Hilary Hahn

Fougue, superbe et maîtrise

Propriété : DG

Hilary Hahn n'est pas de celles qui se laissent gouverner par leur âge : son parcours artistique se fie d'abord à son travail que magnifie son talent. Sa tête est bien faite, ses pensées claires et sa détermination rigoureuse. Qu'importe sa jeunesse, sinon qu'elle lui donne l'énergie et l'endurance nécessaires à ses élans ! La jeune violoniste américaine ne s'embarrasse pas d'atermoiements : il faut saisir les instants  cruciaux, être prête, volontaire et talentueuse. Ce qui lui réussit sans faille. Il suffit d'écouter son tout dernier album, chez DG, aux côtés de Natalie Zhu : Sonates pour violon et piano de Mozart. Qu'elle a d'ailleurs donné en concert à Bruxelles le 7 décembre 2005 au Palais des Beaux-Arts. (voir notre agenda des concerts)

Hilary Hahn, comment êtes-vous arrivée à Mozart ?

Propriété : DGMes enregistrements étaient planifiés au moins deux ans à l'avance, surtout pour Sony. C'était mon premier contrat et je voulais enregistrer ce qui les intéressait : les collaborations et les albums se sont enchaînés. Chez DG, ils ont compris que j'avais envie d'enregistrer avec un artiste de connivence et j'ai pu faire les sonates de Mozart avec Natalie Zhu. Je voulais concrétiser quelque chose avec elle et j'ai cherché le répertoire qui s'y prêtait. Nous avons toutes les deux pensé à Mozart !

Quand avez-vous commencé à apprendre les sonates de Mozart ?

Je ne sais plus quand, mais la première que j'ai travaillée, c'était avec Natalie. C'était la 13, en mi mineur. Nous avons choisi pour l'enregistrement les sonates que nous trouvions les plus représentatives.

Précisément, comment les avez-vous déterminées ?

Il y a plusieurs raisons. La première chose que je dois dire, c'est que nous n'avons pas voulu coïncider avec l'année Mozart. C'est juste tombé comme ça. Avant la sortie de l'enregistrement, cela a pris un an. Je vais terminer l'enregistrement d'un prochain album dans quelques semaines : Les Concertos 1 de Paganini et 8 de Spohr. Ce sera très différent. Mais nous ne voulions pas passer des années à enregistrer toutes les sonates de Mozart...

Cela veut-il dire que vous ne pensez pas à une intégrale ?Propriété DG

 

Je ne sais pas encore. Pourquoi pas ? On ne sait jamais qui on va rencontrer. La vie prend différents chemins. Une autre raison pour laquelle nous n'avons pas fait d'intégrale, c'est que nous voulions présenter un échantillon des sonates de Mozart à ceux qui les avaient déjà écoutées comme à ceux qui ne les connaissaient pas encore ; nous avions envie de pointer certaines de leurs particularités qui seraient peut-être plus perceptibles dans des morceaux choisis que dans une intégrale.

 

Que deviennent les concertos pour violon et orchestre de Mozart ?

Je n'ai pas de projet à leur sujet pour l'instant, mais je suis sûre que je les enregistrerai un jour. Il y a certains projets que je veux vraiment faire avec certaines personnes. Sinon, je vais vers ce qui me semble le plus intéressant à un moment donné. La prochaine chose que je vais faire me tient à cœur depuis longtemps : enregistrer le Concerto n°8 de Spohr. C'est comme pour Mozart : je ne voulais pas l'enregistrer trop tôt pour ne pas en abîmer la musique. Il en va de même avec Paganini : on veut le faire jouer à des jeunes parce que cela met en valeur leur virtuosité, or, je ne l'entends pas comme un virtuose, j'entends son expressivité dramatique, son lyrisme. Je tenais à être capable de préserver cet aspect chez Mozart comme chez Paganini. Spohr n'approuve pas non plus la façon dont on se représente habituellement le violon de Paganini, donc c'est une comparaison intéressante et contrastée avec ce qu'on croit habituellement.

Vous dites ne pas vouloir enregistrer Mozart ou Paganini trop tôt et... vous avez commencé avec Bach  !

(Rires) Oui ! On me l'a souvent dit ! "Comment peut-elle jouer Bach ! Elle n'a que 16 ou 17 ans ! Elle ne peut rien y comprendre ! Elle n'a aucune expérience de la vie..." Oui, peut-être ! Mais pourquoi enregistrer quelque chose que j'aurais moins joué ? Je n'étais pas capable de le faire, je n'étais pas assez âgée ? Ces réflexions n'avaient aucun sens pratique. Je jouais Bach plus que tout autre compositeur. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi l'enregistrer était toute une affaire ! Je ne comprends toujours pas. Moi, je voulais que les gens écoutent la musique, et pas moi nécessairement ! Puis j'ai remarqué que quelques années plus tard, quelques autres jeunes artistes enregistraient Bach aussi. La controverse s'est atténuée... C'est bien de constater que le public écoute la musique sans penser à ce qui lui est extérieur.

Ca a été le cas de Julia Fischer...

Je n'ai pas entendu son album. Je ne l'ai jamais entendue non plus, d'ailleurs ! C'est drôle : vous travaillez dans le même domaine, mais vous ne vous rencontrez pas car vous ne faites pas les mêmes concerts et n'êtes pas aux mêmes endroits. En fait, je l'ai rencontrée en personne, mais je n'ai jamais assisté à ses concerts.

Curieusement, vous avez commencé chez Sony avec les Sonates et Partitas de Bach et en changeant de label, vous revenez avec Bach !

Oui, en fait, c'est encore une coïncidence... qui fait sens ! En fait les concertos de Bach étaient prévus chez Sony, mais mon contrat arrivait à sa fin et nous étions d'accord pour reconnaître que nous partions dans des directions différentes. Ces concertos étaient prévus et toujours reportés car Sony avait d'autres projets en tête. Je crois qu'il y avait encore trois semaines de délai pour pouvoir dire aux musiciens si nous enregistrerions ou pas. Si nous ne trouvions pas de label, c'était fini. Sony me dit que j'intéressais DG et en quatre jours, le contrat était signé.

Quels sont vos intérêts premiers chez Bach ?

Sa musique se prête à toute circonstance et chacun peut y trouver ce dont il a besoin. Certaines personnes disent qu'elles n'aiment pas vraiment Bach mais il y en a davantage qui le préfèrent à tout autre compositeur. Je ne sais pas exactement pourquoi mais sa musique fait toujours sens à notre époque et éclaire le passé. Sans doute est-ce dû à sa complexité et sa paix en même temps, ses émotions d'une extrême richesse dans lesquelles chacun peut puiser à tout moment... Plus vous analysez sa musique, plus vous la jouez, plus vous vous sentez impliqué...

On vous présente comme un prodige du violon, capable de jouer Bach, Mozart, Brahms, Stravinsky et le répertoire contemporain... jusqu'à l'œuvre que vous a dédiée Edgar Meyer. Comment ce concerto est-il arrivé ?

J'avais déjà joué des oeuvres provenant de tous les univers du classique avant d'enregistrer mon album solo de Bach pour Sony. Meyer est arrivé juste après, tout comme Shostakovich. En fait, ça correspond à ce que Sony souhaitait à ce moment-là. Mais j'ai travaillé du répertoire contemporain avec le Curtis Institut ainsi qu'au Marlboro Music Festival. L'histoire du concerto de Meyer est d'abord celle d'une amitié, car nous sommes amis et la logique a donné ce concerto. Je voulais du nouveau répertoire mais n'avais pas encore eu la chance d'être impliquée depuis le début du processus de création du compositeur. Edgar Meyer m'a précisément permis de suivre ce cheminement très particulier dans la création d'un concerto que j'ai finalement eu la chance de créer et enregistrer. C'est une expérience d'apprentissage très enrichissante...

Vous étiez dirigée par Jeffrey Kahan et le Los Angeles Chamber Orchestra pour les concertos de Bach. Envisagez-vous, comme beaucoup de violonistes aujourd’hui, de diriger vous-même Bach ou Mozart ?

J'ai évité de la faire jusqu'à présent, même si j'ai tenté l'expérience une fois pour voir ce que cela pouvait m'apporter, lors d'un festival mais je n'ai pas été tellement emballée. Prendre en charge l'orchestre et organiser tout l'accompagnement, ce n'est pas que musical - car on oublie trop souvent le travail qui précède la prestation de l'orchestre et du soliste. Les répétitions, les mises en place, les raccords dans les différentes salles d'une tournée... Ce n'est pas que je souhaite avoir quelqu'un qui me prenne entièrement en charge lorsque je suis soliste mais je suis convaincue que nous pouvons travailler mieux ensemble lorsqu'il y a une structure bien établie et que chacun tient le rôle inhérent à l'oeuvre qu'il joue. De plus, je ne me sens pas très à l'aise si je dois endosser la responsabilité de toute la structure qui m'entoure, non seulement pour le concert mais aussi pour les répétitions. Je préfère combiner ce que je fais le mieux avec une équipe. J'ai peut-être une impression fausse de ce genre d'expérience, mais je ne suis tout simplement pas intéressée. Je crois que certains musiciens sont ennuyés et parfois troublés par la direction de certains des chefs qui les accompagnent, mais en ce qui me concerne, j'apprécie de les avoir à mes côtés car on ne sait jamais ce qui peut arriver sur scène... Jouer et diriger ne sont pas forcément incompatibles, mais actuellement je ne suis pas candidate pour ce type d'expérience même si certains collègues le font très bien.

Puisque nous parlons de collègues, avez-vous des modèles parmi les grands violonistes du passé ?

Kreisler, Heifetz, Milstein, Grumiaux et bien sûr des musiciens avec lesquels je suis personnellement connectée comme mon professeur Jascha Brodsky et forcément  ses professeurs à lui. J'adore l'aspect old style de ces grands violonistes, leur personnalité, leur intransigeance envers eux-mêmes et la manière dont ils menaient leur vie musicale. Non que je sois nostalgique d'une période qui ne m'appartient pas, mais il y a une certaine forme de panache que j'aime beaucoup. De plus les conditions du musicien à cette époque n'étaient pas des plus faciles. J'adore les rassemblements de musiciens comme cela peut être le cas lors de festivals, le brassage de musique, le croisement et le foisonnement d'idées ou d'opinions qui se produisent lors de rencontres fortuites...

(Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 20 septembre 2005)

Petit trajet biographique et discographique :

Hilary Hahn – Chronologie

Née à Lexington, en Virginie, aux Etats-Unis, Hilary Hahn part en 1983 pour Baltimore, où elle prend ses premiers cours de violon dans un programme local pour enfants. En 1985, elle commence cinq années d’études à Baltimore avec Klara Berkovitch, violoniste originaire d’Odessa qui avait enseigné à l’Ecole pour musiciens doués de Leningrad pendant vingt-cinq ans avant d’émigrer à Baltimore. En 1990, elle donne son premier vrai récital au Leakin Hall de Baltimore et entre au Curtis Institute of Music de Philadelphie pour étudier avec Jascha Brodsky, qui, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, est le dernier élève survivant d’Eugène Ysaÿe. Elle fait cette même année sa première apparition à la radio.

A côté de son travail en soliste, Hilary Hahn s’intéresse beaucoup à la musique de chambre; chaque été ou presque depuis 1992, elle se produit au Festival de musique de chambre de Skaneateles, à la fois en tant que chambriste et en tant que soliste avec l’orchestre du fes­tival. Dans d’autres projets, on l’entendra en soliste vedette dans la bande-son du film de 2004 de M. Night Shyamalan, The Village, et en artiste invitée sur la plage «To Russia My Homeland» de Worlds Apart, l’album de 2005 du groupe de rock alternatif d’Austin, … And You Will Know Us By the Trail of Dead.

Hilary Hahn joue sur un violon de Jean-Baptiste Vuillaume de 1864.

 

Hilary Hahn en quelques dates :

 

·         1991 En décembre, première prestation avec un grand orchestre, le Baltimore Symphony Orchestra

·         1992 Commence ses études au Curtis Institute (musique, enseignement général et langues étrangères)

·         1993 Débuts européens en Hongrie avec l’Orchestre du Festival de Budapest

·         1994 Débuts avec de grands orchestres américains, dont le Cleveland Orchestra, le New York Philharmonicet le Pittsburgh Symphony. Premiers concerts de musique de chambre en Europe au Festival de Sully-sur-Loire, avec sa future partenaire en récital, Natalie Zhu

·         1995 Passe le premier de quatre étés à étudier et interpréter la musique de chambre au Marlboro Music Festival aux Etats-Unis. Débuts symphoniques en Allemagne avec l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise

·         1996 Sortie de son premier enregistrement, avec les Sonates et Partitas pour violon seul de Bach. Débuts à Carnegie Hall. Joue dans les Six Concertos brandebourgeois de Bach avec la Chamber Music Society du Lincoln Center à New York. Termine sa licence au Curtis Institute

·         1998 Son enregistrement du Concerto pour violon de Beethoven et de la Sérénade de Bernstein avec le Baltimore Symphony sous la direction de David Zinman est nommé pour un Grammy Award et récompensé par un Diapason d’or et, quelques mois plus tard, un prix Echo Klassik

·         1999 Termine ses études au Curtis Institute of Music. Débuts avec le Philharmonique de Berlin, le Los Angeles Philharmonic et le San Francisco Symphony. Joue et enregistre le concerto pour violon qu’Edgar Meyer a écrit pour elle et lui a dédié 

·         2000 Son enregistrement de 1999 de concertos de Barber et de Meyer remporte le Deutscher Schallplattenpreis et le Cannes Classical Award. Joue pour la première fois en soliste à la «Last Night of the Proms» au Royal Albert Hall de Londres. Tournée au Japon avec le Philharmonique de Berlin

·         2002 Signe un contrat en exclusivité avec Deutsche Grammophon et fait son premier enregistrement à ce titre: quatre concertos de J. S. Bach avec le Los Angeles Chamber Orchestra dirigé par Jeffrey Kahane. Son enregistrement de concertos de Brahms et de Stravinsky avec l’Academy of St. Martin in the Fields remporte le Choc du Monde de la musique et, en 2003, un Grammy. Sortie d’un enregistrement d’œuvres de Mendelssohn et de Chostakovitch

·         2003 Son album de concertos de Bach, sorti à l’automne, est acclamé par la critique

 

·         2004 Sortie de son deuxième album chez Deutsche Grammophon, réunissant le Con­certo pour violon d’Elgar et The Lark Ascending de Vaughan Williams (enregistré à la fin de 2003), avec Sir Colin Davis à la tête du London Symphony Orchestra (Preis der Deutschen Schallplattenkritik 2004). En concert, elle se produit entre autres avec les Orchestres philharmoniques de New York, de Rotterdam et de Hong Kong et les Orchestres symphoniques de Cincinnati, de Toronto, de Bourne­mouth, de la NDR (Hambourg), de la WDR (Cologne) et de Nouvelle-Zélande. Importantes tournées de récitals aux Etats-Unis et en Europe avec la pianiste Natalie Zhu et enregistrement avec Zhu de Sonates pour violon de Mozart

·         2005 Tournées de récitals avec Natalie Zhu qui passe par Londres (Wigmore Hall), Paris, Hambourg, Munich, Genève, Lucerne, Vienne, Varsovie, Hanoi, Bangkok, Tokyo, Taipei, Shanghai; tournée euro-péenne avec l’Orchestra Sinfonica di Milano «Giuseppe Verdi» et concerts avec les Orchestres de chambre de Phila­delphie et de St. Paul, les Orchestres symphoniques de Göteborg, d’Atlanta, de Baltimore, du New Jersey, de la Radio suédoise, de Singapour, et de la NHK (Tokyo), ainsi que l’Orchestre philharmonique national de Russie et le Philhar­monique d’Osaka. Sortie en CD/SACD des Sonates pour violon de Mozart avec Natalie Zhu

·         2006 Les engagements déjà programmés comprennent des concerts avec le Los Angeles Philharmonic et les Orchestres symphoniques de Montréal, de la WDR (Cologne), et de la Radio de Francfort

 6/2006 (sources DG)

http://www.deutschegrammophon.com/

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