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PAUL Van NEVEL Albums tout chauds d'un joyeux découvreur |
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A l'occasion du passage au Studio 4 de Flagey de Paul Van Nevel et son Huelgas Ensemble (21 septembre 2003), le chef flamand nous accorde un pétillant entretien que nous vous invitons à découvrir en cliquant ici -même : entretien avec Paul Van Nevel.
De nos archives, nous sommes heureux de remettre à l'honneur la présentation de ses derniers disques parus chez Harmonia Mundi :
Cipriano de Rore (1516-1565) : Missa Praeter rerum sereiem à 7 voix. Motets et Madrigaux. Huelgas-Ensemble dir. Paul Van Nevel (Harmonia Mundi HMC 901760)
L'érudition passionnée et la verve colorée de Paul Van Nevel ne sont plus à démontrer, surtout lorsqu'il les met au service de sa baguette sensible, rigoureuse et d'une haute spiritualité comme d'un humour bon vivant. Cet homme-là n'a rien à envier aux géants rabelaisiens, fins philosophes, puissants humanistes et joyeux chasseurs de saveurs délicates. Il aurait pu vivre avec son Ensemble Huelgas en l'abbaye de Thélème sur le frontispice de laquelle chacun lisait : "Fais ce que tu voudras". Et le chef fait ce qu'il veut avec une rare intelligence. Cette fois, il nous emmène dans ce XVIème siècle qu'il adore, à la découverte de Cipriano de Rore, compatriote d'un autre temps qui fit toute sa carrière en Italie comme d'autres grands compositeurs flamands. Il nous rappelle dans une notice vive et précise, combien de Rore influença les compositeurs qui le suivirent, marquant une étape décisive dans l'art de la Renaissance : enfin, musique et émotion ne devaient plus faire qu'une. "(...) la musique est l'émotion, et non plus sa description." Ses oeuvres étaient citées en modèle à la fin du siècle et Monteverdi le tenait lui-même en haute estime. On le connaît surtout pour ses madrigaux. Van Nevel se plaît à souligner la richesse de ses compositions sacrées, n'hésitant pas à célébrer en lui un dramaturge de l'écriture musicale, subtil et fort dans les changements de tonalité au coeur d'une même pièce. On remarquera son immense maîtrise du contrepoint et de ses tensions ainsi que le glissement intimiste de ses oeuvres polyphoniques. Superbe, intense, tumulte et apaisement, sensualité fervente, cet album est inévitable !
(Bruxelles, le 25 octobre 2002)
Jean Richafort (c.1480-c.1547): Requiem (in memoriam Josquin Desprez) à 6 voix, Motets. Huelgas-Ensemble, dir. Paul Van Nevel. (HMC 901730)
La grâce et le sublime, la douceur et la sérénité... quelques mots pleins et intenses pour rendre compte de la joie spirituelle qui éclaire ce nouvel album de Paul Van Nevel à la tête du Huelgas Ensemble. Le travail passionné et minutieux du chef flamand que l'on sait hanter les archives musicales des bibliothèques les plus obscures, sa patience et sa précision, mettent à jour une fois de plus un immense talent de la polyphonie : Jean Richafort. On suppose qu'il naquit vers 1480 dans les Flandres françaises, servit les Rois de France entre 1520 et 1530 et l'on sait qu'il fut maître de chapelle à Malines et à Bruges... Presque pas davantage. Pourtant, de nombreux écrits (de Ronsard lui-même qui l'appréciait hautement), une pléthore d'hommages, d'innombrables publications de ses oeuvres, plus de 200 manuscrits contenant des copies de ses compositions somptueusement enluminées attestent de l'estime dans laquelle le tenaient ses contemporains. Le Requiem à 6 voix qu'il écrivit en hommage à Josquin Desprez est, selon Van Nevel, le sommet de son art : souplesse grégorienne des lignes mélodiques, couleurs subtiles des consonances et des dissonances, calme envoûtant propice à la méditation et contrepoint nuancé brodé autour des deux cantus firmi. Les quelques motets choisis confirment la finesse aérienne de ces oeuvres, radieuses et profondes. L'interprétation souple et sensible du Huelgas-Ensemble menée avec chaleur et intuition par Van Nevel est baume et lumière, paix et vie.
(Bruxelles, le 9 mars 2002)
Josquin Desprez (1440-1521), Jehan Mouton (1450-1522), Mabriano de Orto (1460-1529), Ludwig Senfl (1486-1563), Adrian Willaert (1490-1526), Cipriano de Rore (1516-1565), Richard de Renvoisy (1520-1586), Dominique Phinot (1510-1555), Jakov Vaet (1529-1567), Theodoricus Gerarde (1530-1580), Roland de Lassus (1532-1594) : Le Chant de Virgile : Les poètes de l'Antiquité dans la musique de la Renaissance. Huelgas-Ensemble dir. Paul Van Nevel (HMC 901739)
Depuis le début des années 70 à la Schola Cantorum Basiliensis, le Huelgas-Ensemble fondé et dirigé par Paul Van Nevel, initialement tourné vers la musique contemporaine, se consacre aux techniques vocales, à la notation et à l'interprétation approfondie du Moyen Age et de la Renaissance. Cette fois-ci, le chef flamand souligne notre dette éternelle envers les écrits de l'Antiquité grecque et romaine, ses méditations et ses questions existentielles, relevant au passage avec humour qu'il est impardonnable de ne pas avoir lu les textes de cette époque alors qu'ils ont tous été traduits ! Les humanistes de la Renaissance ne s'y étaient pas trompés, eux qui retrouvaient avec admiration les valeurs éducatives des classiques. C'est à la fin du XVème siècle cependant que la musique se tourne pour la première fois vers les textes antiques et leur prosodie musicale : déclamation métrique et syllabique ou accents rythmiques plus souples. Trois odes de Ludwig Senfl respectent ici méticuleusement la prosodie littéraire d'Horace ; Virgile et le monologue de Didon tiré de l'Enéide inspirent plus librement, dans le style du motet un premier groupe de musiciens franco-flamands, Des Prés, Orto et un Anonyme, tandis qu'un second groupe, Vaes, Gerarde et Lassus, privilégie l'imitation contrapuntique et les passages homophoniques, en marquant également le contenu émotionnel du texte : chagrin, passion et désespoir chantés sur des lignes mélodiques plus fluides. Le mètre quantitatif, plus strict et contraignant, réapparaît sur un poème d'Horace mis en musique par Cipriano de Rore. Anacréon et Catulle inspirent également les musiciens pour ce passionnant voyage à travers les techniques musicales de l'école d'Alexandrie à celle d'Aristote, revisitées par la Renaissance. Le Huelgas Ensemble et Paul Van Nevel, une fois de plus, réussissent un superbe coup double : enseignement musical très pédagogique et subtil plaisir des sens !
(Bruxelles, le 21 novembre 2001)
Annibale Padovano (1527-1575) : Messe à 24 voix. Version I (choeur, 2 cornets et saqueboute), Version II (3 voix chantées et 21 parties instrumentales), Huelgas Ensemble, dir. Paul Van Nevel (Harmonia Mundi HMC 901727)
Aux joyeux talents de découvreur de Paul Van Nevel s'allient encore son génie didactique à sa verve musicale : il s'amuse à dénicher les compositeurs les moins conventionnels et à sortir de la poussière leurs œuvres injustement oubliées. Nul doute qu'Annibale Padovano, qui eut pourtant son heure de gloire entre Venise et Graz où il fut successivement organiste de l'Eglise Saint-Marc et directeur de l'orchestre de la cour autrichienne, fait partie de ces étonnants laissés pour compte. Galilée écrivit cependant à son propos qu'il était "un des inventeurs de la musique moderne" ! Ricercares, innovations des toccatas, madrigaux et motets, ingénieuses compositions à plusieurs chœurs instrumentaux et vocaux qui bousculent la traditionnelle polyphonie flamande... tout cela devait nous préparer à la saisissante Messe à 24 voix que Paul Van Nevel a découverte, éditée et interprétée avec le Huelgas Ensemble. A une époque où la norme n'excédait pas quatre à six voix par chœur, le choix de trois chœurs de 8 voix chacun invente des combinaisons d'une variété foisonnante. Paul Van Nevel souligne la flexibilité et la précision des intonations des instruments à vent (cornet et trombone) qui témoignent de la souplesse créative de Padovano. Le Huelgas Ensemble et son chef prennent donc la passionnante liberté de nous proposer deux versions de la Messe à 24 voix : la première presque à cappella, la seconde à instruments dominants. Plaisir et jubilation, tout simplement !
(Bruxelles, le 10 mai 2001)
O gemma lux, Intégrale des motets isorythmiques de Guillaume Dufay (c.1400-1474), Huelgas-Ensemble dir. Paul Van Nevel (Harmonia Mundi HMC 901700)
Paul Van Nevel et son Huelgas-Ensemble fondé au début des années 70, ravissent à chaque disque par la beauté de leur interprétation et la précision rigoureuse de leurs recherches. La pureté touchante des 13 motets isorythmiques de Guillaume Dufay se passerait aisément d'explications si l'on ne désirait rendre hommage à un travail de retranscription d'artistes contemporains à partir de sources souvent truffées d'erreurs. Paul Van Nevel, qui rédige lui-même le passionnant livret de l'album, donne quelques pistes à celui qui désirerait comprendre la subtilité de ce qu'il écoute.
Un motet isorythmique, précise-t-il, est "une oeuvre dans laquelle une formule rythmique ou période, est constamment répétée dans une ou plusieurs voix, alors que le matériel mélodique change." Ce terme n'apparut qu'au XIXème siècle pour qualifier un phénomène finissant du XIIIème siècle. Dans les années 1440, Guillaume Dufay composait son dernier motet du genre, adieu symbolique d'un concept formel que remplaçait peu à peu "la sensualité des sonorités polyphoniques et une approche humaniste du contenu textuel". D'ailleurs la suite choisie des 13 motets ne constitue pas un cycle unifié mais des pièces de circonstance composées à plusieurs années d'intervalle les unes des autres.
Est-il besoin d'être un mélomane averti pour en apprécier la clarté, l'art et la plénitude ? Il suffit de s'en remettre à l'excellente interprétation dirigée par le chercheur, chef et professeur qu'est Paul Van Nevel.
(Bruxelles, le 27 juin 2000)
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