Claire Chevallier :

"la ligne directe"

Patrick de Spiegelaere

(Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 7 octobre 2005)

Le vendredi 21 octobre 2005, Claire Chevallier donnera un concert au Studio 4 à Flagey (20h15) avec l'ensemble Anima Eterna autour d'œuvres de Maurice Ravel. Spécialiste du pianoforte, musicienne et chercheuse, la pianiste française s'est installée à Anvers et enseigne au Conservatoire Royal de Bruxelles. Elle poursuit sa trajectoire musicale en s'efforçant d'écouter ses coups de cœur au rythme de son évolution personnelle, exigeante et investie. Sa définition de l'authenticité, "ligne directe avec ce qu'on suppose être vrai", témoigne du questionnement qui motive ses choix, de l'impulsion qui les élance et de la réflexion qui les contrôle.

Comment la Française que vous êtes, est-elle arrivée à Bruxelles, chez Jean-Claude Vanden Eynden ?

A priori, il n'y a pas de raison  évidente ! Le fait est que j'ai beaucoup travaillé avec Bruno Rigutto qui m'a conseillé de partir à l'étranger. Il disait que le système parisien ne me correspondait pas. Il m'a présentée à des tas de gens qui travaillaient à Bruxelles lors d'un de ses cours à Venise. J'ai découvert une tout autre atmosphère : on m'a décrit la façon dont ça se passait en Belgique et j'ai eu l'impression qu'il y  avait beaucoup plus de place pour une sorte de libre initiative et une façon de gérer soi-même ce que l'on voulait entreprendre. Ca m'a énormément motivée et j'ai décidé d'y venir. J'avais aussi entendu énormément de bonnes choses de Jean-Claude Vanden Eynden.

Quel a été votre complément de formation avec lui ?

Bizarrement, au niveau technique, les choses sont faites en Belgique de manière très conséquente et récurrente, alors qu'en France, c'est toujours très mélangé et peut-être un peu hectique. Parfois on parle de la technique et d'autres fois plus du tout ! Dans la classe de Jean-Claude, on s'est rendu compte que j'arrivais à faire certaines choses sans vraiment savoir pourquoi, tandis que d'autres n'avaient vraiment pas été formées à la base. Pour moi, c'était très important de pouvoir tout reniveler de façon conséquente.

Et Guy van Waas ?

Il a été une grande inspiration. C'est un musicien très fantaisiste et enthousiaste. Il s'amuse beaucoup ; il est polyvalent : ses cours de musique de chambre sont donc très intéressants. Il a un pied dans la musique ancienne, ce qui donne une ouverture d'esprit assez importante.

Vous avez commencé votre formation sur piano dit "moderne". Quand avez-vous choisi de travailler sur des pianos de facture ancienne ?

En fait, ça a été un mûrissement assez lent. J'y ai été confrontée assez tôt, ce qui surprendra peut-être... J'ai fait un cours d'interprétation à Paris avec Jos van Immerseel à 18 ans. C'était sur un pianoforte dans sa forme assez ancienne : un cinq octaves qui se prêtait à l'interprétation de Mozart. J'ai été totalement fascinée. C'était un choc. Mais je m'apercevais que j'avais beaucoup de travail encore devant moi ! Il fallait une grande stabilité de la main, un grand contrôle microscopique du mouvement des doigts et... c'était encore difficile pour moi à l'époque. Je me suis dit que je gardais ça en tête mais que je devais auparavant devenir une bien meilleure pianiste. Après mes années à Bruxelles, j'ai décidé de retourner à cet amour pour cet instrument.

On a beaucoup parlé dans les années 70 de l'authenticité avec le courant baroque des Gustav Leonhardt, Herreweghe, Van Immerseel... Quelle est votre définition de l'authenticité musicale ?

Je crois qu'elle doit rester en évolution. C'est pour ça que ça devient presque un paradoxe de parler d'authenticité si elle évolue ! Mais l'un dans l'autre, on est obligé de garder ce paradoxe, sinon on tombe dans le dogmatisme, qui n'est, en aucun cas, authentique. Dans le mot "authenticité", pour moi, il y a quelque chose de très spontané et de très naturel. Une sorte de ligne directe avec ce qu'on suppose être vrai. Ce n'est pas forcément non plus ce qui est écrit : ça peut être des traductions orales, mais c'est une position que l'on prend sur son travail. Comment on se présente et veut évoluer. Je pense qu'on est maintenant à une époque où l'authenticité, telle qu'elle a été définie dans les années 70, est en train d'évoluer. Toute chose qui se cristallise perd sa valeur.

Vous revisitez Ravel ici dans une série de quatre concerts qui aura lieu à Flagey. Où s'y place cette authenticité ?

La première chose qui m'a tentée, quand on lit sa biographie, et qu'on découvre toutes les photographies psychédéliques du personnage (c'était quelqu'un de très visuel aussi !), c'est que chez lui, il y avait un Erard ! C'est tout un univers sonore très différent de ce que j'avais eu l'habitude de jouer dans mes études. C'était le premier pas authentique, qui n'est peut-être que l'instrument, mais pour un pianiste, l'instrument compte au moins pour 50% de son expression !

Vous aviez rencontré Jos van Immerseel à 18 ans... Comment s'est profilée cette première rencontre, car vous le retrouvez, entre autres duos à ses côtés, pour Ravel  ?

Quand j'ai voulu revenir au pianoforte, je suis allée toquer à sa porte au Conservatoire de Paris. C'était juste le moment où il avait décidé d'arrêter là-bas ! J'étais donc un peu coincée... Mais il se rappelait très bien de moi dans ce cours qu'il avait donné cinq ou six ans plus tôt et il m'a laissé travailler sur sa collection. J'ai très vite appris à accorder. Ce qu'il a apprécié. Très vite, j'ai été demandée pour accorder tous ses enregistrements pour Sony Classical International. Ca a été un énorme apprentissage, merveilleux ! J'ai été tout de suite en contact avec des gens comme Anner Bylsma, Tafel Musik... Puis très vite, nous avons commencé, Jos van Immerseel et moi, à jouer en duo : nous partagions cette confiance sur le travail de fond, dès les années 96-97... Et cela a continué.

On connaît le goût de Jos Van Immerseel pour la collection d'instruments. Vous avez constitué la vôtre, avec déjà cinq instruments...

Oui... J'ai d'abord opté pour une sorte de panorama entre 1840 et 1920 sur un style : le style Erard. Il a été extrêmement joué et il était très robuste donc il a très bien traversé les âges. Son esthétique me correspond énormément ; c'est le son de la musique française. J'ai pensé qu'en ayant cinq instruments de la même maison, on arrive à mieux comprendre l'évolution de l'histoire et à aller plus profondément dans la connaissance de la facture instrumentale. Maintenant, pour vous avouer, je pense que je vais m'arrêter avec les Erard et commencer avec autre chose...

Soliste, chambriste et accompagnatrice, comment équilibrez-vous vos compétences ? Vos approches sont-elles différentes ?

Pour être honnête, je ne me suis pas encore beaucoup posé la question. Si on revient à une certaine authenticité, la place du pianiste est assez peu celle de l'accompagnateur. Au début du XIXe, dans ses sonates, combien de fois Beethoven a-t-il écrit une sonate pour pianoforte avec accompagnement de violon ? On sent que la musique a été conçue à un niveau égal. Même dans des partitions comme Le Voyage d'Hiver de Schubert,  il est très clair que le piano a un rôle clé dans ce qui va se passer dramatiquement. Je n'ai donc pas l'impression de devoir adopter une autre attitude. Par contre, il est sûr qu'il faut savoir prendre un peu de retrait quand on fait une combinaison avec des lieder. C'est différent d'un concerto avec orchestre. Profondément, la différence n'est pas tellement grande. C'est plutôt l'attitude humaine qui fait la différence.

Vous êtes également enseignante. Qu'est-ce qui vous y a conduite ?

Je pense qu'il y a une certaine logique dans la volonté de communiquer les choses qu'on a trouvées... Malgré tout, le métier de musicien peut devenir un peu égocentrique. Le fait de devoir se préoccuper d'autres gens plus jeunes et de pouvoir les aider dans leur développement, je crois que c'est nécessaire à un certain moment. Pour certains musiciens, il y a des passages. Il y a des moments où on ne le fait plus, d'autres où l'on recommence... On n'a pas toujours la même chose à donner...

Pour revenir à Ravel, connaissez-vous les différentes versions discographiques de ses concertos, comme celle de Samson François ou de Zimerman avec Boulez ?

Celle de Samson François, bien sûr. Je n'ai pas écouté celle de Zimerman. J'ai entendu d'autres versions pour lesquelles je n'étais pas extrêmement enthousiastes. Pour être honnête, je n'en ai écouté que quelques-unes, afin d'avoir une sorte de référence. Mais je n'avais pas envie de faire une étude analytique de tous les enregistrements qui existent. Quand on entreprend un travail comme celui que nous avons essayé de faire sur la partition, on se heurte vite à de petits énervements sur le tempo ici, l'accroche là-bas... Finalement, si j'écoutais cette œuvre sans la travailler, ça ne me dérangerait absolument pas, mais comme je la travaille ! (Rires) Il faut faire la part des choses, à un moment...

Le fait d'être française a-t-il une certaine importance dans votre travail sur Ravel ?

C'est un fait qu'on est élevé d'abord en France avec les compositeurs français et après... on va voir le reste ! Très tôt, j'ai essayé de me dégager de ce problème chauviniste, mais je dois avouer que d'un autre côté, ça donne un certain confort. Je reviens avec tellement de plaisir vers Ravel ou Poulenc ! Ce sont comme de vieux amis. Toute cette littérature à laquelle j'ai été sensibilisée très tôt fait que je me sens chez moi quand je lis des livres sur ce qui a pu se passer à Paris dans les années 1930. Mais c'est une affinité qui est en fait apprise, bien sûr.

Vous avez aussi travaillé pour Rosas d'Anne Teresa De Keersmaeker. Comment êtes-vous arrivée à ce projet Mozart ?

En fait, ça date de longtemps. Il y a 8 ans, c'était très difficile de trouver un pianofortiste qui se sente à l'aise dans la façon dont les choses étaient agencées sur scène. La personne qui avait fait la création n'avait pas trop envie de la refaire. Cette production est une sorte de gageure technique. On y prend assez peu de plaisir, en fait. Le pianiste qui joue le pianoforte est très loin derrière la scène parce qu'il a un rôle de présence scénique avec lumière qui est très fort, sur un costume d'homme. La distance avec l'orchestre est immense. On a travaillé avec amplification pour aider le jeu d'ensemble.

Quels sont vos projets après Ravel ?

J'ai rencontré une soprano qui m'a beaucoup plu : Olga Pasychnik. On va faire pour l'année Mozart un programme intime pour le Conzertgebouw à Bruges. Pour le reste, beaucoup de duos avec Jos Van Immerseel. Je pense rechercher du répertoire solo pour la saison d'après... Je dois aussi retravailler avec Wayn Traub. Ca va être une année un peu plus calme et ce n'est pas mal non plu. Ce sera un travail moins sur la scène et plus intérieur.

Parmi toutes vos activités, y a -t-il une place pour un rêve musical ? Comme rassembler des instruments ?

C'est un rêve mais pas un but : plus j'ai d'instruments à ma disposition, plus ma vie est inspirée et amusante et variée. Mais ce n'est pas un but en soi. Le rêve, c'est d'avoir des périodes où je me retrouve en moi-même... pour recréer le rêve ! Plutôt que de passer d'une chose à l'autre et tomber dans un système. Je ne veux surtout pas de système.

La musique, pourquoi ?

Parce qu'on ne peut pas autrement. C'est une communication, une richesse... Quand on la connaît un peu mieux, on s'aperçoit qu'on ne peut pas s'en passer.

(Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 7 octobre 2005)

Petit trajet biographique :

Patrick de SpiegelaereLa pianiste française Claire Chevallier (née en 1969), fait des études de piano aux conservatoires de Nancy, de Strasbourg (dans la classe d’Hélène Boschi) et de Paris (dans la classe de Bruno Rigutto), qu’elle combine à un baccalauréat de mathématiques et de physique. Elle poursuit ensuite ses études musicales au Conservatoire Royal de Bruxelles auprès de Jean-Claude Vanden Eynden et Guy Van Waas, où elle obtient un premier prix de piano et de musique de chambre. Lors de ses études, durant une classe de maître, elle est fascinée par le pianoforte. Elle commence alors à s’intéresser de près au contexte historique et à l’évolution de la facture du pianoforte, et étudie pendant plusieurs années de façon complètement autodidacte les caractéristiques spécifiques et les exigences d’entretien (accord, cordes, etc.) des instruments. Elle développe ainsi une connaissance approfondie des claviers historiques comme pianiste et spécialiste du pianoforte. Musicienne et chercheuse, elle commence à constituer sa propre collection d’instruments à clavier français historiques, collection qui comprend actuellement cinq instruments et couvre la période 1842-1920. En 1996, Claire Chevallier est invitée avec l’orchestre Anima Eterna par la célèbre compagnie de danse Rosas dans le cadre d’un projet musique et danse autour des airs de concerts de Mozart. Cette production fait le tour de toutes les grandes scènes européennes, notamment la Royal Festival Hall de Londres, La Monnaie à Bruxelles, et le Staatsschauspiel de Dresde. Elle se produit depuis comme soliste ou au sein de formations de musique de chambre en Europe et au Japon, notamment à la Cité de la Musique de Paris, pendant les Académies musicales de Saintes, au Concertgebouw d’Amsterdam, au Vredenburg d’Utrecht, à Brême, et Ueno College de Tokyo. En Belgique, on a pu l’entendre entre autres au BOZAR de Bruxelles et au Lunatheater, ou dans le cadre du Festival de Flandres, des Concerts de Musique Ancienne d’Anvers et du Festival de Bruges. Claire Chevallier est régulièrement invitée à donner des conférences sur l’histoire et de la technique du pianoforte, par exemple par les CNSM de Paris et de Lyon, la Cité de la Musique de Paris, et EPTA Belgique. Elle intervient également dans le cadre de la « Conférence sur le Patrimoine Culturel » du Ministère de la Culture de la Communauté Flamande. Depuis 2001, elle enseigne au Conservatoire Royal de Gand où elle donne à ses étudiants les connaissances spécifiques à l’accord des claviers historiques. Depuis 2004, elle enseigne le pianoforte au Conservatoire Royal de Bruxelles. Cette pianiste française qui a trouvé un nouveau chez soi à Anvers, possède la force de conviction des persévérants, la créativité d’une artiste professionnelle et le charme d’une vraie française lorsqu’elle parle de son travail comme pianiste, comme musicienne créatrice, et comme enseignante. Travailler, c’est quelque chose qu’elle fait volontiers et abondamment, comme le prouvent les nombreux projets auxquels elle participe ces dernières années et ceux qui remplissent actuellement son agenda.

 

Petit trajet discographique :

En 2003, avec Jan van Elsacker, ténor, elle enregistre en disque compact des lieder et des oeuvres pour pianoforte solo de Schumann dans le cadre d’une production de la radio belge Klara. La même année, paraît chez Zig-Zag Territoires un disque compact comprenant des oeuvres de Franck, Saint-Saëns, Poulenc, et Infante, interprétées par le duo Claire Chevallier - Jos van Immerseel sur deux pianos à queue originaux de la firme parisienne Erard. Cet enregistrement loué par la presse est couronné par un « Diapason d’ Or ». En 2003 également, Claire Chevallier élargit son horizon en participant à une production de théâtre musical : « Lust ». Il s’agit d’un arrangement de « La Ronde (Reigen) » d’Arthur Schnitzler par la compagnie de théâtre De Spiegel. Dans cette étonnante pièce, elle se produit comme pianiste dans des oeuvres pour piano seul de Poulenc mais aussi comme actrice dans un jeu assez osé. Cette expérience lui donne le goût de l’interdisciplinarité et durant la saison 2004-2005 elle collabore à d’autres projets de ce type : Dans « Jean-Baptiste », nouvelle production théâtrale de Wayn Traub (Toneelhuis, Anvers), elle tient un rôle de pianiste accordeur, et interprète dans ce cadre une pièce de sa plume composée pour son Erard de 1876 (Théâtre de la Ville, Paris, juin 2005 – mars 2006). Dans « Kreutzer sonate » de Josse de Pauw (Het Net, Bruges, et Festival de Flandres, Bruxelles), elle interprète la sonate de Beethoven pour violon et pianoforte « à Kreutzer » avec le violoniste Georges Alexander Van Dam. Claire Chevallier revient pourtant toujours au piano, sa terre d’encrage, et elle reste une pianiste de race. Le duo qu’elle forme avec Jos van Immerseel a ici toute son importance. En octobre dernier, ils jouent le concerto pour deux pianos de Poulenc au Concertgebouw d’Amsterdam. Début juillet, le duo enregistre les suites pour deux pianos de Rachmaninov pour Zig-Zag Territoires, programme qu’on pourra entendre la saison prochaine en concert. Durant l’année Mozart, elle se produira également plusieurs fois en concert (avec Olga Pasychnik) et travaillera de nouveau avec Wayn Traub et Rosas.

http://www.animaeterna.be/

http://www.zigzag-territoires.com/

http://www.klara.be/

http://www.flagey.be/  

 

Souvenons-nous :

Pièces à deux pianos. Camille Saint-Saëns (1835-1922) : Danse Macabre, op.40, Variations sur un thème de Beethoven, op.35 / César Franck (1822-1890) : Prélude, fugue et variation, op.18 / Manuel Infante (1883-1958) : Trois danses andalouses / Francis Poulenc (1899-1963) : Elégie en accords alternés, L'embarquement pour Cythère, Capriccio d'après Le Bal Masqué. Claire Chevallier & Jos Van Immerseel (sur 2 pianos historiques Erard 1897 et 1904), (Zig Zag Territoires ZZT 030903)

Les deux pianos Erard sur lesquels ont pu jouer les excellents musiciens Claire Chevallier et Jos Van Immerseel ressuscitent avec magie l'atmosphère musicale de la fin du XIXème siècle à Paris. La clarté du son, l'amplification du mouvement du pianiste, la grande liberté du mouvement des doigts exigent des interprètes une précision et une fermeté dont décide la pureté de leur toucher car Chevallier et Van Immerseel font claquer les notes avec une énergie scintillante, anticipant les réponses de leurs claviers en parfait accord, avec sentiment et humour. Leur duo parfait se savoure avec enthousiasme. Et l'on entend derrière les notes de la Danse Macabre de Saint-Saëns le poème d'Henri Cazalis : "Zig et zig et zig, la Mort en cadence, / Frappant une tombe avec son talon (...)" tandis que ses Variations sur un thème de Beethoven résonnent avec une parfaite maîtrise de la simplicité. L'interprétation émouvante de l'Op.18, extrait des 6 pièces pour orgue de Franck, ne fait pas mentir Liszt qui leur reconnaissait "une place aux côtés des chefs-d'oeuvre de Bach". La vitalité des Danses Andalouses de Manuel Infante organise la rencontre de Paris et des rythmes espagnols, flamenco, fierté, corrida ! Quant à la musique de Poulenc, était-elle, comme il la décrivait lui-même "de la délicieuse mauvaise musique" ? Claire Chevallier et Jos Van Immerseel célèbrent en tout cas sa fantaisie et son talent des plus ludiques. Les deux pianistes sont virtuoses avec légèreté et tendresse et captent sur cet album percutant un fragment d'âme de la musique française. Un vrai délice !

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 8 janvier 2004)

 

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