Jean-Frédéric Molard

violoniste de SOLEDAD

L'exubérance du partage

 

A l'occasion de la sortie de Passage, le dernier album du quintette Soledad, formation très atypique et difficilement étiquetable, nous avons rencontré leur violoniste, Jean-Frédéric Molard, porte-parole enthousiaste à la personnalité souriante et affirmée, qui se défie lui-même des carcans et s'épanouit dans la diversité et les contrastes musicaux. La qualité de Soledad est induite dans le talent et le caractère de ses protagonistes, tous excellents musiciens, virtuoses qui privilégient l'expression d'une sensibilité commune en l'enrichissant de leurs propres cheminements. Expressivité, bonheur de jouer, recherche, créativité, exultation des rencontres, l'on devine en chacun d'entre eux, à travers la sincérité de Jean-Frédéric Molard, le "musicien complet", curieux, insatiable.

 

Jean-Frédéric Molard, vous avez succédé à Nicolas Stevens dans l'ensemble Soledad (Manu Comté, Alexander Gurning, Philippe Cormann, Philippe de Schuyter et Jean-Frédéric Molard) . Quelles en furent les circonstances ?

C'était il y a trois ans. Nicolas Stevens avait reçu la proposition de partir un an avec Alain Bashung... Il a du faire un choix entre Soledad et sa carrière dans la variété. A ce moment-là, je connaissais bien Manu Comté, l'accordéoniste du groupe, pour avoir déjà joué avec lui au sein d'autres ensembles. Ils m'ont donc appelé à l'essai et je suis resté.

A l'époque où j'avais rencontré Nicolas Stevens (clic), nous avions essayé de définir un leadership au sein du groupe, et il était arrivé à la conclusion qu'il n'y avait pas un mais cinq leaders dans Soledad ! Est-ce votre perception à vous aussi, en tant que violoniste ?

Tout à fait. Et je l'ai perçu tout de suite, même si au départ j'avais quelques craintes, vu le niveau des autres protagonistes ! Je n'avais jamais connu cette expérience dans ce genre d'ensemble. Je me suis très vite aperçu que chacun laissait de la place à l'autre, et que, musicalement,  l'on s'entraînait  mutuellement. Chacun peut dire les choses qu'il a envie de dire. Personne ne "s'écrase".

Qu'est-ce qui vous intéressait dans cette formation, et dans cette fameuse étiquette "tango" qui l'accompagne ?

Les parties de violon de Piazzolla sont d'un grand lyrisme et d'une grande sensibilité, tout en laissant un peu la part à l'improvisation. La sensibilité commune que l'on peut trouver à cinq dans cette musique est extraordinaire : il se passe quelque chose sur scène entre nous à chaque fois. Et je l'avais ressenti avant même d'entrer dans le groupe. C'était très tentant de faire cette expérience !

Musicien classique, faut-il une spécificité pour entrer dans ce style de formation ?

Il suffit d'être musicien tout court, en fait ! Du moment qu'on a l'habitude d'être ouvert et d'écouter un peu tout style de musique, que l'on est soi-même sensible et qu'on arrive à adapter sa sensibilité... peu importe ! Il n'y a pas vraiment de manière de faire. C'est assez naturel.

Vous est-il possible d'avoir un parcours parallèle à Soledad ?

Tout à fait. Je suis membre de l'Orchestre de chambre de Wallonie. Je donne cours au Conservatoire Royal de Bruxelles. Je joue en sonate, en quatuor... Dans le but de découvrir tous styles musicaux, de parcourir à mon échelle, l'histoire de la musique à différentes périodes, dans différents ensembles... Pour développer au mieux ma personnalité, ma sensibilité...

Pour quels quatuors jouez-vous ?

Ca dépend ! J'en avais un il y a quelques mois, qui a arrêté. Je vais en remonter un avec un autre projet. C'est comme tout : ça varie. Les gens restent, s'en vont, bougent...

Y a-t-il un pianiste attitré pour les sonates ?

Oui, je joue avec Jean-Noël Remiche qui est accompagnateur, professeur en académie, et avec qui je me produis assez régulièrement. Nous venons de remporter un prix au Concours de musique de chambre de Rome. Avec un répertoire très varié de nouveau : la plus large palette possible, de Mozart à Webern, en passant par Prokofiev, Grieg, Brahms... Toutes les grandes sonates, et quelques préférences comme celle de Debussy qui, pour le moment est notre cheval de bataille.

Vous n'avez pas mentionné Jean-Sébastien Bach... Pourtant il a quasiment écrit une bible pour le violon.

Oui, pour le violon tout seul. Evidemment... Je l'apprécie énormément, et je le joue ! Mais pas en concert. Pour le moment, je ne veux pas de concert seul, même si ça me tenterait assez. Je laisse aux autres pour l'instant aussi les sonates pour violon et clavecin. Je ne suis pas encore dans cette verve musicale.

 

 

Comment êtes-vous arrivé au violon ?

De la plus simple façon : mon père est violoniste. J'ai été bercé par le violon tout petit ; ça m'a donné envie...

Pas de question à se poser ?

Je m'en suis posé comme tout le monde, évidemment, à un moment. Quand j'ai commencé à réfléchir moi-même, effectivement, j'ai connu une large période de doute. Mais j'ai toujours voulu être violoniste... même si je n'ai pas toujours voulu travailler pour y parvenir ! C'était donc un bon aboutissement.

 

 

N'y a-t-il pas pour Soledad, une certaine étiquette, celle du tango, qui colle au point d'être parfois une limite ?

Justement ! On est en train d'essayer de la briser, cette limite ! Ca nous colle à la peau effectivement, et l'on est souvent encore présenté comme groupe de tango nuevo. Alors, on ne veut pas casser cette image, puisque c'est aussi ce que le public attend quand il vient voir Soledad. On s'est fait connaître avec la musique de Piazzolla et on n'a pas envie de la renier ! Mais nous sommes des musiciens complets. Si on reste uniquement dans cette musique, on tournera un jour en rond. Piazzolla est un magnifique compositeur, mais comme pour tout compositeur quel qu'il soit, si on ne joue que lui, on tombe dans des redites. On essaie donc d'autres horizons. Notamment en ce moment Frédéric Devreese... Nous avons des projets sur Stravinsky. Des compositeurs modernes écrivent pour nous, comme Fabian Fiorini, Jean-Luc Fafchamp, Daniel Capelletti...

Quelle fut votre contribution de musicien et de violoniste au sein de Soledad dans le cheminement des œuvres que Frédéric Devreese vous a proposées pour l'album qui sort actuellement ?

Il est vrai que nous avons notre mot à dire, car les pièces sont des arrangements. La plupart de l'album concerne des œuvres symphoniques ou des concertos issus de ses musiques de film, de ses concertos, de sa musique de chambre... Il fait un premier arrangement et parfois, nous avons trois ou quatre partitions successives,  parce que lors du travail ou des premières exécutions publiques, on arrange certaines choses qui techniquement étaient infaisables. Frédéric Devreese nous apprécie beaucoup et nous place parfois à une valeur technique assez élevée (rires)... Il dit qu'il profite d'avoir un groupe comme Soledad pour pouvoir écrire ce dont il a envie. Mais il y a quand même des limites ! Et des choses qu'on a dû revoir techniquement (rires). Mais jamais musicalement, hormis de minuscules détails. Grosso modo, les partitions étaient quand même très écrites et abouties. Notre rôle, c'est de peaufiner, arrondir les angles... mais Frédéric Devreese est très ouvert.

Puisque les partitions sont très écrites, où est le rôle de l'improvisation ?

Uniquement dans l'interprétation. En ce qui concerne les notes, c'est quasi-impossible. C'est une musique très touffue. Le contrepoint est écrit, ce qui laisse très peu de place. Seul un improvisateur de génie comme Philip Catherine y parviendrait !

Justement, c'est un outsider dans votre dernier album, puisqu'il vient du jazz. Peut-on parler de transfert musical en évoquant ce trio Soledad-Philip Catherine-Frédéric Devreese ?

La musique de Frédéric Devreese est déjà influencée par le jazz. Ca allait un peu de soi d'avoir avec nous un instrumentiste comme Philip Catherine, qui d'ailleurs est devenu un ami. On peut parler aussi d'un duo Soledad-Philip Catherine réuni autour de Frédéric Devreese, ces deux derniers étant amis de longue date. Frédéric Devreese lui a autrefois écrit un concerto... D'abord, le point de rencontre, c'est donc le projet autour de Frédéric. Ensuite, l'alchimie s'est très vite faite. Philip Catherine est une sensibilité qui se rapproche de ce que nous jouons nous aussi habituellement. Il se crée un monde, et nous aussi.  Notre rencontre a été assez simple en fait. Hormis quelques petites difficultés dans le fait que nous n'avons rien à voir avec le jazz ni lui avec le classique... Mais nous nous sommes adaptés et même lâchés autour de ça. Le mélange s'est fait avec naturel. Je parlais tout à l'heure du désir d'être musicien complet et de s'intéresser un peu à tout ; je crois que c'est le cas de Philip Catherine. Il ne demande qu'à jouer avec d'autres et pour nous, c'est un honneur immense de jouer avec un personnage tel que lui.

 

Quelle a été la mise en place de cet album, pour le faire jouer sur base de partitions classiques ?

Nous avons d'abord dû réfléchir nous pour savoir quel espace nous pouvions octroyer à Philip Catherine au sein de ces œuvres très écrites. Dans Passage à cinq qui est devenu Passage à six, et qu'on joue depuis quelques années, on a transformé en boucles des enchaînements harmoniques sur lesquels il a pu improviser On a rallongé les fins des mouvements lents... Lui-même en écoutant a apporté sa touche, reprenant tel thème ou tel autre, doublant le violon à un moment... Dans le finale, nous avions trouvé moins d'espace pour lui et il a énormément apporté ! Sans problème, tout seul.

N'y a-t-il pas une certaine difficulté à obtenir Philip Catherine pour les concerts que vous allez donner ?

Elle est telle qu'on ne va le rencontrer pour le moment qu'à Flagey dans quinze jours, pour le concert de lancement ! Ensuite, aucune date n'est encore prévue avec lui, mais l'envie est grande ! Or, il est parti tout le temps. Mais on trouvera !

Une suite à cet album est-elle prévue ?

Pas dans l'immédiat. On va faire vivre celui-ci en concert relativement longtemps. On varie toujours notre programme en ce qui concerne le disque. On vient de sortir deux Piazzolla avec Frédéric Devreese. Le prochain sera probablement Stravinsky.

Pourrait-on parler d'un concerto à cinq dans la formule actuelle de cet album ?

Tout à fait. Toutes les parties sont très concertantes, très difficiles techniquement pour chacun. Plusieurs des membres du groupe ont dit que c'étaient les partitions les plus difficiles qu'on avait rencontrées. A enregistrer, c'est horrible, car c'est cinq prises de risque en même temps !

Sur combien de temps s'est passé l'enregistrement ?

Six jours, ce qui est un luxe. Finalement, on a pris notre temps. C'est un beau cadeau que cette co-production avec Flagey, qui nous a prêté le Studio 4 pendant six jours la première quinzaine d'août, de 6 heures du matin à l'heure qu'on voulait. Minuit en général.

Que signifie le titre de l'album, Passage ?

C'est une question compliquée ! Tout d'abord, il y a la référence à Passage à cinq. Et puis on a commencé à réfléchir à ce vers quoi on tendait maintenant : un passage vers d'autres univers. Et dans le disque, il y en a plusieurs, même si on reconnaît tout le long la patte de Frédéric Devreese. C'est tantôt violent, tantôt mélancolique. Il y a un passage entre les émotions... L'image nous plaisait bien.

Cela veut-il dire qu'il n'y a pas de frontière musicale ?

Exactement. Ou en tout cas, on essaie de les repousser le plus loin possible.

Plus personnellement, quel est le répertoire qui vous revient le plus souvent en tant que violoniste ?

Justement, avec toutes les formations différentes auxquelles je participe, je parcours un tel répertoire que je n'en ai pas vraiment de fétiche. Mon but étant de varier au maximum... Au sein des mêmes formations, comme à l'Orchestre de chambre de Wallonie, le répertoire est plus classique ; en sonate, j'éclate mon répertoire ; en quatuor, j'ai abordé pas mal d'époques, y compris des découvertes... Mais je n'ai pas de répertoire de prédilection, même si on m'a souvent posé la question ! Peut-être parce qu'on aime bien mettre des étiquettes et que, finalement, ne pas en mettre paraît bizarre. C'est d'ailleurs ce qu'on voudrait gommer un maximum avec Soledad. Nous sommes avant tout un groupe de musique de chambre atypique, mais... un groupe de musique de chambre ! Amené à pouvoir jouer tout ce qui est, a été ou va être écrit pour ces instruments-là.

En 2003, combien de temps vous voyiez-vous travailler avec Soledad ?

Quand je suis arrivé en 2003, c'était un groupe que j'appréciais depuis longtemps, et chaque fois que je les entendais, je me disais : "C'est le type d'ensemble dans lequel j'aimerais bien jouer !". J'avais d'ailleurs à l'époque invité Manu Comté dans mon quatuor pour faire un quintette de Piazzolla. Mais je n'avais aucune vue sur Soledad : ils étaient au grand complet avec Nicolas Stevens. Quand ils m'ont appelé, c'était vraiment super ! Ils m'ont présenté ça comme deux concerts à faire... Mais Manu Comté m'a dit tout de suite : "Si ça se passe bien, pense à l'avenir, on aimerait bien continuer avec toi. Vois si c'est faisable avec tes activités." De toute façon, pour moi, c'était réglé : je m'arrangeais de l'autre côté pour pouvoir intégrer ce groupe. J'ai beaucoup travaillé, préparé, écouté pour que ça se passe bien dès le début.  Je voulais m'en inspirer le plus possible pour très vite amener ma personnalité au groupe.

Un compositeur vous tenterait-il personnellement, en tant que violoniste, pour Soledad ?

C'est une très bonne question... J'avoue ne pas y avoir réfléchir pour le moment...

On pourrait penser pour la Belgique à Jean-Paul Dessy, Benoît Mernier...

La personnalité de Jean-Luc Fafchamps m'intéresse. J'ai déjà eu l'occasion au sein de l'Orchestre de chambre de Wallonie d'aborder sa musique. Je dois avouer qu'un compositeur comme Jean-Paul Dessy ne me tente pas du tout, mais c'est une question de personnalité... C'est vrai qu'on aimerait bien une pièce originale de quelqu'un comme Alberto Iglesias qui a composé les musiques de film d'Almodovar, surtout ses morceaux au bandonéon... Il essaie lui aussi de sortir tout doucement de l'étiquette Almodovar. Il en a parlé avec Frédéric Devreese...

Dans votre groupe, n'y en a-t-il pas un qui voudrait se lancer dans la composition d'une pièce pour cinq ?

Si... tous ! C'est un pas qu'on n'arrive pas tout à fait à franchir. C'est le petit blocage qu'on aimerait bien faire sauter... On a tous, dans notre coin, écrit soit une musique de scène pour le théâtre, soit un peu de chanson française... Je crois que tout musicien s'est un jour amusé avec un clavier et une feuille de papier... On a plusieurs idées, mais tout vient à point. On a beaucoup  de projets de disques différents, des répertoires multiples à aborder... Malheureusement, ce n'est pas notre activité unique. Si on se voyait tous les jours au même titre qu'un orchestre et qu'on n'ait pas à se soucier d'autre chose, ça serait déjà arrivé depuis un petit moment. Comme l'écriture serait liée aussi à une part d'improvisation, il faudrait qu'on se voie tout le temps pour y arriver. Mais on finira par se lancer, car on en parle en ce moment assez régulièrement, chaque fois qu'on fait le tour du répertoire qu'on va vouloir aborder... "Et puis... une pièce de nous aussi ?" Il y aura la surprise un jour, dans les concerts qui vont venir, de dire : "Voilà, la pièce que vous venez d'entendre est de notre propre composition." Le plus dur sera d'oser s'y mettre. De ne pas avoir l'impression de copier un autre, ce qui est un peu la hantise de l'écriture... Faire du déjà-entendu...

La musique, pour vous qui êtes polyvalent, pourquoi ?

D'abord pour soi. C'est un moyen de sortir la sensibilité et les émotions... sinon j'exploserais. Et puis, pour que les gens qui n'ont pas la chance de monter sur une scène pour sortir ces émotions, puissent les sentir dans la salle. Pour cette évacuation de sentiments... Et ça permet aussi de rencontrer les gens dans les salles. Je ne suis pas un grand adepte de l'enregistrement en studio. Je me suis bien amusé j'ai beaucoup aimé, mais le concert, la musique, c'est la salle, le public et la tentative de créer une magie. Parfois elle est bien là, parfois moins... et ce sont des moments que la plupart des gens ne connaîtront jamais. C'est un peu privilégié, ce qui se passe sur une scène. C'est une façon d'apporter sa contribution au bonheur, finalement.

Vous semblez apprécier beaucoup le contact musical... Qu'en est-il de l'enseignement ?

Au départ, je n'avais pas vraiment de motivation précise. C'était un concours de circonstances... J'avais été demandé pour être assistant au Conservatoire afin de préparer les étudiants au métier de musicien d'orchestre. Je ne suis pas professeur de violon, mais un "professeur de lecture". J'apprends aux étudiants à se débrouiller le plus vite possible avec une partition, quelle qu'elle soit. Je me suis pris au jeu et j'ai trouvé plein de comparaisons avec ma vie d'instrumentiste sur scène pour essayer d'y amener les étudiants. Etre à l'aise avec une partition sur une scène, pour qu'il n'y ait plus d'obstacles et être le plus libre possible dans l'interprétation de la musique.

Quel est votre premier conseil ?

Travailler (rires) ! Non... c'est un peu facile comme réponse ! Souvent j'ai affaire à des étudiants qui n'osent pas. "La musique, pourquoi ?" par exemple, posez-leur la question et vous risquez un silence de trois heures. Ils ne savent pas. Les mots "émotion" et "sentiment" sont apparemment assez tabous... Je ne sais pas pourquoi, mais je le ressens. Or, c'est suffisamment difficile techniquement, donc s'ils ne font rien passer dans leur interprétation, ils seront bloqués. Souvent, je commence par là... Quand un étudiant me dit : "Je n'arrive pas à faire quelque chose." , je l'incite à parler. Ca décoince une bonne partie du problème. Et ça permet de travailler. Chez beaucoup, il y a une retenue... Or regardez les grand sur scène : peu font de la retenue leur cheval de bataille ! Vouloir donner aux autres et se lancer, ça libère beaucoup de choses. Ca détend, ce qui est essentiel pour le violon. Régler les problèmes techniques par l'expression des sentiments, par la musicalité finalement, c'est 75 % du travail. Les gros 25% qui restent, la technique pure, c'est moins mon rôle au Conservatoire.

Qui sont donc les grands pour vous ?

christian ferrasLà, j'ai quelques prédilections ! Principalement, ceux qui "débordent" d'expressivité. Ceux d'hier, ce sont Christian Ferras, que je place au-dessus de tout, en rapport à ma sensibilité évidemment. Bien sûr Oistrakh et ses pairs... Actuellement, je trouve qu'il est plus difficile de trouver des gens à forte personnalité. Beaucoup de sons se ressemblent. On a l'impression qu'on prend moins de risques qu'avant. Tout doit être plus léché. C'est l'enregistrement qui a apporté ça. Mais alors... des expansifs comme Repin ! Des gens comme lui, avec lesquels on ne sait pas trop à quoi s'attendre avant leur entrée en scène. Des gens qui donnent !

La Belgique est très fière de fêter le vingtième anniversaire de la mort de Grumiaux cette année...

Honte à moi ! Je ne l'ai pas cité ! Mais il évoque pour moi l'intelligence musicale.

Il n'est pas expansif pour autant ?

Non. Un peu plus retenu. C'est pour ça qu'effectivement je ne l'ai pas mis en avant. Il est plus "intellectuel". Sa sensibilité est intelligente, il est moins instinctif. Mais sa sonorité était phénoménale.

Dans votre cursus, il n'y a pas de trace de concours... A quoi est-ce dû ?

Pour faire des concours, il ne faut faire que ça. Ce n'est pas dans ma nature. Il faut être très solitaire aussi. Très égoïste et très solitaire. Je ne pense pas être dans ce carcan-là. J'ai essayé comme tout le monde.  Comme but de travail, j'en ai fait certains avec résultat, d'autres avec moins de succès... De plus, je ne pense pas que c'est dans les concours qu'on trouve les plus grands talents. Il faut y jouer d'une certaine manière. Ceux qui jouent aujourd'hui en soliste, pour la plupart, n'en ont pas fait tant que ça. Un peut-être, qui a bien fonctionné et leur a permis d'être repéré en concert... Je suis davantage attiré par le concours de musique de chambre. Là, j'en fais un peu, parce que je me sens plus à l'aise dans ce milieu ; on y cherche moins la performance technique. On parle plus de performance musicale et c'est tellement subjectif qu'on ne peut pas plaire à tout le monde ! Si on ne passe pas, ce n'est pas forcément parce qu'on n'a pas bien joué. Un caprice de Paganini doit être nickel du début à a fin pour passer un tour dans un concours. Que ce soit musical ou pas. Moi, je préfère le concept de la musique de chambre, où l'on parle essentiellement de musique et d'interprétation.

Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 6 novembre 2006.

 

Petit trajet biographique :

Jean-Frédéric Molard, violoniste

Né en 1975, Jean-Frédéric Molard a commencé le violon sous la direction de son père au Conservatoire de Tours puis de 1990 à 1994 au Conservatoire Supérieur de Paris (C.N.R.). En 1994, il entre au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles dans la classe de Endre Kleve. Il y obtient dès la première année son premier prix de violon et l’année suivante celui de musique de chambre dans la classe d'André Siwy. C’est en 1999 qu’il termine ses études musicales au C.R.M.B. par l’obtention des diplômes supérieurs de musique de chambre avec grande distinction et de violon avec distinction dans les classes de Serge Bément et de Endre Kleve. Depuis 1998 Jean-Frédéric Molard est membre de l’Orchestre de Chambre de Wallonie et est régulièrement appelé au sein de l’Orchestre Philharmonique de Liège. Jean-Frédéric Molard est lauréat de la fondation Mathilde Horlait-Dapsens. Au mois d’octobre 2003, il a rejoint le groupe Soledad avec lequel il se produit tant en Belgique qu’à l’étranger.

 

SOLEDAD voit le jour en 1995 par la rencontre de cinq jeunes musiciens tous en possession d'une solide formation classique. Liés par l'harmonie régnant au sein du groupe et séduits par l'oeuvre d'Astor Piazzolla, ils se spécialisent dans l'interprétation du Tango Nuevo. Accordéon/Bandonéon, Violon, Piano, Guitare et Contrebasse constituent l'effectif du groupe. L'originalité de cette formation et sa personnalité suscitent l'intérêt de plusieurs compositeurs d'aujourd'hui comme Frédéric Devreese, Alberto Iglesias, Daniel Capelletti... et amènent également les musiciens du groupe à la création de leurs propres arrangements colorés par leurs influences diverses. Cette approche actuelle emmène SOLEDAD sur le chemin tracé par Piazzolla et ouvre de nouvelles perspectives musicales. L'interprétation du groupe a très rapidement obtenu les faveurs des salles. Lauréat de différents concours de musique de chambre en Belgique et à l'étranger, c'est sur les scènes des plus grandes salles et festivals internationaux que l'on retrouve SOLEDAD aujourd' hui, comme, le "Palais des Beaux-Arts" de Bruxelles, le "Suntory Hall" de Tokyo, le "Grand auditorium du Palais des festivals" à Cannes (Victoires de la Musique 2002), au "Festival de réouverture de La maison de la radio Flagey" à Bruxelles, au Festival de "La Roque d' Anthéron" en France, à" l'Euromeet jazz" et  aux "Veneto Jazz" festivals en Italie,  à l' "Al Bustan Festival" au Liban,  au "Miami Festival" en Floride, aux "Argerich festival" de Taïpeï (Taïwan), de Lugano (Suisse), de Beppu (Japon),,...  Lors d'un de leurs concerts au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en avril 2000, ils rencontrent Martha Argerich. Celle-ci les invite alors à se produire avec elle sur différentes scènes internationales. En janvier 2002, SOLEDAD clôture la cérémonie des Victoires de la Musique Classique en direct sur France 3. En décembre 2002, le groupe reçoit un "Choc de l'année" décerné par la rédaction de la revue spécialisée française "Le Monde de la Musique" pour son premier album Soledad, chez Virgin Classics. " Univers pathétique et enivrant, martelé d’ivoire, aux arrière-pensées d’Argentine, les douze titres de cet album de tango constituent une course à bout de souffle qui fascine, dans un répertoire qui va d’Astor Piazzolla à Richard Galliano, en passant par Daniel Capelletti, Michel Lysight et Igor Stravinsky. Pour réussir ce coup de maître, il fallait des virtuoses.  Les virtuoses, c’est le groupe Soledad... "   (Le Monde de la Musique, Georges Gad, Décembre 2002). L’Union de la Presse Musicale Belge désigne chaque année un " Jeune Musicien de l’Année ". En 2002, les nominés étaient le pianiste Piotr Anderszewski, le chef d’orchestre Mikko Franck, la soprano Juliane Banse, la violoniste Leila Josefowicz et l’ensemble Soledad. En 2003,  Soledad a sorti leur deuxième album chez Virgin Classics au titre évocateur de Del Diablo, qui a reçu des éloges dans la presse nationale et internationale. En 2004, Soledad s’est produit dans des festivals comme La Roque D’Anthéron, Festival de Wallonie, Festival de Flandre,  au Canada, aux Etats-Unis,  etc…En 2005, l’ensemble est entre autre réinvité pour des tournées au Japon, en Corée et au Canada. Soledad vient d' être sélectionné comme ensemble national pour représenter la Belgique et la région "Bruxelles-Capitale" à l' occasion du 175ème anniversaire du pays.

http://www.soledad.be/

Petit trajet discographique :

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