Fazil Say, pianiste

L'art du chant 

http://www.fazilsay.net/

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L'art du chant, un titre un peu bizarre pour évoquer un pianiste ? Fazil Say vous assurera du contraire, balayant toutes les gloses sur la virtuosité et la musicalité. Tout musicien, nous dira-t-il, doit écouter sa voix intérieure et faire chanter son instrument. Droit au but, sans bavardages inutiles, cet étonnant pianiste à la dextérité médusante, passionnément impliqué dans son interprétation et ses choix musicaux, nous livre son point de vue autant que quelques bribes de son itinéraire personnel.

Fazil Say sera au Palais des Beaux-Arts le 20 décembre 2004, à 20h00 ( programme : Fazil Say, Piano - Sertab Erener, Chant : Joseph Haydn, Klaviersonate Nr. 48, Hob. XVI:35 / Ferruccio Busoni, Chaconne (d'après J.S. Bach) / Igor Stravinsky, Le sacre du printemps (Originalfassung für Klavier zu 4 Händen, gespielt auf dem Bösendorfer-Computerflügel) / Fazil Say, Compositions ("Black Earth" etc.) / Say, Fazil & Erener, Sertab, Folksongs. Consulter : www.bozar.be) tandis que sort chez Naïve son album Mozart (notre page Nouveautés)

Fazil Say, quels sont liens entre vos différentes activités de compositeur, pianiste et accompagnateur ?

Comme la plupart des artistes classiques, ma principale activité est de jouer avec d'autres artistes classiques. Je joue beaucoup de concertos avec des orchestres symphoniques : Mozart, Beethoven, Tchaïkovski ou Strauss... Je participe à des festivals également.  J'ai joué en duo avec Maxim Vengerov  cette année pour une tournée mondiale ; l'année prochaine, je jouerai entre autres avec Akiko Suwanai, parce que Maxim prend une année sabbatique. Je joue également avec la clarinettiste Sabine Meyer... Tout cela représente bien 90% de mes activités. Le reste est consacré à la musique ethnique turque, en compagnie de musiciens populaires. J'aime beaucoup faire cela, ce qui me permet de toucher un autre public. J'ai aussi des projets jazz avec la célèbre artiste pop Sertab Erener qui est invitée, à la toute fin d'un récital, pour chanter une mélodie populaire et un morceau que j'ai composé et sur lequel je l'accompagnerai avec un piano orchestral. Ce n'est donc pas purement du crossover.

Quand avez-vous commencé à composer ?

Quand j'étais encore un enfant. Avant même de commencer le piano. J'avais 5 ans. C'était naturel.

Avez-vous enregistré le Brahms Project (intégrale des sonates pour violon & piano ) avec Vengerov ?

Pas encore.

Quand avez-vous commencé la musique ?

À 5 ans, à Ankara. Mon professeur était un étudiant de Cortot. J'ai appris avec lui l'improvisation, la composition et le jeu. Puis j'ai étudié 11 ans au Conservatoire d'Ankara, jusqu'à mes 17 ans. J'ai ensuite reçu une bourse pour continuer mon apprentissage en Allemagne à Düsseldorf pendant 4 ans ave Robert Levin. J'enseigne maintenant depuis 4 mois le piano à l'université d'Ankara.

Qu'est-ce qui vous attire dans l'enseignement ?

C'est difficile bien sûr de trouver du temps, surtout quand on est soliste. J'ai deux excellents assistants qui s'occupent merveilleusement bien de trois de mes étudiants, et j'y vais moi-même un ou deux jours par mois pour surveiller les progrès de mes élèves, leur donner un peu de mon énergie et tenter de leur transmettre ce que je connais de la musique. C'est long, bien sûr...

Quelles sont vos attentes ?

Je voudrais qu'ils deviennent des interprètes, des musiciens capables d'exprimer leur personnalité. J'aimerais les aider à trouver leur propre voix, avec humanité. C'est ce que je veux atteindre moi aussi.

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Quel est selon vous l'équilibre entre la virtuosité, la musicalité et l'intégrité ?

Aucune de ces trois notions n'existent selon moi. Il existe un texte, et nous devons trouver la voix qui s'y cache. C'est cette voix intérieure qui donne la musique. L'interprétation unique n'existe pas car chacun perçoit la sienne, selon sa personnalité. D'ailleurs, elle n'existe pas en réalité : ce n'est qu'un concept que l'on essaie d'attraper vainement. La virtuosité n'existe pas non plus : jouer vite n'est pas de la virtuosité, c'est une bonne façon de penser. Si vous n'utilisez pas votre cerveau pour penser mais seulement vos doigts, vous ne pouvez pas jouer. Au-delà de tous ces concepts vides, il est bien plus difficile pour le pianiste de chanter à travers son instrument. Chanter est un bien plus grand défi que jouer vite, le piano étant percussif.

Ces réflexions m'amènent à vos enregistrements : vous chantez littéralement quand vous jouez !

Oui, mais jouer c'est chanter à l'intérieur de soi, et si la voix s'échappe tout à coup, c'est juste une transformation. Près de 80 à 90 % des pianistes chantent !

Comment êtes-vous arrivés aux trois concertos de Mozart que vous venez d'enregistrer (voir notre page Nouveautés) ?

Je les joue depuis des années et je les possède bien : je sais ce que j'ai à dire avec eux ; je m'en suis fait mon propre concept, je les ai intériorisés pour les avoir joués avec de grands partenaires orchestraux. Bien sûr, c'est plus difficile en studio, car la liberté et la joie de jouer pour d'autres manquent. C'est pourquoi je préfère le direct, le concert live.

Dites-moi pourquoi vous avez écrit l'une des cadences de ces trois concertos. Est-ce venu spontanément ?

Oui, c'était il y a dix ans. Le Concerto 467 me parle très intimement et me touche beaucoup. Il est très proche de La Flûte enchantée ; certains effets sonores rappellent Papageno, la Reine de la Nuit, des éléments théâtraux que j'adore. Tout cela m'a inspiré pour composer une cadence dans le style de Mozart.

Avez-vous pensé à enregistrer d'autres concertos de Mozart ?

J'en joue trois autres et je pense les enregistrer également, mais pas dans l'immédiat. Je vais d'abord enregistrer les Sonates de Beethoven et de Haydn...

Qu'en est-il de Jean-Sébastien Bach ?

Peut-être aussi. Mais il n'est pas possible d'enregistrer beaucoup de disques. Un par an peut-être. C'est pourquoi il n'est pas facile de répondre à cette question...

Êtes-vous inspiré par des pianistes ou des musiciens que vous considérez comme des modèles ?

Oui, beaucoup ! Pour chaque compositeur, j'ai mes références. Pour Chopin et Debussy, j'adore Michelangeli et Samson François ; pour Bach, Glenn Gould ; Horowitz pour les Russes romantiques ou Mozart ; pour Beethoven, Kempff ; Kissin pour Prokofiev... Différentes personnes vous donnent des œuvres différentes idées, et vous transmettent leur vision.

Qu'en est-il de Clara Haskil dans Mozart, car vous-même n'en êtes pas si éloigné ?

Je ne la connais pas assez pour répondre à cette question. Je n'ai pas écouté d'elle les pièces que je joue moi-même. J'ai écouté d'autres concertos mais, ceux que je joue, je n'ai pas voulu les entendre. Je veux trouver ma propre expression sans être influencé.

Quels sont vos projets en tant que compositeur ?

J'ai écrit une nouvelle pièce pour piano et orchestre et une musique de ballet pour un projet arménien.

Pensez-vous poursuivre une sorte de mission en tant que musicien, pianiste et compositeur ?

Non, je crois que je suis là pour partager la musique, l'intensité d'une voix universelle. Je prends beaucoup du public, je lui rends beaucoup d'énergie. Ce n'est pas une mission. C'est mon travail !

La musique, pourquoi ?

Parce que je suis né pour ça.

(Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 13 décembre 2004)

Petit trajet biographique de Fazil Say

"Il n'est pas seulement un pianiste génial, il sera sans doute un des grands artistes du 21e siècle."
(Le Figaro, Paris)

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Né à Ankara (Turquie) en 1970, Fazil Say étudie le piano et la composition au conservatoire national. Une bourse lui permet à 17 ans de se perfectionner avec David Levine à l’Institut Robert Schumann à Düsseldorf pendant cinq ans et puis de 1992 à 1995 au Conservatoire de Berlin. Il remporte le premier prix de la Fondation Beracasa, ce qui lui donne l’occasion de donner son premier concert en France dans le cadre du Festival de Radio France Montpellier. Fazil Say joue régulièrement avec le New York Philharmonic, Israel Philharmonic, Baltimore Symphony, Philadelphia Orchestra, Concertgebouw Orchestra, St. Petersburg Philharmonic, BBC Philharmonic, l’Orchestre National de France et autres premiers orchestre mondiales. Il est invité au Lucerne Festival, Salzburg Festival, Lincoln Center Festival, Klavierfestival Ruhr, Rheingau-Musikfestival, Montpellier Festival, Verbier Festival, et Beethovenfest Bonn ainsi qu’au Tonhalle de Zurich, le Victoria Hall de Genève et le Suntory Hall de Tokyo, Carnegie Hall, et autres. Dans la saison 2003/04 Fazil Say a joué ses débuts au Harrod’s Piano Series London et au World Piano Series Tokyo. Ses partenaires dans la musique de chambre sont entre autres Yuri Bashmet, Shlomo Mintz et Akiko Suwanai. En 2004 il a fait une tournée mondiale avec Maxim Vengerov, en 2005/06 il va en tournée en Europe et Asie avec Akiko Suwanai. Sa passion pour le jazz et l’improvisation l’amène à la fondation d’un « World-Jazz » quatuor avec le virtuose de Ney turque, Kudsi Ergüner, avec lequel il donne des concerts en été 2000 à Paris, Montpellier et les festivals de Jazz à Montreux, Istanbul et Juan-les-Pins. En 2005 des autres concerts sont prévus, e.a. à Montreux. Au cadre d’une initiative privée, sponsorisée par Volkswagen et Audi, Fazil Say a voyagé dans douze villes en Anatolie, où il a travaillé avec des jeunes turques dont beaucoup ont entendu pour la première fois dans leur vie un concert avec de la musique classique. Des concerts Open-Air, comme au Amphithéâtre de Aspendos, attirent régulièrement jusqu’à 7000 spectateurs, son performance avec le discjockey turque-canadien Mercan Dede à Izmir ont attendés 14.000 jeunes. Fazil Say est à la fois pianiste et compositeur. Il écrit son œuvre Black Hymns à l’age de 16 ans. En 1991, il crée son concerto pour piano et violon avec l’Orchestre Symphonique de Berlin et en 1996 son deuxième concerto pour piano Silk Road est donné pour la première fois par le Metamorphosen Chamber Orchestra à Boston. Cette œuvre a été jouée dans la saison 2003/04 plus de 12 fois. Son oratorio Nazim, (avec des textes du fameux poète turque Nazim Hikmet) qui était une commande du Ministère de la Culture en Turquie est donné en 2001 à Ankara, en présence du Président d’État. La première représentation de son troisième concerto pour piano (une commande de Radio France) a eu lieu en janvier 2002 à Paris avec l’Orchestre National de Radio France sous la direction d’Eliahu Inbal avec un succès extraordinaire. En Juillet 2003 son Requiem pour Metin Altiok a eu la première représentation mondiale au Festival d’Istanbul devant 5000 spectateurs. Pour piano et orchestre il a composé des adaptions virtuoses comme Alla Turca de Mozart et Paganini Jazz. Il travail sur son 4ème concerto pour piano, commissionné par Zurich, et un ballet. Radio France lui a nommé « Artist en Résidence » en 2003. Le premier disque de Fazil Say avec des œuvres de Mozart apparaît en 1998. Il reçoit des critiques enthousiastes et se vend avec grand succès. En 1999, il devient artiste exclusif chez Teldec. Sa discographie comprend Rhapsody in Blue de Gershwin et I got Rhythm Variations avec le New York Philharmonic sous la direction de Kurt Masur, un récital de Bach ainsi qu’un arrangement à 4 mains du Sacre du printemps de Stravinsky, dans lequel il joue les deux parties. En plus de plusieurs prix internationaux, cet enregistrement reçoit en 2001 le Prix Classique Echo et le prix annuel de la Critique de disque allemande. Depuis, cette œuvre, qui est jouée sur un piano électronique de Bösendorfer, est acclamée internationalement. Un autre enregistrement comprend le concerto de Tchaïkovski avec l’Orchestre Philharmonique de St. Petersbourg sous la direction de Yuri Temirkanov ainsi que la Sonate en si mineur de Franz Liszt. Son dernier enregistrement dans le cadre d’un nouveau contrat avec la maison Naïve  est consacré à ses propres œuvres. Un nouveau CD va sortir en automne 2004. Il contient trois concertos de Mozart avec l’Orchestre de Chambre de Zurich sous la direction de Howard Griffiths.

Août 2004

Petit trajet  discographique :

Vous découvrirez l'entièreté de sa discographie sur cette page de son site personnel : http://www.fazilsay.net/disco.php

 

 

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