Frédéric de Roos

Savoir évoluer

Directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles

Professeur de flûte à bec

 

 

A l'occasion du 175ème anniversaire du Conservatoire de Bruxelles (http://www.conservatoire.be/actu.html), le directeur de la section francophone Frédéric de Roos expose sa vision des nécessités de l'enseignement dans le paysage musical belge. Il affronte lucidement les réalités de la Belgique linguistique qui divise jusqu'aux instances artistiques, mais plutôt que se plaindre ou se résigner, ce musicien, devenu directeur du Conservatoire par engagement musical, croit en l'action sur le terrain et contourne les dictats politiques en s'associant aux  artistes de son pays, qu'ils parlent français ou flamand ! Réaliste, il reste optimiste. Sans illusion, il s'implique pour que chaque artiste, dont il participe à la formation, ait conscience qu'il lui faut prendre en main son propre destin, avoir des idées dans un monde qui le freine, être actif, entreprenant, novateur contre tout confort et toute habitude. Avec simplicité et pragmatisme, Frédéric de Roos ouvre la porte sur le monde musical belge, à un vent frais et vif !

Frédéric de Roos, vous êtes le directeur du Conservatoire selon la nouvelle formule de renouvellement pluridisciplinaire de l'enseignement général (Il s'agit de l'ajout de 16 heures de cours généraux par semaine en plus de l'apprentissage d'un instrument : histoire comparée des arts, philosophie, psychologie, sociologie, droit, encyclopédie de la musique...). Quelle a été votre motivation en 2003 pour passer du statut de musicien flûtiste concertiste à celui, sans doute plus administratif, de directeur d'une institution ?

C'était à l'époque un défi passionnant, parce qu'on parlait de cette réforme du Conservatoire depuis 25 ans et tout d'un coup, vers 1995-96, on s'est rendu compte que contrairement à tout ce qu'on avait connu avant, des possibilités s'ouvraient enfin ! A titre personnel, je me suis dès lors investi dans cette construction. L'intérêt, c'était donc de mener cette réforme jusqu'au bout. Mais je ne laisse pas tomber mon activité de musicien, sinon ce serait impossible !

Le musicien aide-t-il en vous le directeur ?

Ça me paraît tout à fait indispensable, parce qu'il faut comprendre les artistes qui sont, qu'on le veuille ou non, des gens un peu à part, de par leur formation, leurs capacités, et leur remise en question permanente... Dès qu'ils posent un acte artistique, ils sont jugés comme si c'était le tout premier. L'artiste moyen n'est pas Monsieur Tout le monde. D'un autre côté, les étudiants aussi ont des spécificités ; il faut comprendre leurs besoins, pas seulement les entendre, mais les sentir aussi. C'est une des raisons pour lesquelles je continue à donner cours. Et parce que j'aime ça ! La transmission du savoir et du savoir-faire et l'un des métiers les plus beaux qui soient.

Dans le cadre des festivités du Conservatoire Royal de Bruxelles, est-il possible de résumer 175 ans d'histoire ?

Oui et non. Le résumé n'a pas de sens, si ce n'est qu'on peut constater que le Conservatoire a une véritable histoire qui débouche sur aujourd'hui. Et qui prépare demain. Dans le travail historique de cette commémoration, on a oublié, ou passé sous silence, une série d'événements, de personnes... délibérément ou non. Tant d'étudiants ont passé leur vie ici pour quelques années d'études !

Peut-on comparer le Conservatoire de Bruxelles à celui de Paris ? En 1832, lors de la création du Conservatoire de Bruxelles, on a parlé d'une copie conforme du modèle parisien...

Copie conforme d'un modèle traditionnel, oui et non ! Car à cette époque, ce modèle n'était pas encore traditionnel ! Le Conservatoire de Paris ne date que des premières années qui ont suivi la Révolution. C'était l'émergence d'une toute nouvelle transmission du savoir et des arts. Une école démocratique. C'était donc le seul modèle disponible. On l'a suivi, parce que dans tous les pays européens ou presque, existait le voisinage du grand frère français, avec tout le prestige que ça peut représenter. De plus, notre premier directeur était lui-même issu de ce Conservatoire de Paris ; il y avait enseigné. La transmission des savoirs est millénaire avant d'être séculaire : il s'agit toujours de maîtres et d'élèves. Tout ce qu'on peut inventer, c'est un cadre. Ce n'est que récemment que nous avons été obligés de partiellement remettre en question le modèle de base, même si tout commence toujours par une leçon en face à face. Cependant, les nécessités de savoir se sont enrichies, l'insertion des musiciens dans un tissu social est beaucoup plus complexe qu'avant. Nous avons dû nous y adapter. A l'heure actuelle, on ne peut pas dire que nous suivions un modèle, mais une évolution qui, elle aussi, est générale. Curieusement, la France a un petit peu de retard. Le CNSM de Paris est assez loin derrière nous dans la réalisation de cet objectif, même s'il reste très en avance quant au niveau des musiciens qu'il prépare.

De quel modèle parlez-vous ? Du pluridisciplinaire ?

Oui, on défend la conception selon laquelle la formation du musicien doit être plurielle, large et lui permettre de maîtriser non seulement son instrument, mais aussi son art dans tous les sens du terme : le comprendre, le conceptualiser, le transmettre. Cela implique beaucoup de capacités qui ne sont pas forcément présente dans l'acte technique musical toujours au coeur de la formation. Pour séduire un public et communiquer l'art musical, vous devez maîtriser un outil. Mais plus vous aurez de choses à dire et plus vous serez capable de vous adresser à un public changeant, plus l'acte de communication sera efficace.

N'y a t-il pas un risque à terme, néanmoins ? Le généralisme ne défavorise-t-il pas le travail de l'instrument ?

C'est la dialectique dans laquelle on s'inscrit en permanence et qui fait l'objet d'une tension, au sens scientifique du terme. On doit constater que nous sommes dans une évolution plus qu'européenne. L'entièreté des écoles dans le monde entier a évolué dans ce sens-là et depuis plus longtemps que nous. La musique sur les campus américains s'enseigne comme nous le faisons maintenant, et on ne peut pas dire que le résultat n'est pas intéressant. Il en va de même des pays asiatiques et du Nord de l'Europe. Et ça fonctionne ! Je continue donc à penser qu'on est dans le bon, mais il est évident que le coeur de la transmission, c'est le savoir de l'un à l'autre, et cela demande du temps. Je continue à enseigner et à jouer et je sais que si je ne travaille pas mon instrument une heure tous les jours (et pour le piano, ça passe à quatre ou cinq heures), je ne sais plus jouer ! Dans ce cas, je ne peux plus communiquer. Et je perds ma fonction, ma raison d'être en tant que musicien.

Vous avez participé à la création d'une classe dédiée à la flûte au Conservatoire en 1983 en tant que flûtiste ?

Oui, c'était au moment où nous prenions conscience au Conservatoire de la nécessité d'évoluer. On a créé à peu près simultanément des classes de jazz au Conservatoire de Liège, des classes d'accordéon à Mons et celle de flûte à bec à Bruxelles. C'était un instrument qui commençait à revenir sur la scène. La demande existait ; j'avais la chance de me produire sur différentes scènes, et nos décideurs ont voulu accorder de l'attention à la flûte à bec. Dès que l'on s'est lancé dans un domaine d'investigation artistique, quel qu'il soit, on a envie de l'exploiter complètement. Nous avons tout naturellement alors créé une section musique ancienne, avec des instruments d'ailleurs plus importants que la flûte à bec (en termes de présence dans le répertoire bien sûr) : le violon, le hautbois, la flûte traversière...  En revanche, nous n'avons pas voulu créer de section de musique contemporaine, car dans notre idée, elle doit être présente partout. Les étudiants de musique ancienne pratiquent le répertoire contemporain aussi, obligatoirement. Ça ne leur plaît pas toujours d'ailleurs, mais il faut les encourager à découvrir les modes d'expression contemporains également. Il n'est pas exclu que dans un avenir proche, on puisse répondre à d'autres attentes et ouvrir d'autres sections. C'est un de mes voeux les plus chers.

Ne pensez-vous pas que le courant des baroqueux soit aujourd'hui à bout de souffle, après la redécouverte très riche dont il a fait l'objet ? Peut-on y rattacher la musique ancienne ?

Parler de musique ancienne en soi, c'est absurde. Debussy est mort depuis un bon bout de temps... On a utilisé ici aussi ce terme très officiellement pendant longtemps. Disons "musique de la Renaissance, de l'époque baroque"... C'est quand même beaucoup plus clair. Qu'elle soit à bout de souffle, non, au contraire ! Elle a pleinement trouvé son souffle maintenant. Ce qui est probablement en voie d'essoufflement, c'est la recherche tous azimuts qui a présidé à cette flambée "baroqueuse" des années 70-80. Quel vilain terme, d'ailleurs ! On a énormément avancé sur les techniques de jeu. Les instrumentistes aujourd'hui jouent beaucoup mieux techniquement que nos grands anciens d'il y a 30 ou 40 ans. Le revers de la médaille, c'est que la recherche passionnante est remplacée par l'institutionnalisation. Regardez les conservatoires : nos étudiants n'ont plus beaucoup de recherches à faire et ils se contentent de recevoir ce qu'on leur donne ici. Ce qui est rentable sur le plan artistique, mais non stimulant sur celui de la recherche. Je ne crois pas pourtant qu'on risque d'avilir tel ou tel type de musique en pratiquant des interactions... On a assisté à l'émergence de deux voire trois générations de musiciens qui ont complètement intégré un langage. Les gens qui jouent la musique baroque la vivent. Ce qui demandera un jour ou l'autre à être secoué aussi... Mais on a des secoueurs dans le paysage musical !

Quelles sont les complémentarités entre le titre "Conservatoire de Musique" et les autres disciplines qui y sont dispensées, comme la déclamation, la diction et le théâtre ?

Je me permets d'ailleurs de vous reprendre ! Notre titre n'est plus "Conservatoire royal de Musique", nous l'avons changé. C'est "Conservatoire royal de Bruxelles" ! Et c'est évidemment un geste qui aurait dû être accompli depuis longtemps par rapport au domaine des Arts de la parole, enseignés ici depuis des dizaines d'années ! Nous essayons de mettre en œuvre de plus en plus la complémentarité. Les spectacles pluridisciplinaires restent un de nos objectifs. On y arrive petit à petit. Nous avons par exemple mis au point un festival, qui sera notre troisième édition cette année : "Courants d'air". Il est bien ancré sur le théâtre, la création théâtrale, dans laquelle on intègre toujours plus la musique. Nous mettons également en place des programmes musicaux qui intègrent des interventions des arts parlés. C'est une de nos lignes directrices.

Il est difficile de ne pas évoquer la scission linguistique du Conservatoire sur base de la communautarisation de l'enseignement en 1989. Nous sommes aujourd'hui de plain-pied dans une actualité qui met cette problématique une fois encore sur le devant de la scène politique. Qu'est-ce que la musique a pu gagner à cette scission ?

Rien ! On n'a absolument rien gagné ! On n'a fait que perdre.

Envisagez-vous une complémentarité avec la section néerlandophone ?

La réponse est plus complexe. Nous vivons harmonieusement ensemble, bien que pour éviter tout conflit de voisinage de part et d'autre, il faut veiller à bien tailler la haie... Nous collaborons dès que c'est possible. Cette année, nos étudiants de musique baroque collaboreront avec ceux du Conservatoire flamand. Nous ne sommes pas assez nombreux pour former un orchestre séparément... Au-delà de ça, nous sommes assez attachés à la vision d'une Belgique artistique, sans verser dans un couplet "Belgique unie pour toujours", ce qui serait du domaine politique. En tout cas, nous avons formé une Association des directeurs des conservatoires belges il y a trois ans, qui regroupe les huit établissements qui existent en Belgique ! Tous réseaux confondus et bien entendu au-delà de la frontière linguistique. Un des buts de notre association est de mettre en commun nos moyens, comme nos masterclasses. C'est en phase de développement mais c'est déjà un geste important. Nous avons également un projet d'orchestre commun assez ambitieux pour 2008.

Que penseriez-vous d'une synergie ?

Certainement. Comme je viens de la décrire. Mais il faut rester réaliste. La Belgique est ce qu'elle est. On a quand même plus de chance d'aller vers davantage d'autonomie des communautés que le contraire... Restons des partenaires privilégiés, pratiquons des échanges artistiques, ce qui est fondamental. Si des fusions sont à développer, c'est plus vraisemblablement du domaine de la Communauté française. Parce qu'avec quatre établissements d'enseignement supérieur de la musique et cinq pour le théâtre, il faudrait mener des réflexions de fond !

Lors du Concours musical Reine Elisabeth, on a tout un temps pu entendre dans le public : "Il n'y a pas de Belge en finale !" Ce qui n'a pas été le cas ces dernières années cependant... Quel est votre sentiment sur la place de la Belgique dans de tels concours ?

Vous m'ôtez les mots de la bouche. Il y en a des Belges ! Deux au concours de chant, dont un qui sortait du Conservatoire de Bruxelles et un au dernier concours de piano... Maintenant, il n'y a pas vraiment de mystère. La Belgique compte dix millions d'habitants... Nous concourons au niveau mondial à côté de la Russie et des États-Unis, de la Corée, du Japon, de la Chine maintenant... Si on prend des statistiques, ce qui n'est pas mon fort, néanmoins avoir un finaliste tous les 3, 4, 5 ou 6 ans est tout à fait normal. Maintenant, il est clair que certains pays ont investi beaucoup plus massivement et de façon beaucoup plus ciblée dans l'enseignement artistique. La Finlande a fait un choix très fort dans ce domaine, un investissement au moins dix à quinze fois supérieur au nôtre. Il n'y a pas de mystère non plus. On obtient les fruits selon la manière dont on taille l'arbre. Et comme chez nous, on a beaucoup taillé... il n'y a pas beaucoup de fruits ! Cela dit, le CMIREB a cette qualité qu'il attire régulièrement l'attention des autorités sur les produits, dans le bon sens du terme, de notre enseignement artistique. Cela nous permet sans doute de conserver la visibilité indispensable à ce qu'on ne nous laisse pas tomber. Ce n'est pas étranger au fait que nous ayons eu la possibilité d'avoir un enseignement avec des règles spécifiques que nous nous battons pour garder. Notre place, si encore une fois nous prenons des chiffres, est plus qu'honorable. Elle est même excellente. Mais cela implique que tout le monde continue à travailler pour que l'on puisse tenir ce rang-là.

Être directeur, n'est-ce pas frustrant pour un musicien ?

La charge administrative n'est pas du tout limitée à notre type d'enseignement. Le besoin de contrôle et de transparence augmente partout. Et... oui, une bonne partie de ce travail-là est modérément utile, mais néanmoins indispensable. Et c'est extrêmement frustrant : il ne faut pas le cacher, et il faut le savoir.

La flûte parvient-elle à compenser cette frustration ?

Ça dépend des moments... Je dois dire qu'en période d'examen d'admission et de fin d'année, les questions se posent de façon aiguë... Mais comme dans toute activité humaine, il faut garder l'objectif même s'il y a des difficultés. L'objectif final pour former les artistes est tellement fantastique que ça mérite de passer au-dessus de certains moments un peu plus difficiles.

A l'image de Bernard Foccroulle (ex-directeur du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles), pourriez-vous imaginer le jour où vous souhaiteriez redevenir un musicien à part entière ?

Sans aucun doute ! La loi nous a donné l'obligation de mandats à durée limitée, renouvelables. C'est très sage, car l'usure existe sans aucun doute. Lorsque l'on n'a, ce qui n'est pas encore mon cas je vous rassure, plus forcément la fraîcheur, l'envie, l'énergie, il est très important de pouvoir retourner à autre chose si on le désire. C'est une des grandes avancées des lois récentes au début des années 2000. Cela implique aussi que quiconque fait ce travail, le fait parce qu'il le veut bien et non parce qu'il y est obligé.

Reste-t-il une place pour l'artiste dans votre année académique ?

Heureusement, elle existe encore. Il faut profiter de tous les instants disponibles, mais je m'astreins avec plaisir à travailler tous les jours sauf en période impossible. J'ai l'occasion de jouer régulièrement. Nous jouerons à l'hôtel musical de Spa à la fin du mois et un peu partout en Belgique avec un autre ensemble. Ce sont des stimulants indispensables. Je ne pense pas qu'un musicien puisse se passer de se prouver à lui-même, avant de le prouver aux autres, qu'il est encore capable d'exercer son art, parce que ça a représenté tellement d'investissement personnel ! Ce n'est pas quelque chose qu'on lâche facilement.

Y a-t-il dans ces stimulants un ou plusieurs compositeurs qui vous marquent plus que d'autres ?

Comme d'autres, sans Bach je n'aurais probablement pas commencé la musique. C'est une évidence ! Sinon, c'est très large. J'ai réécouté par hasard et pendant une semaine complète de vacances les cinq concertos de Beethoven, presque cinq fois chacun ! Plus on écoute une œuvre, plus elle s'enrichit, plus ses perspectives s'affinent, se précisent... A titre personnel, je pratique davantage la musique du XVIIIème siècle ; elle me fait plus facilement vibrer...

Existe-t-il une belle expérience musicale ou une belle rencontre qui vous marque particulièrement ?

Oui et non, parce que... c'est une question impossible ! Chacun des concerts qui ont bien fonctionné ont été une rencontre extraordinaire avec des partenaires musicaux. Je fais de la musique avec des gens que j'apprécie, tant sur le plan humain que musical. J'ai sans doute beaucoup de collègues qui le disent aussi, et c'est pour moi tout à fait vrai car je n'ai pas l'obligation de jouer dans un ensemble ou un autre. J'ai la chance (qui est aussi un défi) de mener mon propre ensemble et mes propres choix. Et puis, oui, j'ai bénéficié de rencontres avec de grands pédagogues qui ont produit un déclic à un moment ou un autre... Mais tout ça fait partie d'un paysage riche et varié.

Quand on voit l'état de la grande salle du Conservatoire, on se demande toujours en quelle année on entamera des travaux de rénovation...

Il faut répéter ce qui a été dit cette année où nous avons mené une grande campagne de sensibilisation auprès du public et des pouvoirs publics... Je n'aime pas donner une image catastrophiste du Conservatoire parce que nous avons des locaux corrects, mais le bâtiment de la Régence est un problème complexe car trois institutions sont en jeu. Le contexte politique n'est pas favorable à une prise en main du fédéral... Les solutions sont coûteuses mais il faut faire des choix car c'est un des joyaux du patrimoine architectural bruxellois. C'est aussi une des meilleures salles de Bruxelles, mais qui n'est plus adaptée à la réalité d'aujourd'hui. Nous continuerons à nous battre pour que les choses changent, mais la vérité est qu'en ce moment, il n'y a pas grand chose qui bouge...

Quelle place voyez-vous pour le musicien aujourd'hui ?

C'est ce qui sous-tend toute notre réflexion autour de l'enseignement. Cette place, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est plus grande qu'avant. Il y a beaucoup plus de musique dans l'oreille de chacun. En revanche, la réflexion et les sentiments que peuvent provoquer cette musique... c'est une autre question. D'où l'objectif de qualité qui est le nôtre, à la fois dans la création et la recréation. Je reste très optimiste car tout le monde a un MP3 dans les oreilles, écoute la radio, est touché par la musique. Nous avons un magnifique réseau académique en Wallonie et en Flandres. Plus de 90 académies. Énormément de jeunes gens sont touchés par une pratique qui leur permet de sentir et de comprendre. Mais la pratique musicale a changé. Elle n'est plus claire ni univoque. Elle est diffuse. D'où la nécessité d'adapter l'enseignement et d'encourager les étudiants à devenir acteurs de leur destin et de la création artistique du pays. On ne peut plus simplement dire : "Je fais le Conservatoire, je serai dans un orchestre ensuite." Il faut comprendre les attentes du public, larges et diverses, et y répondre d'une manière ou d'une autre. C'est ce qui se produit pour l'instant. Un certain nombre d'étudiants, dans les domaines théâtral et musical, s'expriment et se sont exprimés à travers des genres qui ne sont pas spécifiquement ceux qu'ils ont acquis au Conservatoire. Nous cherchons à les aider à forger la culture et la vie musicales de demain.

 

Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 24 septembre 2007.

 

 

Petit trajet biographique

Né en 1958, Frédéric de Roos a étudié la flûte à bec chez Silva Devos à Bruxelles, puis chez Walter van Hauwe à Amsterdam.

Il a donné depuis des concerts en soliste, avec différents orchestres ou ensembles de chambre en Belgique, France, Hollande, Tchéquie, Portugal, Luxembourg, Finlande, Allemagne, Espagne, Pologne et au Japon, entre autres avec le Ricercar Consort,
le Nouveau Concert et la Pastorella, ainsi qu’avec l’orchestre de chambre de Wallonie, les Agrémens, l’ensemble Arte dei Suonatori ou le Concert des Nations de Jordi Savall.

Les radios et télévisions belges lui ont consacré de nombreux enregistrements. Sa discographie, une douzaine d’enregistrements publiés essentiellement chez Ricercar,
a recueilli les éloges de la presse internationale; il a consacré cinq CD à une intégrale de l'œuvre pour flûte à bec de G.P. Telemann, dont les trois derniers sont parus au printemps 97. L'intégrale des concertos pour flûte op. X de Vivaldi, parue en 99,
a obtenu le Diapason d’Or. Le suivant, dédié aux Concerti da Camera de Vivaldi, outre un Diapason d’or, a obtenu en 2002 le prix de la Fondation Giorgio Cini de Venise, attribué au meilleur enregistrement Vivaldi de l’année. Le CD consacré à la flûte anglaise, est remarqué par la presse (recommandé par Répertoire, recommandé par Classica, 5 Diapasons…) ; enfin, le dernier paru, qui rassemble des versions d’époque des sonates et concertos de Corelli, et paru en juillet 2004, a déjà obtenu un Diapason d’Or.

Diplômé en musicologie de l’Université de Bruxelles, Frédéric de Roos a rédigé plusieurs études et articles sur son instrument, dont un mémoire portant sur la littérature pour flûte à bec au XVIIIe siècle qui lui a permis de redécouvrir et d’éditer plusieurs œuvres oubliées depuis deux siècles. Il est également titulaire d’un diplôme d’études spécialisées en gestion d’établissement scolaire de l’ULB.

Parallèlement à ses activités de concertiste, il est professeur de flûte à bec au Conservatoire royal de Bruxelles, dont il est également le directeur depuis le 1er janvier 2003 ; il a donné de nombreuses conférences, séminaires et formations consacrées au langage musical baroque ; il donne régulièrement des stages et masterclasses en Belgique et à l’étranger.

Biographie extraite de http://www.conservatoire.be

 

Petit trajet discographique :

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Jacques Willemyns, clavecin

                                                                                                                 Pavane Records ADW 7055

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Jacques Willemyns, clavecin; Philippe Pierlot, basse de viole

                                                                                                                 Pavane Records ADW 7135

Frédéric de Roos, flûte à bec; Guy Penson, clavecin et orgue; Philippe Pierlot, basse de viole, Claude Wassmer, basson

                                                                                                                                    Ricercar 031007

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 045022

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Claude Maury, cor

                                                                                                                                    Ricercar 049027

                Henri Ledroit, haute-contre;  Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 037011

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Ricercar Consort (P. Beukels, M. Ponseele, F. Fernandez...)

                                                                                                                                    Ricercar 057039

                Greta De Reyghere, soprano; Max Van Egmond, basse, Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 061041

Frédéric de Roos, Patrick Denecker, flûtes à bec; Guy Penson, clavecin et orgue; Philippe Pierlot, basse de viole

                                                                                                                                    Ricercar 078060

                Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 079061

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 102110

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Ricercar Consort; La Pastorella

                                                                                                                                   Ricercar  205962

                Frédéric de Roos, flûte à bec; Ricercar Consort

                                                                                                                                    Ricercar 206482

                Jean Ferrard, orgue ;  Frédéric de Roos, flûte à bec

                                                                                                                                                 SIC 005

                Frédéric de Roos, flûte à bec; La Pastorella

                                                                                                                                    Ricercar 206392

                Frédéric de Roos, flûte à bec; La Pastorella

                                                                                                                                          Ricercar 215

                Frédéric de Roos, flûte à bec; La Pastorella

                                                                                                                                          Ricercar 220

                Frédéric de Roos, flûte à bec; La Pastorella

                                                                                                                                          Ricercar 231

Ainsi que la participation à de nombreux autres CD’s : Le Dictionnaire des instruments renaissance, le Dictionnaire des instruments baroques, l’intégrale des cantates de M. Weckmann, Cantates de Noël allemandes, etc.

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