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Gautier Capuçon ... spontanément
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Capuçon ? Vous avez dit "Capuçon" ? Aussitôt surgissent deux prénoms : Renaud et Gautier et la musique enflammée de leurs duos brahmsiens ! Renaud, l'aîné (il est de 1976), vous ne vous trompez pas, c'est bien lui le violoniste. Gautier est né en 1981 et il est violoncelliste. On le présente dans la presse comme un "phénomène" depuis qu'il a reçu le Prix du jeune musicien de l'année. Sensible et simple, il passe sous silence ces succès médiatiques et préfère explorer les ressources de son instrument avec la spontanéité de sa jeunesse.
Gautier Capuçon, aimez-vous Brahms ? Vous auriez interprété en concert plus ou moins 90 fois le double concerto de Brahms...
Je ne suis pas assez masochiste pour jouer 95 fois une œuvre que je n'aime pas ! Renaud et moi l'avons découvert par la musique de chambre, au Festival des Arcs en Savoie. J'ai été bercé dans mon enfance par ses trios que j'ai écoutés des centaines et des centaines de fois. C'est absolument sans prétention que je m'en sens proche : sa musique me touche et m'évoque beaucoup de choses.
Pourtant, nous sommes fort loin de l'esthétique française...
Oui, mais ce sont des stéréotypes ! J'ai entendu des Allemands jouer fort bien notre musique française ! Je n'ai pas la prétention de bien jouer Brahms... mais je crois qu'aujourd'hui, avec le mélange des cultures, on a la chance d'aller étudier à l'étranger si facilement... Renaud est allé à Berlin ; moi, après le Conservatoire de Paris, j'ai étudié à Vienne.
Dans le duo du Double Concerto avec votre frère, quelle est l'organisation des tempi ?
Dans les grandes lignes, nous ressentons en général les choses de la même façon : probablement de par notre enfance commune et notre éducation musicale. L'Orchestre des Jeunes Gustav Mahler, Claudio Abbado, Lucerne... nous avons vécu tout cela ensemble. Mais, même si notre vision générale est très semblable, nos personnalités sont très différentes. C'est ce qui nous enrichit quand nous jouons ensemble. Nous argumentons très rarement à propos d'un tempo... Les violoncellistes ont tendance à désirer des tempi un peu plus lents, mais c'est lié à la tessiture de l'instrument, à l'écriture et à la manière d'entrer dans la corde ou tout simplement de jouer. Une phrase au violon dans l'aigu sonnera de façon plus brillante ; l'émission du son est plus facile. Les notes sortent plus vite, les cordes sont plus petites. La même phrase au violoncelle dans une tessiture grave nécessite davantage d'efforts et de pression et, inévitablement, un peu plus de temps. Ce sont des rapports déjà liés à l'instrument, en fait.
Votre frère a déjà un peu touché à la direction...
Effectivement, il en caresse l'idée et s'y mettra probablement dans peu de temps...
Peut-on imaginer qu'il vous dirige ?
Pourquoi pas ? Si un jour il est bon chef ! Avec plaisir !
Et vous-même ?
Moi, non ! Je ne cache pas que l'expérience me tente, ne serait-ce que pour un quart d'heure et en répétition. Diriger deux lignes d'une symphonie de Bruckner... Cette sensation de façonner le son ! Sinon, je crois que c'est devenu un phénomène de mode. J'ai un don pour le violoncelle mais je ne pense pas en avoir un pour la direction d'orchestre. Ça ne s'improvise pas en trois leçons...
Qu'attendez-vous d'un chef pour qu'il soit bon ?
Un contact, un charisme, une osmose, un dialogue... Il y a une différence entre diriger des concertos de Mozart et de Haydn sans chef, c'est-à-dire leur donner un départ, travailler avec l'orchestre... et diriger une symphonie ! L'assimilation m'agace un peu. Pour ma part, je ne pense absolument pas à ça. J'ai envie d'aller aussi loin que je peux dans la découverte de mon instrument. Ne serait-ce que par rapport au répertoire et aux créations. Et je n'ai que 27 ans.
Vous avez eu un premier prix au violoncelle, mais également au piano. Quel est le déclic qui fait que le piano est resté en rade ?
Il n'est pas "resté en rade". J'adore le piano et j'aimerais avoir plus de temps pour lui. Mais il n'a jamais été question de choix pour moi. C'était évident. Ça a toujours été le violoncelle ! J'ai fait du piano pour mon plaisir et pour acquérir un niveau technique suffisant afin d'apprendre le jazz peu à peu... si j'en trouve le temps.
Beaucoup estiment que le violoncelle n'a pas un répertoire très diversifié.
C'est du pipeau ! Oui, c'est vrai, bien évidemment, nous avons un répertoire bien moins vaste que celui d'un pianiste pour lequel une vie ne suffit pas à en explorer l'entièreté. Mais tout de même, au violoncelle, il reste beaucoup d'œuvres géniales très peu jouées ! Sans même visiter l'inconnu. Par exemple, on joue toujours le Premier Concerto de Shostakovich. Or, le deuxième est sublimissime et on le joue très rarement. Prenons la Symphonie concertante de Prokofiev, qui est pourtant une des œuvres maîtresses du répertoire pour violoncelle et orchestre : elle est très peu inscrite dans les programmations. Même Elgar est trop peu joué...
Depuis combien de temps aviez-vous le projet de Brahms ?
Depuis qu'on l'a découvert ! On a la chance d'être assez libres, avec Virgin Classics, dans le choix de nos répertoires. Nous avons joué les Trios et les Quatuors...
En janvier, le prochain album sera dédié à Dvorak.
C'est un, sinon LE grand concerto pour violoncelle. C'est un de ceux que j'ai le plus joués. En 2005, c'était la première fois que je jouais avec Paavo Järvi. On respirait de la même façon... Nous ressentions comme une évidence. Nous avons fait l'enregistrement en mai dernier, mais après l'avoir décidé dès les concerts de 2005, spontanément.
Et le complément de programme ?
C'est moi qui ai souhaité faire le concerto de Herbert. C'était un violoncelliste contemporain de Dvorak. Il a écrit ce Concerto n°2 (on ne trouve pas le n°1) et l'a montré à Dvorak... On ne sait si Dvorak l'a entendu ou lu mais il a trouvé que cela sonnait génialement et a désiré lui aussi écrire pour violoncelle. Les concertos de Dvorak et de Herbert sont donc liés. Même si celui de Herbert n'est peut-être pas d'une grande créativité compositionnelle, c'est une pièce très virtuose et romantique, frôlant même parfois le style "musique de film" de l'époque. Je l'aime beaucoup et je l'ai beaucoup écouté, joué par Yo-yo Ma.
N'y a-t-il pas une grande concurrence discographique chez Dvorak avec son Concerto pour violoncelle ?
Il a été enregistré au moins deux fois par tous les plus grands ! Voire trois. Mais tout dépend dans quel but on fait un disque. Aujourd'hui on connaît les difficultés de l'industrie du disque et l'on a encore la chance de pouvoir en faire ! J'en suis heureux : c'est comme une photo. Demain, je le jouerai différemment. C'est donc un témoignage d'un certain passage de votre vie... Ensuite, il ne faut pas avoir peur de son ombre et l'enregistrer en pensant dramatiquement aux sublimes versions de référence. Bien sûr que certaines personnes compareront. Je ne dis pas que je m'en moque mais je ne le fais pas pour ça.
Quelles sont vos versions de référence chez Dvorak ?
Fournier, Slava, Yo-yo Ma... et j'en passe.
Elgar, avez-vous l'intention de vous y atteler ? Mais là, nous pensons à la version de Jacqueline Du Pré...
On ne peut pas comparer. Moi, je suis nostalgique de toute cette période que je n'ai pas connue et que j'aurais aimé connaître. J'aurais aimé avoir 20 ans ou 25 ans de plus pour avoir pu écouter Jacqueline Du Pré en live à un concert ! Que ne donnerais-je pour cela ! On ne peut pas comparer. Elle était unique ! Quand je vois la vidéo du Elgar, l'intensité de chaque note... c'est exceptionnel ! Ça restera un enregistrement de légende gravé dans ma mémoire. Mais, oui, je jouerai certainement Elgar, même s'il n'y a pas encore de plan prédéfini. Ça se fera naturellement un jour.
Quelle place tient la création contemporaine dans votre vie musicale ?
Elle est grande. Tant que la musique me touche. J'ai beaucoup joué le concerto d'Henri Dutilleux qui est toujours vivant. C'est pour moi l'une des plus belles œuvres du répertoire. Et je n'arrive pas à l'associer au répertoire contemporain... Quand on a la chance de pouvoir travailler avec un compositeur, on se rend compte que nos questionnements sur une œuvre sont parfois stupides. Quand je jouais certains passages devant Henri Dutilleux, il me disait : "Ce n'est pas forcément comme cela que je l'entendais, mais c'est tellement convaincant... Ne changez rien." Ceci dit, voir la naissance d'une œuvre, les premières esquisses, l'écriture, son surgissement, sa création, les doutes, les retours en arrière... c'est une aventure incroyable ! On a beaucoup de chance de pouvoir vivre tout le processus de création. Ensuite, même si l'envie est pour moi plus grande que le devoir, le devoir existe aussi pour le musicien de jouer la musique de son époque. De la faire découvrir.
Avez-vous des propositions ?
On a fait beaucoup de choses en duo, Renaud et moi. Nous avons créé une œuvre d'Éric Tanguy, de Karol Beffa... Thierry Escaich a écrit aussi par rapport à nos deux personnalités...
Nous n'avons pas parlé de Bach !
C'est vrai qu'on aurait dû commencer par là ! On dit toujours en riant, ou alors en ne riant pas du tout : "La Bible des violoncellistes !" Mais c'est absolument vrai : c'est l'essence du violoncelle. On joue certaines danses de ses suites depuis le plus jeune âge. C'est donc quelque chose que l'on connaît très bien mais qui reste mystique, intouchable, presque impénétrable. Toute une vie ne suffit pas à les mûrir ni à les apprivoiser. Son écriture est si simple et si complexe, si dense ! Son génie est d'une telle simplicité !
Dans notre monde chaotique, le musicien a-t-il vraiment une place et un rôle à jouer ?
Je pense, oui. La musique est d'abord pour moi une notion de partage. C'est ainsi que je la vis. On peut puiser dans la musique l'énergie, la force, l'espérance, la joie... On la reçoit de façon très différente, en pleurs ou en sourires. On reçoit aussi beaucoup sur scène du contact avec le public.
Avez-vous un rêve musical ?
Plein ! Mais ceux qui doivent arriver arriveront. Je suis quelqu'un d'assez confiant. J'aime la vie, tout simplement.
Des rencontres que vous aimeriez faire ?
Énormément. Mais si on dit ces choses-là, elles n'arrivent pas ! Et puis celles qui ne se feront jamais et qui l'auraient pu il y a 25 ans...
Si vous ne deviez emporter qu'une seule partition pour votre instrument ?
Bach. C'est l'essence.
Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 30 septembre 2008
Petit trajet biographique :
« Nouveau Talent de l’année » aux Victoires de la musique 2001, Gautier Capuçon, né en 1981 à Chambéry commence le violoncelle à 5 ans et le piano à 7 ans et obtient en 1995 un Premier Prix de violoncelle et l’année suivante, un premier prix de piano. En 1997, Conservatoire Supérieur de Paris (CNR), classe d’Annie Cochet-Zakine, Premier Prix de violoncelle. En 2000, Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMP), classe de Philippe Muller, Prix violoncelle et musique de chambre (mention Très Bien à l’unanimité). Ensuite, masterclasses à Vienne avec Heinrich Schiff.
En 1998, Gautier Capuçon reçoit le Premier Prix de l’Académie Internationale de Musique M. Ravel de Saint-Jean-de-Luz, en 1999 le 2° Prix au Concours International de violoncelle de Christchurch en Nouvelle-Zélande (concerto de Dvorak) et le Premier Grand Prix du Concours International André Navarra à Toulouse grâce auquel il obtient des concerts en Allemagne, Angleterre, Autriche et France.
Parallèlement, en 1997 et 1998, Gautier Capuçon parfait son expérience au sein de l’Orchestre des Jeunes de la Communauté Européenne avec Bernard Haitink, puis du Gustav Mahler Jugendorchester avec Kent Nagano, Daniele Gatti, Pierre Boulez, Seiji Ozawa et Claudio Abbado. Depuis il est soliste d’orchestres prestigieux : Orchestre de Paris et Christoph Eschenbach, Orchestre National de France et Tugan Sokhiev, Philharmonique de Radio France, Ensemble Orchestral de Paris, Orchestres de Bordeaux, Lille, Monte-Carlo, Strasbourg, Toulouse, Belgrade, Jérusalem et Liège, Orchestres de Chambre de Vienne et de Zurich, Munich Bayerische Rundfunk Orchester, Munich Philharmonic et Paavo Jarvi, le Gürzenich Orchester Köln, Frankfurt Radio et Hugh Wolff, NDR Hanovre, WDR Cologne et Semyon Bychkov, Gustav Mahler Jugendorchester, Deutsches Symphonie Orchester Berlin, Orchestre Tchaikovski de la Radio de Moscou et Vladimir Fedosseyev, Malmö Symphony et J. Lopez Cobos, Santa-Cecilia de Rome et Chamber Orchestra of Europe avec Myung-Whun Chung, Academy of St-Martin-in-the Fields, Scottish Chamber Orchestra, BBC Wales et BBC Scottish Orchestras, Houston Symphony, Detroit Symphony, Washington National Orchestra et Leonard Slatkin, Philadelphia Symphony et Charles Dutoit.
Il est invité par les Festivals de Chambéry, Côte Basque, Divonne, Menton, St-Denis, Strasbourg, La Roque d’Anthéron, Bergen, Jerusalem, London Mostly Mozart, Edimbourg, Berlin, Rheingau, Schwarzenberg, Lockenhaus, Brescia-Bergamo, Spoleto, Stresa, Canaries, San Sebastian, Tokyo, Davos, Gstaad, Verbier, Lucerne et le Festival Martha Argerich à Lugano.
Passionné de musique de chambre, il a pour partenaires son frère Renaud, Nicholas Angelich, Martha Argerich, Daniel Barenboïm, Yuri Bashmet, Frank Braley, Gérard Caussé, Sarah Chang, Myung Whun Chung, Michel Dalberto, Hélène Grimaud, Stephen Kovacevich, Katia et Marielle Labèque, Gabriela Montero, Viktoria Mullova, Paul Meyer, Mikhail Pletnev, Vadim Repin, Antoine Tamestit, Jean-Yves Thibaudet, Maxim Vengerov, Lilya Zilberstein, Nikolaj Znaider, le quatuor Ysaÿe.
En 2005, il participe à des hommages « Friedrich Gulda » avec Martha Argerich à :Buenos Aires, Bruxelles, Munich, La Roque d’Anthéron ,Tokyo. Janvier 2006 tournée aux USA en duo avec Renaud.
Discographie : Chez EMI, les Trios de Haydn et Mendelssohn avec Martha Argerich et Renaud Capuçon, le Trio n°2 de Chostakovitch avec Martha Argerich et Maxim Vengerov. Chez Virgin Classics, dont il est artiste exclusif : la musique de chambre de Ravel avec son frère Renaud et Frank Braley, des duos avec son frère, les concertos de Haydn avec le Mahler Chamber Orchestra et Daniel Harding (« Diapason d’Or » et « Choc » du Monde de la musique), la musique de chambre de Saint-Saëns, dont le Carnaval des Animaux, La Truite de Schubert les trios de Brahms avec Renaud Capuçon et Nicholas Angelich (Preis der Deutschen Schallplattenkritik – Diapason d’Or – Choc/Monde de la Musique), et les trios de Schubert avec Frank Braley et Renaud Capuçon, un récital avec la pianiste Gabriela Montero (Mendelssohn/Prokofiev/Rachmaninov).
A paraître :
en octobre 2008 : les Quatuors de Brahms avec son frère Renaud, Gérard Caussé et Nicholas Angelich.
en janvier 2009 : le concerto de Dvorak avec l’orchestre de la Radio de Francfort et Paavo Järvi.
Gautier Capuçon est lauréat de la Fondation d’entreprise Natexis Banques Populaires, d’une bourse Lavoisier du Ministère des Affaires Etrangères et du Borletti-Buitoni Trust. Il joue un Matteo Goffriler de 1701 et un violoncelle de Joseph Contreras de 1746 prêté par la BSI.
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