Hugo Wolf (1860-1903):Mörike-Lieder. Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), Sviatoslav Richter, (piano). (DG 463510-2). 

© Deutsche Grammophon

 

                Cet enregistrement public, capté sur le vif à Innsbruck en 1973, marque une des rares apparitions de Sviatoslav Richter en tant qu'accompagnateur. Fougue, véhémence, puissance grondante et volcanique emportent ce difficile cycle de poèmes d'Eduard Mörike, mis en musique par Hugo Wolf sur les crêtes d'une déclamation précise et ardente. L'auteur du livret, Jens Malte Fischer, compare volontiers la version "extrême" de Richter, bien accordée à son tempérament, à celle "achevée" de Gerald Moore à la fin des années 50 ou "intime" de Barenboim au milieu des années 70. 

                L'éloquence et la ferveur de Dietrich Fischer-Dieskau jointes à la passion incendiaire de Sviatoslav Richter embrasent littéralement la version trépidante du Cavalier de feu : "Ce n'est pas rassurant : / il va déjà de-ci, de-là / et soudain, près du pont, / vers le champ, quel vacarme ! / Écoute le tocsin sonner ; / derrière la montagne, / derrière la montagne, / le moulin brûle." Étrangeté, fantômes et "cœurs rongés", souvenirs, pleurs et jalousies... tout cela se termine quand même avec humour par un beau pied de nez, un "adieu" qui déséquilibre notre sérieux : "Sans frapper, un monsieur entre un soir chez moi : / "J'ai l'honneur d'être votre critique."" Rira-t-on ? La voix tonne, le critique criticaille, le critiqué se venge : "Quand nous arrivâmes à l'escalier, / je lui donnai, de fort bonne humeur, / un petit coup de pied / au derrière ! / Diable, quelle culbute, / quel vacarme, quelle boiterie cela fit ! / Jamais je n'avais vu, / non, jamais de ma vie / un homme descendre aussi vite l'escalier !" Le tout dans une réjouissante sarabande de notes, cavalcades chaotiques sur la diction d'un conteur parfait. Et si vous n'êtes pas convaincu après ce réjouissant moment d'anthologie, à bon entendeur, salut !