecclésiastiques sur les paragraphes bibliques, à chercher la petite bête nuisible... jusqu'à en perdre l'âme ! Le pianiste français poursuit son cheminement musical avec grâce et intensité. Après les subtiles transcriptions au piano des suites pour clavecin de Jean-Philippe Rameau (HMC 901754), il revisite celles de Bach à l'orgue et au clavecin, de quelques concertos de Vivaldi, Torelli, et Marcello autour de son Concerto italien où se retrouve, loin de l'imitation, la même fougue italienne. Le Concerto en ut mineur BWV 981 d'après Benedetto Marcello s'avère un premier enregistrement au piano. Quant à la Sicilienne du Concerto en ré mineur BWV 596 d'après Vivaldi et à l'andante du Concerto en si mineur BWV 979 d'après Torelli, Alexandre Tharaud les a transcrits lui-même pour piano, avec une inventivité virtuose et une légèreté douce et poignante. Dans la chaleur de son jeu, puissante et aérienne, un rêve transparent nous transperce, un désir fou de rester là, sur la pointe des pieds, comme au rebord d'une fenêtre, prêts à l'envol. Les riches couleurs du Steinway, la rondeur des notes, la profondeur et la résonance de leur essor s'illuminent sous les pulsations parfaitement régulières d'Alexandre Tharaud, sa précision et sa discipline étonnamment libératrices. Son jeu, d'une parfaite netteté, évoque une pureté vibrante et fragile, frémissante, ténue mais résolue. Il cisèle avec flamme et fidélité la densité contrapuntique de Bach, en révélant sous son extraordinaire précision structurelle, ce supplément d'âme qu'évoque la musique... même transcrite.
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