Alexandre Tharaud : Les libertés de l'imagination

François Couperin (1668-1733) : Tic, toc, choc + Jacques Duphly (1715-1789) : La Pothouïn, 4e livre des Pièces pour clavecin. Alexandre Tharaud (avec la participaion de Pablo Pico, tambour Dawul, pour Bruit de guerre). (Harmonia Mundi, HMC 901956) Voir notre interview d'Alexandre Tharaud (février 2005)
Tic, toc, choc est une pièce joyeuse de François Couperin, d'une virtuosité ludique et primesautière, dont Alexandre Tharaud révèle la sensibilité frémissante avec la précision et la délicatesse d'un miniaturiste chevronné. Les personnalités du compositeur baroque français et du pianiste contemporain semblent se superposer comme celles de deux frères en musique : la finesse attentive, l'humour tendre et parfois ironique, la subtile mélancolie ou la sombre dentelle de rêves mystérieux dont un sourire brise soudain la gravité... autant de troublantes ressemblances qui les réunissent dans la grâce et la souplesse. Couperin et Tharaud se moquent sûrement des quatre siècles qui les séparent et le pianiste français retrouve avec une extrême précision les atmosphères, les portraits et les sentiments de son compatriote d'autrefois. "J'ai voulu placer ce disque sous le signe du jeu. Autour du Tic-Toc-Choc, pièce truculente que je joue souvent en bis, j'ai réuni les pièces les plus 'pianistiques' de Couperin (...)" Alexandre Tharaud s'amuse encore à décupler les voix de la Musète de Taverni en les jouant lui-même suivant le principe du ré-enregistrement ; puis il imagine un tambour dans Bruit de guerre pour donner au piano une dimension orchestrale. Nul artifice ici, mais une allégresse inventive qui donne à cet enregistrement sa force tonique. Outre la sensualité de chacune de ses interprétations, c'est la liberté d'imagination qui caractérise le jeu d'Alexandre Tharaud, d'une troublante poésie, imprévisible et émouvante. Le choix de La Pothouïn de Jacques Duphly en complément pour clore ce bel et envoûtant album, "comme un basculement, une musique qui aspire à la chute", désigne habilement l'instant étrange et ténu où les sentiments se métamorphosent.
(Isabelle Françaix, le 10 avril 2007)
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