Alexandre Tharaud

"Travailler la vie"

 

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Voir notre interview précédente d'Alexandre Tharaud (2004)

 

Bouillonnant d'intériorité, Alexandre Tharaud ne cesse de surprendre par son éclectisme et sa profonde considération du répertoire pianistique et des interprètes qui se l'approprient.Il aurait sans doute été inconcevable qu’il n’apporte pas, lui aussi, sa pierre à l’édifice Chopin qui occupe l’actualité classique tout au long de cette année 2010 mais ce n’est pourtant pas sa seule contribution à l’univers du virtuose polonais qu’il n’a cessé de visité tout au long d’un cheminement intense et personnel.

Son actualité 2010 l’amenait en Belgique il y a peu avec la Rhapsody in Blue de Gershwin qu’il donnait avec l’Orchestre Symphonique de Flandre dirigé par Etienne Siebens. Nous l’avons rencontré juste avant cette tournée pour évoquer Gershwin et Chopin, bien sûr, mais aussi pour parler de son parcours, de ses aspirations et de la manière dont il construit patiemment son parcours musical.

 

 

Alexandre Tharaud, vous serez en tournée en Belgique avec la Rhapsody in Blue de Gershwin les 6,7, 9 & 10 mai prochain avec l’Orchestre Symphonique de Flandre dirigé par Etienne Siebens.  A priori, on ne vous imagine pas dans ce type de répertoire.

Pourquoi ?

On s'attendrait de votre part à un répertoire d'une plus grande intériorité.

C’est étrange comme une discographie peut être réductrice ! Comparée à l'Oiseau innumérable de Thierry Pecou ou même aux Préludes de Chopin qui sont d’une grande violence et d’une grande virtuosité, la Rapsody in blue n’est pas une œuvre exubérante mais plutôt intime - en dépit de la fin. Le climat de la partie solo dure plusieurs minutes et il rapproche précisément l’auditeur du piano, ce qui est assez inédit dans ce style de configuration  pour orchestre.

Ensuite... ce que l'on attend de moi, je n’en sais trop rien... Cela dépend des gens et de mes propres attentes, parfois en décalage avec ce que je peux faire.

Beethoven ou Mozart, ce n’est pas forcément votre répertoire...

Mais quel est mon répertoire exactement ?

Je dirais qu'il est... bigarré ?

Il me semble cohérent à condition de préciser que le répertoire du disque n’est pas forcément celui du concert. Celui-ci est bien plus gigantesque ! Gershwin fait aujourd'hui partie du répertoire des pianistes. Peut-être pas de tous mais il est considéré comme un grand compositeur classique. Quant à Beethoven, je joue ses concertos et je vais d’ailleurs jouer de ses sonates l’année prochaine, sans pour autant les enregistrer.

Pourquoi ?

Il y a d’autres priorités. On ne peut pas enregistrer plus d’un disque solo par an.

Le temps passe vite et nous pousse à faire des choix. Ce qui se tisse au fil de mes disques se révélera peut-être à la fin de ma vie comme une arche de pierres différentes mais unies.

Certaines oeuvres sont là, dans mon ventre, et s'imposent.

Beethoven habite un recoin secret mais trop d'albums lui sont dédiés chaque année, ce qui le dessert je crois. J'aime me sentir utile. Tenter de combler un petit vide dans une discographie comme celle de Chopin ou de Satie.

Et pour Mozart ?

Je devais l’enregistrer mais le changement de maison de disque a un peu chahuté mes projets...

Le swing jazzy de Gershwin pourrait-il réveiller en vous l'improvisateur ?

J’ai fait beaucoup d’improvisations dans ma jeunesse, quand j’accompagnais des films muets au musée d’Orsay. J’adorais ça mais m’imaginer en improvisateur jazz, ce serait une fausse piste : je suis nul en jazz ! La grande difficulté avec Gershwin est d’être à la croisée des chemins. C’est pourquoi les pianistes classiques le jouent souvent très mal; il faut se dégager du carcan classique et lâcher prise. C'est un très délicat travail d’équilibre. Un pianiste classique doit le jouer avec aisance, recul et swing dans un cadre relativement classique.

Vous arrive-t-il d’improviser chez Bach, à la manière d’un John Lewis par exemple ?

En fait je n’aime pas improviser en public et encore moins dans Bach !

Chopin, c’est quasiment l’histoire d’une vie en ce qui vous concerne.

Oui, et cela concerne finalement beaucoup de pianistes. C’est sans doute le compositeur incontournable de l’apprentissage du piano et finalement de la vie d’un pianiste.

Le titre de votre album Journal intime fait référence à une série d’événements liés à des pièces que vous avez choisies. Comment les avez-vous rassemblées ?

Curieusement, sans en avoir le choix. En imaginant un programme le mieux construit possible avec des surprises et un agencement qui donne l’impression d'un concert et raconte une histoire. Tous ces morceaux ont marqué des étapes importantes de ma vie et ils ont en moi une résonance particulière. Ces cinq jours d’enregistrement avaient un parfum particulier. J’étais baigné dans mes souvenirs... C’était assez bouleversant.

 

Vous jouez ce programme en concert ?

Oui mais pas dans le même ordre.

Comment affrontez-vous vos souvenirs ?

Tout dépend du regard que l’on porte sur son passé, sur des rencontres, des lieux, des décisions, des moments de basculement. Ce qu’on en fait. Les passages négatifs peuvent être transformés. Ils peuvent nous aider, nous guider. Je pensais que j'oublierais tout cela après l'enregistrement mais je dois en parler aux gens. Au fond,je n’avais pas forcément envie de m’épancher et c’est sans doute paradoxal. Ce titre Journal intime est à interprétation multiple. Il évoque le lien intime de Chopin avec son public, son piano, avec le pianiste aussi qui est très proche de ses confidences au piano. Mais c’est aussi mon journal intime en quelque sorte même si je ne désire pas me mettre en lumière. Un pianiste qui se réfugie derrière un texte ne se rend sans doute pas compte qu’il se met à nu dans un disque. Quand j’écoute un pianiste, j’entends le compositeur et sa vie à lui tout autant.

Lorsque Marcelle Meyer joue Mozart, j’entends autant l’époque de Mozart que celle de Marcelle Meyer.

On pose une question presque tabou dans le milieu de la musique : "Où se situe-t-on en tant qu’interprète ?"

Je pense qu’un interprète est aussi présent que le compositeur qu’il joue.

Pour bien jouer un compositeur, j’ai besoin d’être d’égal à égal. De le tutoyer, de lui dire tout. Je lis sa correspondance, je veux le connaître et, comme je ne peux pas être sous un énorme rocher qui risque de s’effondrer sur moi, j’ai besoin de vivre, de fumer et de boire un bon coup. J'ai besoin d’amitié. Il ne s’agit pas pour autant de mettre mon ego en avant. D'ailleurs, je ne parle pas d’ego je parle de relation.

Avez-vous dû vous limiter pour le choix des pièces de cet album ?

 

Certaines valses ont une importance fondamentale dans ma vie mais je ne pouvais pas les y intégrer parce que je les avais déjà enregistrées.

Aurons-nous alors un Journal intime 2 ?

Oui, mais je voudrais passer à d’autres compositeurs avant. On pourrait dire aussi que chacun de mes disques est un journal intime. Un son, un jeu se construisent : une manière de m’exprimer qui s’affine avec le temps.

Lors de l’enregistrement de cet album, avez-vous été parfois pleinement satisfait du résultat de la prise de son et du résultat final ?

Alors là, jamais ! Mais ce n’est arrivé pour aucun disque.

Cependant, je trouve que le montage est fascinant lorsqu’il est au service de la musique. C'est une interprétation en soi.

En séance d’enregistrement, il faut défaire les nœuds, trouver le moment de grâce qui suscite un déclic. Cinq jours, c’est vraiment éprouvant. On joue quasiment 10 heures par jour en cherchant la concentration qui nous permettra d’atteindre cet instant de bénédiction pour sortir en une seule prise ce qu’on a cherché pendant des heures. C'est un peu comparable aux montagnes russes. C’est une vie en soi car on passe à la fois par les plus grandes joies et les plus grands malheurs. Un peu comme un enfant qui passe des pleurs aux rires et apprend ainsi. Enregistrer c’est un peu vivre les choses comme un enfant.

Quels sont pour vous les grands modèles d’interprètes de Chopin, hormis Marcelle Meyer et Vlado Perlemuter que vous citez ?

Rachmaninov pour moi est le plus grand "chopinien" qui soit.

Comment l’expliquez-vous ?

C’était un géant, au sens physique du terme, qui jouait avec une finesse incroyable ! A une époque où les pianistes jouaient d’une manière ampoulée, en tout cas très exagérée, il était d'une grande sobriété. Je suis fou de ses enregistrements, de sa sonorité, de ses prises de sons. J’aime les pianistes qui chantent Chopin d’une manière unique. Je serais par ailleurs incapable de les imiter et leur jeu ne ressemble à aucun autre. Vlado Perlemuter, si vous l’écoutez bien, gère une phrase de Chopin de manière très bizarre mais c’est entièrement convaincant. Ce sont des pianistes qui se sont mouillés. Prenez Samson François, Tamas Vassary, Emil Giles : ils ont joué Chopin comme personne d’autre et cela le plus naturellement du monde.

Vous pourriez réenregistrer votre disque Chopin dans dix ans ?

J’aimerais réenregistrer tous mes disques. Journal intime est sans doute trop chaud.

Avez-vous encore un rêve en musique ?

Beaucoup ! Des rêves qui restent accessibles, des rêves de répertoire ou des rêves de rencontres, de chefs, d’orchestres. Des rêves de disques aussi. J’ai beaucoup d’envies. Mais c’est plutôt un problème de temps. J’ai 40 ans, c’est une période charnière dans ma vie. C’est vieux, ce n'est pas vieux, c’est un âge où je me rends compte que ce répertoire gigantesque du piano, je ne le jouerai jamais. Et donc je ne jouerai jamais le millième de ce que je voudrais jouer. Il va falloir mettre des compositeurs et des œuvres de côté (ce que j'ai déjà bien commencé). Je dois aller à l’essentiel, suivre un désir qui est de plus en plus précis parce qu’avec l’âge on se connaît de mieux en mieux, même si ce n’est pas forcément drôle.

Pourrait-on vous imaginer à la direction tout en étant devant votre clavier ?

Je l’ai déjà fait avec les concertos de Bach et au Concergebouw d’Amsterdam avec le Concerto en Sol de Ravel.

Ravel en dirigeant depuis le piano ?

On ne peut pas beaucoup diriger des deux mains puisqu’elles sont prises au clavier mais diriger du regard, donner l’impulsion, dos au public avec l’orchestre devant moi. Si les musiciens sont très bons, ça fonctionne très bien. D’ailleurs dans cette position de soliste devant l’orchestre il est très intéressant de constater que tout d’un coup on entend les basses. On s’adresse à un son de face qui nous transporte plus dans la musique que dans le spectacle et donc moins dans la confrontation avec l’orchestre. Finalement il n’y a plus de chef parce qu’on est enveloppé par l’orchestre hors d'un rapport de force. Les instrumentistes sont beaucoup plus contents car pour une fois ils ont un contact direct avec leur soliste, ce qui n’arrive jamais, et puis on entend toutes les couleurs. Le Concerto en Sol de Ravel, c’est merveilleux pour cela car chaque soliste de l’orchestre aura un moment pour briller de sa petite phrase : c’est en quelque sortes de la musique de chambre dans un grand orchestre symphonique.

Regrettez-vous de n'avoir pas fait certaines rencontres ?

J’aurais bien aimé rencontrer Rachmaninov, le compositeur et l’interprète. Peut-être pas Cortot, ne serait-ce que pour son attitude politique. J’aurais aimé rencontrer Samson François pour sa folie, sa démesure, et puis bien sûr Marcelle Meyer qui reste pour moi une personnalité très importante. Clara Haskil, les grandes femmes pianistes. Certainement beaucoup d’autres : Emil Gilels ou Rudolf Serkin.

Y a-t-il une œuvre à laquelle vous revenez périodiquement pour vous ressourcer ?

Il y en a beaucoup. Chez Chopin notamment, la Seconde ballade que j’ai jouée à 14 ans, mise au placard et ressortie à différents moments de ma vie. C'est un aller-retour passionnant. J’ai presque hâte d’avoir 100 ans, si je peux encore la jouer à cet âge, pour voir ce qu’elle serait ou sera…

Appréciez-vous également la version de Rachmaninov dans ces concertos ?

J’aime son jeu. Comme celui d'Emil Gilels, même s’ils ne se ressemblent pas du tout : ces Russes sont des géants avec des mains de bûcherons qui parviennent à des nuances extrêmement fines et riches. Ils tiennent aussi des délicates princesses de la Belle au bois dormant ! Je ressens cette même émotion avec Grigory Sokolov aujourd’hui. Pour moi c'est un géant qui marche sur des verres de cristal.

Avez-vous encore du temps pour la composition ?

Cela reste mon petit jardin secret : un plaisir, de l'ordre du fabuleux. C’est "mon petit machin à moi"…

Est-ce à dire que vous n’aimez pas la critique ?

Mais quelle critique ? La critique en général ou la critique de mes disques et de mes concerts ? Ce sont des choses différentes.

Parlons plutôt de la critique au sens général car au disque comme au concert, on ne peut nier la subjectivité de l'auditeur.

Si j’aime les conseils, dans mon métier je dois parfois me battre pour garder à l’horizon mon propre désir et la ligne que je me suis définie. Même si je me trompe, je dois suivre mon instinct. Il faut savoir dire non. C’est vraiment essentiel. Cependant, je peux m’appuyer sur mes proches : ils savent qu’ils ont intérêt à me dire exactement ce qu’ils pensent ! Ils sont très francs avec moi ; c’est ce qui me sauve.

Pourquoi faites-vous de la musique ?

Pour travailler, pour avancer.

Vous-même ?

Mais oui, il faut travailler la vie. La seule chose qui m’intéresse c’est travailler. Ce n’est pas travailler le piano, c’est travailler notre relation au monde, l’amitié comme l’amour, ce qui demande énormément d’énergie au quotidien. Arriver à surprendre, à se surprendre, se surpasser et surpasser l’autre. S’engueuler, se retrouver… c’est un travail fabuleux ! Travailler une œuvre, travailler sur soi. Voyez comme je suis, j’ai besoin de résistance physique donc je fais du sport, du yoga, je travaille sur moi chaque minute chaque jour et je réfléchis sur tout et tout le temps.

Si vous aviez pu vivre à l'époque de Chopin... ?

Je n’aurais pas aimé le rencontrer. Je crois qu’avec son sale caractère, j’aurais été très déçu.

Pourtant sa musique ne vous déçoit pas !

Bien sûr que non, mais c’était un homme dur. J’aurais bien aimé vivre cette époque, à Paris. D’ailleurs le quartier où je suis né, le 9e arrondissement est baigné du parcours de beaucoup d’artistes comme Liszt, Sand, Chopin, Rossini... Cette époque charnière m'aurait plu pour son effervescence ! Le piano connaissait des avancées techniques incroyables; on commençait à construire des salles de concerts partout tandis que naissait le mythe du pianiste. Paris se transformait. Les peintres, les écrivains et les compositeurs se connaissaient mde l’intérieur car il vivaient presque ensemble. Sur les grands boulevards, on trouvait des maisons de campagne à un étage à côté d’immeubles en construction. C’était un Paris en pleine mutation…

(Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 2 avril 2010)

Petit trajet biographique et discographique :

Alexandre Tharaud - Biographie

Après le succès retentissant remporté avec son disque Rameau dont il enregistra les Suites de clavecin au piano pour Harmonia Mundi, Alexandre Tharaud vient d’obtenir les plus hautes récompenses pour son intégrale des œuvres pour piano de Ravel ((Diapason d’Or de l’Année, CHOC du Monde de la Musique, Recommandé de Classica et 10 de Répertoire). Auparavant, il avait gravé une sélection de pièces pour piano à quatre mains de Schubert avec Zhu Xiao-Mei et un magnifique et étonnant disque consacré à Mauricio Kagel, ce dernier pour la firme Aeon.

Alexandre a été invité à se produire aux célèbres BBC PROMS, au Festivals ‘Piano aux Jacobins’, La Roque d’Anthéron, Utrecht, Schleswig-Holstein, ‘Octobre en Normandie’, ‘Abbaye de l’Epau’ ainsi qu’au Grand Théâtre de Bordeaux, Opéra de Rennes, dans la série ‘MeisterZyklus’ de Bern, à l’Académie de Musique de Prague, au Museo de la Reina Sofia à Madrid, au Théâtre du Châtelet, Cité de la Musique et Teatro Colón de Buenos Aires.

Il a également créé avec Jean Delescluse et l’acteur belge Jules-Henri Marchant un spectacle autour de Satie, Satie Autrement, co-produit par le Théâtre du Rideau et la Philharmonie de Bruxelles qui sera repris en avril 2005 au Théâtre Marni de Bruxelles. Il a passé commande à six compositeurs (Mantovani, Connesson, Pécou, Campo, Maratka, Escaich) qui ont chacun écrit un ‘Hommage à Rameau’ d’après chaque mouvement de la Suite en La du grand compositeur baroque français; le tout constitue un programme qu’Alexandre donne régulièrement en Europe.

Alexandre est le soliste des grands orchestres français (Orchestre National de France, Orchestre Philharmonique de Radio-France, Orchestre de Lille, Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine) et étrangers (Taïwan National Symphony Orchestra, Japan Philharmonic Orchestra, Tokyo Metropolitan Orchestra, Sinfonia Varsovia and Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks) sous la direction de Yutaka Sado, Jean Fournet, Marc Minkowski, Stéphane Denève, Jean-Jacques Kantorow et Georges Prêtre.

Il consacre une grande partie de son activité à la musique de chambre dont il interprète les oeuvres du répertoire dans les plus grandes salles parisiennes et au Louisiana Museum au Danemark, Musikverein de Vienne, Concertgebouw d’Amsterdam, Philharmonie de Cologne, Symphony Hall de Birmingham, Philharmonie de Bruxelles, Brighton, Warwick et Norfolk festivals en Angleterre, Août à Karessaave en Estonia, Wigmore Hall et South Bank de Londres.

Ses précédents enregistrements consacrés à Schubert, Chabrier (intégrale de l’œuvre pour piano), Poulenc (intégrale de la musique de chambre) lui ont valu de nombreux prix dont celui de l’Académie Charles Cros, Diapason d’Or de l’Année ainsi que le Choc du Monde de la Musique.

Consulter sa discographie complète sur http://www.alexandretharaud.com/

 

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