Shostakovich & Weinberg : L'angoisse de la mort

 

Violon Sonatas. Dmitry Shostakovich (1906-1975) : Sonate op.134. Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : Sonates N°3 & N°4. Kolja Blacher (violon "Tritton" Stradivarius 1730), Jascha Nemtsov (piano). (Hänssler Classic CD 93.190)

Kolja Blacher, photo Herbert Schulze, sur http://www.kolja-blacher.com

Kolja Blacher et Jascha Nemtsov rendent un éclatant hommage à l'amitié qui lia Weinberg et Shostakovich, tant humaine que profondément musicale. Mais leur interprétation intelligente et sensible dissipe également les assimilations un peu trop rapides qui portèrent les critiques russes de l'époque à réduire Weinberg à un "petit Shostakovich". Certes les deux compositeurs vécurent les persécutions staliniennes. Weinberg fut même enfermé quatre mois à "Lubyanka", la prison de sinistre mémoire, dont il ne sortit que grâce à la mort de Staline. L'angoisse et la mort hantent son œuvre avec la même intensité que celle de Shostakovich. S'y ajoutent encore la mémoire de sa famille, victime du pogrom de Kishinev puis tuée par les Allemands dès l'invasion de la Pologne en 1939. Shostakovich le persuada de venir vivre à Moscou en 1943, où il resta jusqu'à la fin de sa vie. En 1969, Weinberg créa avec Oistrakh la Sonate op.134 de Shostakovich, une œuvre dans la lignée émotionnelle de la Quatorzième Symphonie, troublante et déchirée par cette "peur de la mort" que Shostakovich décrivait à Solomon Volkov comme ironiquement essentielle aux plus grandes œuvres, à condition qu'elle n'altère jamais notre lucidité. Elle habite les partitions de Weinberg comme une ombre discrète et imperturbable, puissante mais retenue ; une compagne élégiaque telle qu'on en trouve dans les toiles symbolistes... Jascha Nemstov évoque même Messiaen.

Jascha Nemtsov sur

 http://www.musica-judaica.com

 

Chez Shostakovich, la mort grince et rit, caustique et absurde dès qu'elle commence à nous attendrir. Un disque intense : le violon de Kolja Blacher frémit, crie, s'esclaffe, chante, murmure avec une force rare et brûlante. Le piano de Jascha Nemstov dessine les lignes chaotiques d'un univers gigantesque qui tangue et se désarticule avec l'énergie du désespoir. Leur duo est magnifique !

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 7 mars 2007)

 

 

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