Entre le rêve et la nuit
Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour arpeggione (violoncelle) et piano D.821 / Das Wandern D.795* / Ungeduld D.795* / Die Vögel D.691*/ Sonatine pour piano et violon op.posth.137 D.384* / Wiegenlied D.498*/ Nacht und Traüme D.827* - Anton Webern (1883-1945) : 3 petites pièces pour violoncelle et piano op.11 - Alban Berg (1885-1935) : 4 pièces op.5 pour violoncelle et piano. (* Transcriptions pour violoncelle et piano de Jean-Guihen Queyras & Alexandre Tharaud) Jean-Guihen Queyras (violoncelle), Alexandre Tharaud (piano). (HMC 901930)
Deux musiciens sensibles apprivoisent le rythme sur un fil tendu entre "le désir, la sensualité, la mort"*, thèmes fondamentaux des morceaux qu'ils ont choisis chez Schubert, Berg et Webern, transcrivant des lieder pour que chante le violoncelle au gré de ce nouveau voyage musical, intense et dansant. Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras et le pianiste Alexandre Tharaud ont imaginé autour de l'Arpeggione de Schubert, qu'ils aimaient particulièrement jouer ensemble, un programme subtil et lumineux, sous lequel vibrent la mélancolie et l'angoisse, brûlante, secrète... Le mal d'être qui instille à la vie et aux notes qui s'envolent leur profonde joie, leur élan passionné, leur essence. Queyras et Tharaud ne donnent jamais l'impression de "faire" de la musique en duo ; celle-ci semble naître, naturellement, de leur rencontre. La concision et la sobriété des pièces de Schubert, Berg et Webern rayonnent de leur délicate expressivité, où la notion de jeu prend ici sa mesure, la vie se cachant en d'étranges silences, surgissant tout à coup des soubresauts d'une libre atonalité aux douceurs mélodiques des berceuses, entre de furtifs abîmes et de troublantes sensations... Le violoncelle de Queyras, poignant, rappelle à l'homme sa présence ici-bas, sa vocation à être, malgré tout ; le piano de Tharaud lui dessine un espace entre "Nuit et rêve", un intervalle où s'invente, sur le néant, l'inexplicable émotion, la responsabilité humaine de contenir le monde, librement. L'intelligence de leur programme nous entraîne dans un cheminement touchant et léger, intense et détaché, approfondissant les heures qui pourtant passent encore.
* Selon les termes de Jean-Guihen Queyras lui-même.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 septembre 2006)
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