Hélène Grimaud

Expérimenter le réel

En concert au PBA de Bruxelles, les 13.12.2005 et 15.06.2006 (www.bozar.be)

Nouvel album chez DG / Nouveau livre chez Laffont

Lundi 21 novembre. Aéroport de Zaventem. Hélène Grimaud occupera toute la journée une chambre d'hôtel  pour répondre à la déferlante des journalistes. Certains tiquent, évoquant la surmédiatisation : "Comment peut-on être pianiste, écrire des livres, s'occuper des loups, assumer une image qu'envient les lectrices de magazines féminins et rester une vraie artiste ?" Quelles étranges questions se pose-t-on au XXIe siècle, oubliant des siècles d'histoire pour lesquels l'humanisme revendiquait la formation et l'épanouissement de la personne humaine, de la façon la plus complète possible et dans tous les domaines, culturels ou scientifiques... Hélène Grimaud, l'inassouvie, plonge dans la réalité qui l'entoure sans accepter de se décontenancer, surtout pas de se résigner. Sa farouche énergie, qu'elle alimente avec vigilance au feu des poètes, s'attise encore à celui des rencontres imprévues, avide de saisir leur intimité et d'y découvrir l'horizon. Novalis, ce poète allemand qu'elle cite souvent avec amour, pressentait les liens de la poésie et du nomadisme, l'une et l'autre étincelant au hasard des rencontres. Son roman inachevé, Henri d'Ofterdingen, ne contait-il pas un voyage initiatique vers les secrets de l'art poétique... et de l'existence ? Romantique, Hélène Grimaud l'est certainement ; la Nature la passionne, étrange, sauvage, irréductible à toute définition, qu'elle se manifeste chez les loups à l'état brut, qu'elle jaillisse dans la musique ou se traque dans l'écriture. Cette ardeur, tandis qu'elle innerve son style et invente son rythme, réenchante le monde. Que toute forme d'art soit un échange, une communication, n'est plus alors une idée abstraite, mais un risque fervent.

Hélène Grimaud, après Variations sauvages, roman des souvenirs et de leurs métamorphoses au présent, vous écrivez Leçons particulières.  Peut-on parler d'un conte initiatique ?

Ca, c'est au lecteur de le dire, pas à moi. C'est un voyage intérieur, métaphysique. Il a été initiatique pour moi, dans l'écriture. Maintenant, tout dépend de la façon dont il vit chez le lecteur, puisqu'il n'existe que par l'émotion qui est éventuellement générée à sa lecture.

D'où viennent les personnages qui l'habitent ? Ils sont parfois réels...

... ou totalement fictifs. Il y a de tout. Certains sont les synthèses de personnes que j'ai pu connaître, d'autres sont simplement différentes voix de la conscience : il y a l'avocat du diable, la voix d'ange, le guide... Tous ces éléments réunis, chacun en fait ce qu'il souhaite et l'entend selon son filtre.

Qu'est-ce qui vous a poussée à oser cette étape : d'une écriture quasi autobiographique, passer à celle du conte ?

Les Variations sauvages n'ont pas été conçues du tout comme une autobiographie. Mais n'ayant pas eu le contrôle de la façon dont ce livre était catégorisé, j'étais catastrophée de me rendre compte qu'il était très souvent rangé dans ce genre. A mon âge, écrire une autobiographie aurait d'ailleurs été ridicule ! C'était plus une créature hybride entre le traité et l'essai, et puisqu'il y avait une structure d'alternance de passages, les chapitres qui parlaient d'une certaine facette de mon évolution n'étaient là que comme contrepoint à des thèmes trop abstraits pour prendre leur essor s'ils étaient mentionnés seuls, sans accompagnement. C'était déjà en prévision d'autre chose en fait, d'un autre type d'écriture...

Dans Leçons particulières, le professeur parle "d'expérimenter" la musique plutôt que de "l'interpréter". En écrivant, peut-on dire que vous expérimentez le réel ?

Oui, c'est vrai... C'est une jolie façon de le percevoir. Ecrire, c'est un autre éclairage sur la réalité. Dans mon cas, cela m'a permis de faire le point. Ce dont j'avais besoin à cette période-là. Et de retrouver un sense of purpose : le sens de ce qui nous meut dans l'existence. Ce que dit le professeur, c'est qu'il faut vivre les choses pleinement et avec un certain sens de l'aventure, en gardant fraîcheur, spontanéité et cet état d'esprit, cet état d'âme, de cœur et d'ouverture par rapport à ce qui nous entoure. Sans perdre cette faculté d'émerveillement, dans l'optique où tout est toujours possible.

Vous parlez, dans Leçons particulières, de cet "intervalle" que vous habitez "entre les loups, la musique, l'écriture." (p. 159) Quelle y est la part de chacun ?

Ce ne sont pas des parts nécessairement égales et à la limite, essayer de les cerner n'a pas d'intérêt. Toutes ces activités font partie d'un tout, elles sont liées. Il y a beaucoup de flux et de reflux, de reflets, de renvois, d'inspirations... et leur part physique varie à chaque instant.

Et pourquoi l'écriture ?

Et pourquoi pas, finalement ? C'est plus la question. Si on regarde de nombreux musiciens, qu'ils soient compositeurs ou interprètes, c'est très souvent le cas. Il doit finalement y avoir quelque chose de logique. Si tant de musiciens ont été tentés par l'écriture, c'est que la musique, par nature, transcende la parole (et merci mon Dieu pour ça !) : on va à l'essentiel. Et en même temps, il y a toujours ce désir de rythmer verbalement les émotions qu'on a ressenties.

Avez-vous pensé à solliciter un compositeur qui mettrait en musique les poètes que vous aimez, comme Philippe Jaccottet (1), pour que vous puissiez en créer les pièces ?

Effectivement, c'est curieux que vous le mentionniez... J'y ai souvent pensé... A l'occasion de commandes à des compositeurs vivants, c'est une de mes idées. Evidemment, il faut que le compositeur soit ou français ou francophile pour comprendre le langage. Mais c'est absolument quelque chose qui m'intéresserait...

Avez-vous rencontré Philippe Jaccottet ?

Il m'a écrit à la suite de Variations sauvages, une très belle lettre que j'ai gardée. J'en étais absolument fière et touchée. Mais nous ne nous sommes pas rencontrés...

A la fin de Leçons particulières, il semble que vous arriviez à un certain apaisement, proche de la "sérénité ardente" dont vous parliez dans Variations sauvages. Peut-on parler d'une nouvelle étape dans votre vie ?

Je suis peut-être arrivée à un autre niveau de conscience... ce qui ne veut pas dire que le succès est présent chaque jour, parce que le chemin est difficile et l'on ne peut que s'efforcer de le réaliser à petits pas. Mais en avoir conscience est déjà un progrès ! Le reste... à voir et à suivre ! (Rire)

Parallèlement à votre livre, vous sortez Réflexions, votre nouvel album. S'agit-il d'une coïncidence signifiante ou d'un choix délibéré ?

Non, il s'agit davantage d'une coïncidence signifiante... Mais, en même temps, il y a un peu des deux : le disque est le dernier volet d'une trilogie qui s'était amorcée avec Credo, s'est poursuivie avec l'album Chopin/Rachmaninov... Le premier album, c'était la foi, le deuxième la mort, celui-ci c'est l'amour. Il y avait donc une courbe, un tracé... Et de même que les Variations sauvages étaient connectées à Credo, dans cet esprit universaliste d'essayer de retrouver le lien entre des choses qui a priori peuvent paraître déconnectées, les Leçons particulières parlent de transmission des valeurs et la valeur suprême étant l'amour, elles viennent rejoindre l'album Réflexions. Mais le processus a été suffisamment organique pour pencher plutôt vers la coïncidence signifiante...

 

Schumann n'est-il pas resté jusqu'à présent dans l'ombre de Brahms, dans votre parcours discographique ? Qu'est-ce qui aujourd'hui le fait apparaître davantage ?

Dans la vie publique, Schumann était peut-être pour moi dans l'ombre de Brahms... mais pas dans la vie privée ni dans mes affinités. Ici, il se trouve que c'est le géniteur de toute cette histoire : c'est par Robert que tout a eu lieu dans le cadre de cette histoire d'amour et de création entre Clara, Johannes et lui. Sa place est prépondérante, puisqu'il a été à l'origine de cette matière féconde. Si j'ai enregistré Schumann auparavant (sa première sonate, son concerto), je ne l'avais pas fait, c'est vrai, dans un éclairage thématique.

Peut-on parler à présent, dans vos choix d'enregistrement, de construction, de création organisée ? Comme la volonté d'une "oeuvre totale" ?

Elle serait totale de toute façon. C'est vrai que dans le cas de mes trois derniers albums, dès que j'en finissais un, je savais déjà ce qui allait suivre, sans en connaître les incarnations spécifiques. Mais la notion était déjà présente. Cela dit, ce n'est pas quelque chose que je compte faire de façon systématique. Ca n'aurait pas de raison d'être. Il faut que ce soit authentique, sinon ça ne veut rien dire. La trilogie s'achève avec Réflexions. Ce qui suivra sera... d'un autre ordre. On ne peut pas systématiser : c'est anti-créateur. Il faut aussi laisser les choses se développer de façon organique. Et puis, l'être humain étant l'animal rationnel par excellence, je peux vous justifier n'importe quoi n'importe comment. Mais... il faut que cela corresponde à du vécu, du senti, du vital. Autrement, mieux vaut s'abstenir.

Photo : Kasskara - DGVous définissez-vous comme romantique ?

Oui, s'il fallait choisir... Absolument ! Mais il faut encore savoir ce qu'on entend par romantique. Il y a tant de malentendus sur la question. Toutefois, si l'on parle de l'esprit romantique allemand du début du mouvement, particulièrement : oui, absolument ! Tout ce qui concerne l'universalisme progressif. (2)  Les concepts que cela comporte sont tout à fait pertinents et contemporains.

Comment voyez-vous la déclinaison du romantisme dans notre monde contemporain ?

Elle est possible par conscience. Il faut simplement que la conscience s'éveille à ce que le romantisme représente et à sa valeur rédemptrice aussi. Ainsi qu'à ses formes d'enrichissement, psychique, émotionnel et intellectuel. Il suffit de semer la graine, finalement...

Qu'avez-vous tiré de vos rencontres avec Truls Mork et Anne-Sofie von Otter sur Réflexions ?

Avec Truls Mork (voir notre entretien avec truls mork), c'était un réel partenariat dans la mesure où j'avais travaillé avec lui auparavant en concert, donc dans des conditions tout à fait "réelles", dirons-nous. Je n'aurais pas pu concevoir cet album sans collaboration : c'est une histoire d'amour, de partage et d'inspiration mutuelle. Ce n'est donc pas un concept que j'aurais pu illustrer avec des œuvres solos uniquement. En tout cas, ça n'aurait pas eu de sens pour moi. Cela ne pouvait donc se passer que dans la multiplicité des échanges et particulièrement... avec des gens du Nord. On a un chef finlandais, Esa-Pekka Salonen,  un violoncelliste norvégien et une chanteuse suédoise : des gens pour qui la nature et les grands espaces sont réalité. Or, pour moi, la musique de Brahms est une musique de grands espaces : de paysages géographiques et de l'âme. On sent cette notion de "vaste", intérieurement parlant, à travers la façon dont ces personnes font de la musique. Tout cela correspond bien aux couleurs musicales. En tout cas, c'était une grande joie : je n'avais jamais fait de musique de chambre en disque, j'en fais trop peu en concert déjà. C'était donc une très belle expérience, qui s'est vécue dans la joie. C'est extrêmement stimulant. On apprend beaucoup de soi, de la vie, du métier, sans cesse, en étant dans l'échange musical. C'était très porteur.

Etait-ce la première fois que vous travailliez avec Anne-Sofie von Otter ?

Oui, mais nous avons d'autres projets et cette expérience ne restera pas sans suite.

Aimeriez-vous travailler avec d'autres chanteurs ?

Il y en a d'autres avec lesquels je vais travailler : Thomas Quasthoff, Matthias Goerne, Christine Schäfer...

Photo : Kasskara - DGComment abordez-vous une partition, et quelles libertés vous accordez-vous face à elle, puisqu'il s'agit "d'expérimenter la musique"?

Pour moi, la question ne se pose pas en ces termes. La liberté, on la trouve en allant au-delà du format. Les clés vous sont livrées par l'œuvre elle-même, et la liberté, c'est dans ses paramètres, dans son cadre, que vous la trouvez. Car finalement, la liberté sans obstacle, c'est une illusion. La liberté, on ne l'atteint qu'en ayant dépassé quelque chose. C'est identique dans le travail musical : vous travaillez avec ce que la partition vous donne, en respectant ce qui y est écrit (ses indications, sa ponctuation...) et en vous posant des questions. Plus vous êtes fidèle au texte, plus vous arrivez à l'essence de l'œuvre et c'est tout d'un coup dans cette dimension-là que la liberté peut s'incarner.

Dans Leçons particulières (pp. 92-93), vous écrivez deux très belles pages sur le mystère des petites filles (3)... qui laissent entrevoir une ouverture au conte pour enfants. Est-ce dans vos projets ?

J'y ai songé, effectivement. Entre Variations sauvages et Leçons particulières, je m'étais dit que peut-être les Leçons particulières pouvaient attendre. Je savais que j'allais les faire... mais il n'y avait pas urgence. Et puis, j'ai retardé mais... peut-être bien que je vais m'y mettre !

Vous explorez les possibles de la musique et des mots. Qu'en est-il de l'image ?

Oui... J'ai songé à peindre... Mais il faut que ça ait un sens profond. Tant que la nécessité ne s'en fait pas ressentir, ça n'aura pas lieu.

Photo : Moon - DGPour votre album, Credo, vous avez travaillé avec la photographe de mode Sarah Moon, qui par ailleurs a illustré Le Petit Chaperon rouge de Perrault (Editions Grasset jeunesse, collection Monsieur Chat, réédition 2002, première parution 1983 - http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=2005). On connaît ses études sur le mystère féminin justement... Celui des petites filles et des femmes qui s'échappent. Qu'en est-il de cette rencontre ?(Voir http://www.horvatland.com/pages/entrevues/07-moon-fr_en.htm : entrevue Sarah Moon/Horvat)

Ce qui est fantastique, c'est qu'elle a refait la même photo pendant six heures. Et cela, je le dis comme un compliment. Ce que possèdent les artistes, c'est cette idée que ce qui a été dit ne l'a pas été suffisamment. C'est beau de voir quelqu'un qui a cette vision, qui sait ce qu'elle veut et qui passe son temps à essayer de l'incarner. Il y avait ce sentiment de quelque chose de très organique. Pour moi, qui n'aime pas me faire prendre en photo, c'était certainement une des sessions les moins pénibles qui soient. Et au résultat, il y a eu cette très jolie chose : c'était une évidence, seules quatre photos ont été choisies, et tout le monde était d'accord et savait pourquoi celles-là et aucune autre. Pour moi, c'est le signe d'une grande artiste.

NOTES de la rédaction : (1) Philippe Jaccottet est né en Suisse à Moudon en 1925. Il habite actuellement Grignan. Hélène Grimaud le cite p. 158 de Leçons particulières : " L'histoire du Paradis n'est peut-être pas une fable vaine : le regard, la parole avaient dû naître quand on avait cessé d'être tout entiers à l'intérieur du monde et accordés à lui comme semblent l'être les plantes et les pierres."

(2) On pensera ici à Schlegel (1768-1834) et surtout au poète Novalis (1772-1801), qu'Hélène Grimaud mentionne volontiers, et selon lequel "les contes et les poèmes prendront rang d'histoire universelle".

(3) "Les petites filles sont poreuses à l'au-delà, au dehors, au double, à l'ombre.  C'est devant elles que se dévoilent les lutins, la sainte Vierge, les fantômes et les fées. (...)" (Hélène Grimaud, Leçons particulières, éd. Robert Laffont, 2005, p. 92)

(Propos recueillis à Bruxelles par Isabelle Françaix, le 21 novembre 2005)

 

Petit trajet biographique :

Photo : Kasskara - DG

1978

Commence à jouer du piano; étudie avec Jacqueline Courtin au conservatoire de sa ville natale d’Aix-en-Provence.

1982

Pierre Barbizet, au conservatoire de Marseille, propose de la préparer aux examens d’entrée au Conservatoire de Paris, où elle est admise dès l’âge de douze ans. Elle commence à y travailler deux jours par semaine avec Jacques Rouvier. Le reste de la semaine, elle poursuit ses études avec Barbizet à Mar­seille. A Paris, elle travaille aussi la musique de chambre avec Geneviève Joy et le déchiffrage avec Christian Ivaldi.

1985

Remporte le premier prix de piano au Conservatoire. En juillet, aussitôt après le concours, elle enregistre la Sonate no 2 de Rachmaninov et l’intégrale des Etudes-Tableaux op. 33 (Grand Prix du disque 1986). A l’automne, elle pour­suit des études de troisième cycle, ouvertes uniquement à certains lauréats du premier prix, avec Rouvier au Conservatoire.

1986

Passe trois semaines à Moscou pour participer au Concours de piano Tchaï­kovski; à son retour, cet été-là, joue au Festival d’Aix-en-Provence.

1987

Leçons avec Leon Fleisher à Paris. Donne son premier récital à Paris; joue le Concerto en mi bémol de Liszt avec l’Orchestre de Paris, à l’invitation de Daniel Barenboim. Se produit au MIDEM de  Cannes et au festival de piano de La Roque d’Anthéron.

1988

Joue pour la première fois pour le pianiste Dmitri Bashkirov, qui exercera une forte influence sur son jeu. Apparaît au Festival de Lockenhaus à l’invitation de Gidon Kremer, avec qui elle joue – Kremer et Martha Argerich auront eux aussi une importante influence sur sa carrière.

1990

Débuts avec le Cleveland Orchestra, suivis d’apparitions avec le Los Angeles Philharmonic, le San Francisco Symphony, les Baltimore et Seattle Symphony Orchestras et bientôt avec d’autres grands  orchestres d’Amérique du Nord et d’Europe. S’établit aux Etats-Unis; donne son premier récital new-yorkais au Metropolitan Museum. En Europe, fait ses débuts avec le Philharmonique de Saint- Pétersbourg dirigé par Temirkanov, jouant le Concerto pour piano no 2 de Rachmaninov au Festival d’Aix-en-Provence.

1993

Tournée en Allemagne avec l’Orchestre symphonique de Göteborg sous la di­rection de Neeme Järvi. 

1994

Tournée en Allemagne avec Semyon Bychkov et l’Orchestre de Paris pour jouer le Concerto en sol de Ravel.

1995

Débuts avec le Philharmonique de Berlin sous la direction de Claudio Abbado dans le Concerto no 2 de Rachmaninov.  

1996

Grand succès pour sa tournée en Espagne avec Jeffrey Tate et l’English Chamber Orchestra. Joue avec Claudio Abbado et l’Orchestre des jeunes Gustav Mahler aux Festivals de Lucerne et de Pesaro.

1997

Joue et enregistre le Concerto pour piano no 1 de Brahms avec Kurt Sanderling et la Staatskapelle de Berlin («enregistrement classique de l’année» à Cannes en 1999). Débuts avec le New York Philharmonic en février, dans le Quatrième Concerto de Beethoven sous la direction de Kurt Masur. Poursuivant son autre vocation en dehors de la musique, Grimaud et le photographe J Henry Fair fondent à South Salem (Westchester County, NY) le Wolf Conservation Center, organisme privé, sans but lucratif, visant à promouvoir la sauvegarde de cette espèce menacée en éduquant le public, en offrant aux loups captifs un sanc­tuaire proche de leur habitat naturel et en soutenant la réintroduction des loups dans les régions appropriées désignées par le gouvernement fédéral.

2000

Débuts avec le Boston Symphony et le Philadelphia Orchestra. Tournée en république Tchèque; à l’automne, elle est la soliste (avec Martha Argerich) d’une tournée en Europe de Michael Tilson Thomas avec le San Francisco Symphony. Joue le Quatrième Concerto de Beethoven avec le Philharmonique de Berlin et David Zinman et donne un récital en solo à la Philharmonie de Berlin qui est filmé pour retransmission à la télévision.

2001/02

Fait ses débuts à Amsterdam avec l’Orchestre royal du Concertgebouw sous la direction de Riccardo Chailly, jouant le Concerto en sol de Ravel. Joue le Quatrième Concerto de Beethoven à Paris et aux Proms de Londres avec l’Or­chestre de Paris et Christoph Eschenbach (interprétation filmée et  ensuite diffusée internationalement).

2002/03

Hélène Grimaud signe un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon. Tournée de concerts avec la Philharmonie tchèque et Vladimir Ashkenazy en Europe et au Japon. Donne la création mondiale d’une nouvelle œuvre d’Arvo Pärt au Tate Modern de Londres et se joint à Christoph von Dohnányi et au Philharmonia au Royal Festival Hall de Londres, donnant une «interprétation à la fois fougueuse et poétique du Concerto pour piano de Schumann» (The Times). Apparitions aux Proms de Londres et au Festival d’Edimbourg.  

2003/04

Hélène Grimaud enregistre le Credo d’Arvo Pärt en présence du compositeur; le disque comporte également la Fantaisie sur un ostinato de Corigliano et la Fantaisie chorale et la Sonate La Tempête de Beethoven (sortie internationale: janvier 2004). Les grands moments de la saison comprennent une tournée en compagnie de l’Orchestre de chambre d’Europe et Jukka-Pekka Saraste, avec des con certs à Francfort, Cologne et Londres, au cours de laquelle elle joue le Troisième Concerto pour piano de Bartók. Récitals à Bruxelles, Lucerne et Lisbonne.

2004

L’année débute avec le Quatrième Concerto pour piano de Beethoven donné à San Francisco sous la direction de Vladimir Ashkenazy et une tournée aux Etats-Unis en compagnie de l’Orchestre national russe avec, au programme, le Troisième Concerto de Bartók. Grimaud donne le Concerto l’«Empereur» de Beethoven pour la première fois lors d’une tournée européenne avec Michael Gielen et l’Orchestre symphonique de la SWR. Parmi ses autres engagements cette année, elle joue le Con certo en ré mineur de Brahms à Stockholm avec l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise et Manfred Honeck, le Concerto en sol de Ravel au Japon avec Chung et le Philharmonique de Tokyo, outre des apparitions avec la Radio finlandaise, les Orchestres symphoniques de Londres, de la NHK, et le Philharmonique de Saint-Pétersbourg (à Carnegie Hall). Récitals à Vienne, Ludwigsburg, Amsterdam, et en duo avec Truls Mørk à Paris. Enregistre pour Deutsche Grammophon cette année les Deuxièmes Sonates de Chopin et de Rachmaninov, avec la Barcarolle et la Berceuse de Chopin, ainsi que le Troisième Concerto de Bartók avec Boulez et le LSO (à paraître en 2005).

2005

Engagements pour jouer avec le Los Angeles Philharmonic, le Detroit Sym­phony, le Seattle Symphony, le New York Philharmonic, le Philadelphia Orchestra, le Toronto Symphony, l’Orchestre symphonique de la Radio de Francfort, le Tonhalle de Zurich, l’Orchestre symphonique de Vienne, le Philharmonique de Munich, outre une importante tournée européenne avec l’Orchestre symphonique de la SWR et Sir Roger Norrington. Récitals à Atlanta, Londres (Festival Hall), Paris, Berlin (Philharmonie), Genève, Zurich, Munich, Madrid et tournée au Japon. Au printemps, elle prévoit d’enregis trer «The Schumann Project»:musique inspirée par Clara Schumann, avec le Con­certo pour piano de son mari Robert, des lieder de Clara elle-même, ainsi que de la musique de chambre de Brahms.

Source DG (Mise à jour 08/2005)

 

Préface d'Hélène Grimaud à propos de “Réflexions”

L’amour, dans un sens absolu, n’existe pas. C’est toujours un jeu entre un «toi» et un «moi», entre deux êtres que la passion révèle dans leur unicité. Aimer, dans ce sens précis, c’est pouvoir se déployer selon les lois de l’existence qui nous est la plus propre. De là vient que l’amour – ni le cri de la souffrance extrême, ni le pressentiment de la joie parfaite, mais une révélation qu’on dirait fiévreuse – est bien l’expérience spirituelle la plus puissante, la modalité de connaissance la plus profonde, le dégagement, dans l’expérience, d’une transparence de l’être qu’il s’agit de garder devant soi comme le bout du chemin, aussi labyrinthique et brisé d’orages soit-il. Aimer, dès lors, qu’est-ce sinon s’ouvrir à une plénitude que le désir contient et renouvelle avec le monde; et, à travers cette ouverture, permettre à l’infini rêvé de s’incarner dans le fini d’un être qu’on élit?

«Je veux que tu sois» – cette parole est celle de l’amour, telle que Robert Schumann, Clara Schumann et Johannes Brahms l’ont prononcé, dans leurs œuvres, chacun l’un pour l’autre. Robert voulait que son épouse fût elle-même musique, comme Clara voulut que Johannes fût musique lui aussi, et que ce dernier permit à ses deux amis d’être tels qu’ils nous demeurent à travers leurs notes, dans leur intensité – preuve d’une histoire d’amour qui aura été singulière, comme toutes les histoires qui veulent conquérir un absolu, et l’atteignent. À leur façon, ces musiciens, dont l’espace intérieur fut celui d’un risque vertigineux, nous font entendre que l’amour est un don infaillible, la liberté la plus intime de l’un vis-à-vis de l’autre. Une loi dont Rilke a livré le secret dans son Requiem " Car telle est la faute, s’il y a faute de quoi que ce soit : ne pas augmenter la liberté de l’aimé de toute la liberté qu’on trouve en soi... Nous n’avons, quand nous aimons, à nous tenir qu’à cela seul : nous laisser être l’un l’autre"

 

Petit trajet discographique :

Photo : Kasskara - DG

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