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Blandine Rannou La liberté des chemin étroits |
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(Interview réalisée le 4 août 2004 à Bruges par Noël Godts) - Parcours biographique et discographique -
Blandine Rannou, claveciniste et continuiste française, est invitée comme membre du jury au quatorzième concours international de clavecin de Bruges*, dans le cadre de Musica Antiqua 2004 dont elle fut la première lauréate il y a douze ans (elle reçut également le prix du public et le prix spécial de la radio télévision belge). Passion, rigueur et contagieuse vivacité rythment son parcours. La jeune femme, que l'on découvre avec ravissement dans ses enregistrements chez Zig-Zag Territoires (voir plus bas), charme par sa spontanéité et sa franchise que semble structurer une personnalité réfléchie, intense et éprise de solitude. Ce retrait naturel des feux de la rampe, s'ils ne doivent signifier que le succès, est loin d'un désir d'isolement ! Bien au contraire, elle choisit d'intégrer des ensembles dont l'esprit de découverte rejoint le sien, enseigne la basse continue au Conservatoire national supérieur de musique de Paris tout comme elle se produit en récital. Avec une rayonnante simplicité, la démarche aussi claire que le regard.
* Membres du jury : Blandine Rannou, Ketil Haugsand, Johan Huys (président), Gustav Leonhardt, Davitt Moroney, Ludger Rémy. Lauréats : Benjamin Alard (Fr., 1er prix), Maria Uspenskaya (Rus., 2è prix), Adam Pearl (VS, 3è prix) et Mikhail Yarzhembovskiy (Rus, 3è prix ex aequo)
Blandine Rannou, vous étiez ici à Bruges il y a près de dix ans, mais en d'autres circonstances...
(Rire) Bien différentes oui ! C'était il y a douze ans. C'est paradoxal, mais c'est d'une certaine manière un peu plus facile d'être ici comme concurrente, parce qu'on sait ce qu'on a fait et ce qu'on a à faire. Je me souviens m'être beaucoup extraite du monde même des autres concurrents. Je ne voyais personne. C'est évidemment d'abord un grand honneur de revenir ici comme jury et d'y côtoyer les maîtres. Mais c'est tellement de responsabilités ! La pression est grande : il ne faut pas se tromper, on doit être très attentif. Au premier tour, on entend plus de quatre-vingt-dix fois la même chose. C'est très fatigant, mais tellement intéressant ! Je suis vraiment ravie d'être là.
A quoi êtes-vous sensible en tant que jury ?
Les niveaux sont assez disparates. Il y a des gens dont la place n'est pas forcément ici. C'est le cas de tous les concours j'imagine, sauf qu'ici il n'y a pas de présélection. Tout le monde peut avoir sa chance. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des gens un peu légers... C'est quand même une expérience hors du commun d'entendre quatre-vingt-quinze fois un menuet de Couperin très simple mais qui n'est jamais deux fois le même ! C'est tout à fait hallucinant de voir tout ce qu'on peut faire de différent. Evidemment, on prend des notes très précises et cela permet d'avancer personnellement aussi. C'est intense et magnifique !
Qu'est-ce qui vous a intéressée en 1992 lorsque vous étiez une claveciniste débutante et qu'est-ce qui vous intéresse aujourd'hui en tant que jury ?
On sait qu'il s'agit du concours le plus important, dont le prix n'est pas toujours décerné, comme lorsque j'ai concouru. Il n'y a pas mieux dans le monde du clavecin, en tout cas en Europe. Je ne sais pas comment ce concours est perçu dans les pays de l'Est, par exemple. Ici, c'est la Mecque des concours ! J'y suis venue il y a douze ans avec l'envie de bien faire. Vous savez, en France on a un peu un complexe d'infériorité vis-à-vis de la Belgique et des Pays-Bas en ce qui concerne la musique baroque, puisque tout s'est passé chez vous. Je venais donc très impressionnée. Quand on m'a demandée en tant que jury, c'était d'abord un grand honneur. J'étais... soufflée ! Tellement fière en plus ! Et pour les mêmes raisons. C'est étonnant d'ailleurs comme ce concours sur la longueur est toujours le plus respecté.
Diplômée dans trois disciplines du Conservatoire de Paris, basse continue, clavecin, musique de chambre, comment parvenez-vous à les concilier ?
Dans le cursus de Paris, ces trois disciplines étaient très séparées, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément une très bonne idée. A l'époque, le prix de basse continue était extrêmement technique : du chiffrage, etc. ; la musique de chambre concernait l'interprétation à plusieurs, bien sûr. Les étiquettes étaient bien marquées. Or, je trouve qu'au contraire, entre basse continue et pièces de clavecin, on peut considérer qu'on est absolument dans le même monde. La seule différence, c'est que lorsqu'on joue des pièces de clavecin, on est soi-même le dessus avec la main droite, et son propre continuiste. Mais c'est la même chose. Je ne peux pas concevoir de faire l'un sans l'autre et, d'ailleurs, c'est un peu fini ce temps. On pouvait, la génération précédente, être claveciniste de récital sans pratiquer le continuo, ou l'inverse. Il s'agissait de cette idée un peu romantique qui vient du piano, qu'on peut être accompagnateur. Ce qui n'est pas très adapté à notre répertoire. Maintenant, les enfants font du continuo assez tôt dans les conservatoires. Encore que je voie arriver à Paris des étudiants très brillants en solo et qui ne savent pas grand-chose du continuo. Mais ça se rattrape. Ce n'est donc pas compliqué à concilier parce que c'est la même chose.
Si j'ajoute la dimension d'enseignante ?
On m'a nommée là et j'en suis ravie. J'enseigne la basse continue justement. C'est très intéressant et j'aurais du mal à ne pas enseigner. Quand j'étais plus jeune, j'ai enseigné le clavecin à des petits enfants dans une école de musique. J'aimais beaucoup. Dès leurs 5 ou 6 ans, je leur faisais faire des expériences, de l'improvisation... C'était très amusant et ça marche bien, parce que les petits ne sont pas complexés pour se lâcher. J'ai maintenant des étudiants de 18-20 ans, pour la plupart d'un excellent niveau. Ce qui est bizarre, c'est qu'à Paris, ils ont un concours d'entrée commun, où ils ne jouent que du répertoire et seulement cinq minutes de continuo. Ils rentrent, puis ils ont deux professeurs. Il y a deux classes différentes. Olivier Beaumont s'occupe du clavecin. Et il y a deux prix à la sortie. En trois ou quatre ans, ils doivent faire un grand chemin. Et c'est passionnant !
Pourriez-vous, pour les néophytes, définir le rôle de la basse continue ?
Bien sûr ! On en parle comme si c'était évident mais c'est une pratique musicale qui est le fondement de notre musique occidentale. Faire de la basse continue, c'est lire une partie de basse seulement, en l'occurrence de main gauche pour ceux qui sont sur un clavier. Cette partie est agrémentée de chiffres d'harmonie comme le jazz. On "invente", on improvise ce que l'on fait avec sa main droite sur cette base. Toute la musique instrumentale, vocale, l'opéra sont basés là-dessus et le continuo peut être un groupe d'instruments, clavecin, orgue,violes, violoncelle, etc. On peut avoir des continuos énormes de 8 ou 10 personnes qui font les lignes de basse. Ce qui est bien la preuve que dans cette musique, tout part de la basse, tout est construit harmoniquement. Le dessus est l'émanation d'une base harmonique.
Vous faisiez un parallélisme avec le jazz ?
Oui, il faut se méfier, mais pour les gens qui ne connaissent vraiment pas du tout la basse continue, l'idée d'avoir une grille d'accords est parlante. Il faut se méfier du fantasme de la liberté. Il n'est pas question évidemment de faire absolument tout ce qu'on veut en fonction de son sentiment personnel d'interprète. Lequel prend vraiment de l'importance d'ailleurs avec la musique romantique. Mais avant, il est plus discret et trouve d'autres chemins pour s'exprimer. Ce n'est donc pas la liberté la plus totale. Il y a des règles très précises. Mais l'on décide soi-même à quel endroit du clavier on va être, si l'on va mettre beaucoup de notes ou très peu, en fonction de règles précises qui changent avec l'époque, le pays, l'instrument, la voix...
Peut-on encore parler de liberté ?
Oui, comme on peut parler de liberté dans les pièces de clavecin solo. On sait que l'on peut parfois rajouter des ornements, par exemple. Mais sans faire mousser ou mettre en avant cette liberté ! Il s'agit plutôt de possibilités de respiration dans la stricte obéissance à des règles très précises. Ce qui moi, me va très bien. On ne peut pas être dans le déferlement de soi-même, dans ces répertoires du XVIIè et XVIIIè siècles. Il y a tellement de choses posées que l'on doit trouver son chemin dans un couloir assez étroit, ce qui fait que parfois, ce que l'on a envie d'exprimer est si resserré, comme dans un fin tuyau, qu'il prend une force plus grande.
Il s'agirait donc d'une liberté rigoureuse ?
Oui, c'est une bonne expression.
La critique et le grand public vous ont découvertes dans l'intégrale de Jean-Philippe Rameau. Comment et pourquoi ?
Avant ce disque, j'étais déjà depuis 15 ans dans le milieu de la musique ancienne. J'ai beaucoup accompagné Gérard Lesne dans l'ensemble Il Seminario, et je le fais toujours d'ailleurs. J'ai fait beaucoup de concerts en continuo, avec Gérard aussi. Et je n'avais pas spécialement l'envie d'être une soliste dans l'idée un peu dix-neuvième de se positionner comme telle. Donc, pas de frustration. Jusqu'au jour où, en 2000, je me suis dit que j'aimerais bien, doucement... Une petite maison de disques française, Zig-Zag Territoires (c'est un miracle !) est venue me voir en me proposant de faire ce disque ! C'est quand même une drôle de coïncidence ! J'ai entendu beaucoup de réactions, du genre "Ah, enfin ! Tu fais ta carrière !" Et je ne suis pas tellement dans ce truc-là en fait ! C'est troublant. Oui, je suis ravie de ce disque et des suivants. J'ai beaucoup de récitals depuis et un agent s'occupe de moi. Je suis très contente et je ne veux pas du tout cracher dans la soupe. Mais je ne considère pas forcément ça comme une évolution vers le pouvoir...
Gérard Lesne est une de vos grandes rencontres musicales. Qui sont les autres ?
Je ne veux pas citer parce qu'après ça devient gênant ou embêtant d'en oublier. Avant toute chose, en tout cas en France, le milieu baroque, c'est d'abord comme une famille. Avec ses frictions aussi, et il y en a beaucoup ! Je ne suis pas du tout en train d'idéaliser qu'on est tous des frères ! Mais par rapport à la manière dont la musique classique y est enseignée ou pratiquée, avec instruments dits modernes, où les relations humaines sont assez rigides et pas toujours très riches... ces 25 ans de musique baroque sont aussi un choix de relations différentes entre les gens. Etant tous freelance, on passe d'un ensemble à l'autre et on se retrouve toujours plus ou moins avec plaisir. La première rencontre, c'est celle d'un monde de personnes qui ont décidé de faire de la musique dite classique, en l'occurrence baroque, un peu autrement. En prenant des risques financiers. C'est d'abord la rencontre d'un certain milieu, et ensuite de toutes les stars qui ont bercé mes oreilles.
Si je vous suis bien, vous aimez la polyvalence de ces rencontres musicales ?
Oui, c'est vrai, c'est toujours plus riche, je trouve. Et peut-être les musiciens dits baroques ont-ils une qualité d'écoute humaine différente... Bon, je vais fâcher des gens en disant ça !
Vous avez abordé Bach chez Zig-Zag par les Suites anglaises puis les Suites françaises. Peut-on considérer qu'il est toujours cette fameuse Bible des claviéristes ?
Il faut évidemment considérer que c'est un génie et être absolument toujours admiratif face à son oeuvre. Mais il faut aussi se méfier des images qui seraient trop rigides. C'est drôle car j'en parlais justement avec une candidate tout à l'heure. elle me disait que devant Bach, elle avait un mouvement de rigidité, parce qu'on a peur, on a beaucoup de respect et l'on ne sait pas trop si l'on peut faire ce dont on a vraiment envie. Donc, il faut ménager ces deux aspects. Je ne sais pas si l'on peut faire le tour de Bach en une vie humaine. Je n'en suis pas là en tout cas... Mais si l'on se plonge avec délice dans ce monde-là, on a des pistes pour chaque chose, car c'est la quintessence.
Quelles sont les vôtres ?
J'aime chercher. Une de mes pistes a été celle des rapports entre la musique française et Bach, d'où cette alternance avec Rameau. Je voudrais essayer d'adapter l'idée de sensualité de ces basses somptueuses des clavecins français à Bach. Avec beaucoup de respect, sans être forcément hiératique avec Bach.
Vous pratiquez aussi les concertos ?
Oui. Pas énormément. Pour l'instant, je suis dans une période un peu solitaire.
Peut-on parler d'un avant et d'un après les Victoires de la Musique ?
Non, absolument pas. D'abord parce que je n'ai pas gagné. Et je ne peux pas du tout dire que cette nomination m'ait beaucoup excitée. Je trouve que ce n'est pas très intéressant, ces grandes messes qui sont en fait très commerciales. Mais je me suis prise au jeu. J'ai fini par être excitée et déçue à la fin. Et finalement... ce genre de choses n'a aucun intérêt. Ceci dit, j'étais vraiment contente pour Zig-Zag Territoires : finalement, on admet qu'on est dans une histoire de commerce, dans un monde où il faut vendre. Encore que Zig-Zag Territoires ne fasse pas cela pour gagner des millions ! Ils veulent avant tout soutenir des projets qui les intéressent. Mais il faut quand même vivre.
La musique, pourquoi ?
D'abord, parce que je suis née dedans, d'un milieu de musiciens. Pour moi, on ne peut pas respirer sans musique. Dans le ventre de ma mère déjà, j'entendais du classique. Donc, c'est dans mes gènes. Ensuite, parce que s'il n'y a pas de culture, on est des animaux. Et puis... (grand éclat de rire) parce que j'en sais rien ! C'est une question très difficile !
La musique classique a souvent cette étiquette d'être inaccessible. Comment y réagissez-vous ?
Je suis très inquiète, parce que c'est de pire en pire ! Et je crois que c'est très mal parti. Or, moi je n'ai pas envie de me lamenter. Donc il faut trouver des solutions. J'ai décidé de trouver des structures et des lieux de concert hors des circuits habituels, que je ne renie pas du tout d'ailleurs mais il faut essayer de toucher des gens qui ne vont pas dans les festivals ou les concerts habituellement. Voilà. Je ne suis pas prête à prendre mon clavecin sur une épaule pour aller dans les écoles. Je n'en ai pas le courage. Il le faudrait, car tout commence avec l'éducation. Je ne sais pas comment c'est en Belgique, mais en France, c'est de pire en pire, l'éducation de la musique dans le national ! En primaire, il n'y a quasiment plus rien, au collège c'est en train de disparaître, carrément... Il faudrait être plus pédagogique. Pour les enfants, je n'en ai pas tellement envie, mais j'aimerais trouver d'autres publics d'adultes. Il y a une solution par là. Et on ne peut pas dire de la musique baroque qu'elle est inaccessible. C'est totalement faux. Il suffit de voir le succès de Tous les matins du monde ! C'est de la musique qui touche au premier degré ! Il n'y a aucune raison que les gens n'en profitent pas !
Quels sont vos projets ?
J'en ai plein. Et en octobre, j'enregistre les Toccatas et Fugues de Bach.
(Noël Godts, Bruges, le 4 août 2004)
Petit trajet biographique :
Blandine Rannou a commencé chez Zig-Zag Territoires, une discographie soliste, remarquée par la presse avec l’intégrale des pièces pour clavecin seul et en concerts de Jean-Philippe Rameau. Son jeu «révolutionnaire» (Philippe Ramin magazine Répertoire avril 2001) a su apporter un éclairage nouveau sur l’instrument et sur l’interprétation de J.P.Rameau « …tous ceux qui associent la musique baroque, et le clavecin en particulier, à une bousculade de notes aigrelettes et pressées vont prendre une claque énorme en découvrant le Rameau de Blandine Rannou… Ce Rameau solaire est une leçon de profondeur et d’équilibre. Une mosaïque de couleurs assemblées avec la précision d’un tableau de maître » (Eric Dahan Libération 1er Juin 2001). Cette évolution est l’aboutissement d’une formation partant de trois premiers prix ((Clavecin, basse continue, musique de chambre) du CNSM de Paris où elle enseigne actuellement la basse continue, d’un cursus au Sweelinck Conservatorium d’Amsterdam avec Bob van Asperen et du prix du Concours International de Clavecin de Bruges ainsi que le prix RTB et le prix spécial du public en 1992. Parallèlement à une intense activité de continuiste au sein des ensembles Il Seminario musicale – Direction Gérard Lesne , Les Basses réunies – Bruno Cocset, Pascal Monteilhet, Richard Myron, elle développe une activité de récital (la Roque d’Anthéron, à Madrid, au Centre de Musique Baroque de Versailles, au Palais Royal…). Blandine Rannou et Zig-Zag Territoires s’engagent dans un travail éditorial passant par Jean-Sébastien Bach (les Suites françaises puis les Suites anglaises), Froberger et ses pièces de clavecin, François Couperin…
Petit trajet discographique :
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C'est avec une intégrale Rameau que Blandine Rannou a commencé sa collaboration chez Zig-Zag Territoires. Son jeu fluide et limpide est toujours teinté de mystère qu'elle entretient et égrène au fil de sa progression sonore. Bach la révèle rigoureuse et métrique dans un assemblage d'ambiances qu'elle harmonise et investit dans la cohérence de mouvements imbriqués les uns aux autres avec une douce détermination.
Comment qualifier autrement la palette sonore de Blandine Rannou si ce n'est en parlant des différentes variations de coloris propres à sa manière d'accaparer un clavier indocile ? Il serait périlleux et sans doute vain de décortiquer les attaques et autres architectures sur lesquelles la claveciniste française base ses harmonies, car son caractère musical montre une aisance insaisissable grâce à laquelle elle se propulse toujours en avant pour clore une pensée finement aboutie. Son Couperin coule de source alors que son Bach transfigure l'équilibre précaire des mains au service d'une magie musicale par laquelle il réalise la synthèse baroque.
Fluidité de la mélodie et équilibre de son tissu de base rencontrent l'harmonie d'un discours unifié avec simplicité mais efficacité. Blandine Rannou ne cherche jamais l'effet gratuit d'une grandiloquence proverbiale mais s'applique à préciser avec concision l'élaboration d'une synthèse basée sur la connaissance musicale. C'est d'ailleurs cette connaissance et ce respect de l'héritage des anciens qui constituent la base première de sa liberté et de ses élans musicaux.
Ses improvisations spontanées sont les catalyseurs d'énergies intérieures multiples qu'elle régit et agrémente au gré d'un répertoire investi d'une passion dévorante mais saine. Si Rameau l'a révélée au grand public, Bach l'aide à affiner et assurer la sagesse et la plénitude d'un univers sonore constamment enrichi. Musicienne polyvalente, Blandine Rannou utilise et adapte les différentes exigences des répertoires dont elle s'accapare pour en extraire une vision déterminée et brute. Apprentie orfèvre, elle cisèle des joyaux qui sont synonymes de sa générosité exigeante et de sa spontanéité maîtrisée.
Noël Godts, Bruxelles, 21 août 2004
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