Comment ne pas perdre la tête ?

Frédéric Chopin (1810-1849) : Intégrale des valses (n° 1-19) + Frédéric Mompou (1893-1987) : Valse-évocation (Variations sur un thème de Chopin, 1938-57). Alexandre Tharaud (piano Steinway). (Harmonia Mundi, HMC 901927) Voir notre interview d'Alexandre Tharaud (février 2005)

Les références chopiniennes d'Alexandre Tharaud en matière d'interprète en disent long sur l'intelligente délicatesse du sentiment qui anime sa propre vision des valses du grand romantique ; le pianiste français cite rien moins que Dinu Lipatti et Samson François, humilité et subtil défi quand il s'agit de jouer à son tour ces pages d'anthologie dont d'autres concertistes ont trop souvent privilégié la virtuosité à la troublante fragilité. Sans hésitation aucune, avec un sens vibrant de la chaleureuse intimité, Alexandre Tharaud nous entraîne dans le frémissement noble et langoureux d'émotions fugitives, la fougue d'un temps près de s'évanouir, où pourtant les notes s'épanouissent avec langueur, inspirées par l'éphémère. Nostalgie exaltée, mélancolie souriante, trois temps pour les envolées légères de l'imagination contre la tristesse qui la hante... Le son s'enroule autour des doigts du pianiste, apparemment désinvolte et léger, comme un sourire qui envoûte le cœur, avant de planer dans l'espace et de disparaître à regret. Le rythme tremblant du fameux "rubato chopinien"  ici fait sens, avec une grâce étonnante, sans affectation aucune ni insistance inappropriée... On dirait qu'il s'improvise avec liberté ! Tharaud incarne subtilement la spontanéité, se glisse à l'origine de l'élan amoureux, à l'instant vif où point la lumière. On perdrait la tête à trop l'écouter...

 

(Isabelle Françaix, le 11 mai 2006)

 

Retour page Coups de Coeur

Retour à l'édito