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Liebrecht Vanbeckevoort
Un conquérant sage et lucide (c) Noël Godts |
>>> CMIREB 2007
Ses 22 ans, Liebrecht Vanbeckevoort en est pleinement conscient : la chance d'être le sixième lauréat du cru 2007 au CMIREB après l'étonnement d'avoir franchi les demi-finales lui garde les pieds sur terre. Heureux, il reste attentif et concentré sur son travail et son apprentissage qu'il estime loin d'être terminé.
Liebrecht Vanbeckevoort, vous avez reçu le sixième prix au Concours Reine Elisabeth... Si l'on retourne en arrière, quelles étaient vos motivations pour vous présenter à ce concours ?
C'était un but pour travailler, étudier davantage de répertoire... Mais faire un concours dans son propre pays n'est pas évident. Je savais que c'était peut-être risqué mais... qu'allais-je y perdre ? Regarder le concours m'a motivé pendant des années quand j'étais jeune et que j'étudiais. Je voulais tenter d'atteindre le niveau de ces grands artistes.
Quand précisément avez-vous pensé à vous présenter ?
Pendant l'été 2006. J'ai posé ma candidature assez vite.
Quels autres concours avez-vous passés auparavant ?
Beaucoup de concours de jeunesse en Flandres et en Wallonie. J'ai passé le concours Cantabile, le Grétry à Liège, Le Prix des Jeunes à Verviers, Le Hoffmann European Piano Competition à Bruxelles, Le Pianist Foundation à La Haye et celui d'Amsterdam... Je voulais acquérir de l'expérience.
Pensez-vous passer d'autres concours après le CMIREB ?
Ce n'est pas exclu, mais ce n'est peut-être pas très prudent de le faire immédiatement. Je pense qu'il est mieux d'élargir mon répertoire et de jouer des concerts car les opportunités sont nombreuses. Mais je suis jeune et peut-être participerais-je à d'autres grands concours. Le Liszt, le Clara Haskil en Suisse, mais peut-être pas le Tchaïkovski ni le Van Cliburn aux Etats-Unis. Je n'ai pas vraiment d'affinités avec ces concours-là et l'atmosphère autour de ces événements... Mais j'ai 22 ans, et le Liszt n'est pas pour tout de suite.
Nous avons eu l'impression que vous étiez excessivement surpris d'arriver à l'ultime étape. Pourquoi ?
Peut-être parce que je n'ai pas vraiment ressenti de joie ni de plaisir le dernier soir où j'ai joué mon récital en demi-finale... Je ne trouvais pas vraiment que j'avais été aussi bon qu'il l'aurait fallu. Ensuite, quand j'ai obtenu le sixième prix, c'était fantastique !
Quelle était l'ambiance à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et surtout, comment avez-vous abordé l'oeuvre imposée du compositeur espagnol ?
Je suis entré le vendredi 25 mai et, en recevant cet imposé très intéressant mais très lourd aussi... pfff, je me suis dit : "Allons-y !" C'est dur, on a besoin de beaucoup d'énergie. Le mardi ou le mercredi, ça faisait vraiment mal de jouer l'imposé : c'est beaucoup de fortissimos ! J'ai bien aimé le jouer avec orchestre, mais ce n'était pas vraiment gai à étudier !
C'est comique de vous entendre parler de l'oeuvre imposée, car c'est votre version qui figure sur le cd du Concours pour la session 2007.
Oui, mais j'ai vraiment aimé la jouer avec orchestre : c'était une atmosphère intéressante, pleine de couleurs. Le compositeur m'a dit avoir préféré ma version, alors... ce n'est pas que je vais me spécialiser maintenant dans la musique contemporaine, mais c'est très intéressant et important de la jouer. Cependant, je ne suis pas un spécialiste en la matière...
Vous avez donc déchiré la partition aujourd'hui ?
Non ! Certainement pas ! C'était un défi d'essayer en une semaine de faire quelque chose avec une pièce qui n'est peut-être pas très longue, mais d'un niveau intéressant.
Votre sentiment est-il un peu le reflet de celui des autres candidats ?
Je crois que le sentiment général était : "C'est pas terrible, mais on va le faire, et on verra..." Ce n'était pas impossible de le faire en une semaine. C'était la consolation des finalistes.
Vous évoquez votre professeur, Jan Michiels. Quelle a été sa réaction à votre sixième prix ?
Il est très fier ! Maintenant les médias commencent à suggérer qu'il est un peu jaloux, mais ce n'est absolument pas vrai ! C'est un professeur très chouette et généreux ; il donne de véritables opportunités à ses étudiants. Notre relation s'apparente à celle d'un maître et son disciple. Il m'a soutenu dans ma décision de passer le CMIREB et nous avons discuté du répertoire ensemble. J'ai cependant préparé le concours à Boston avec Russell Sherman. J'ai obtenu une bourse de la Belgian American Education of Foundation en janvier 2006. J'ai passé des auditions et j'ai été accepté en Indiana et à Boston. J'ai choisi Boston car j'y avais des concerts et mon prof là-bas avait beaucoup plus de temps.
Vous y êtes encore maintenant ?
Non. C'est fini. Ça s'est terminé juste avant le concours. L'année scolaire est finie et il ne m'est plus vraiment nécessaire d'y retourner avant 2008.
Continuerez-vous à prendre des cours ?
Bien sûr. J'ai 22 ans, et ce n'est pas vraiment l'âge d'arrêter... Je ne sais pas où, peut-être à Bruxelles ou à l'étranger, mais pas trop loin. Paris, Londres... Avec une spécialisation en musique de chambre aussi. Je dois réfléchir à ce que je veux et voir si je peux combiner tout cela avec les concerts, car ça va être fou de septembre à décembre.
Comment comptez-vous élargir votre répertoire ?
Comme avant... mais peut-être plus rapidement ! Je devrai jouer beaucoup et... beaucoup de pièces différentes ! Ce sera le défi. Je dois voir ce que je peux faire. Il n'est pas évident de jouer beaucoup de répertoire en un temps si court... J'ai des concertos et des récitals prévus, une bonne vingtaine...
Quels sont les concertos que vous maîtrisez ?
Je travaille le Liszt 2 pour les concerts. Je vais étudier le Mozart 23 et probablement le Rachmaninov 2, le Beethoven 3 ou 5...
Le Prokofiev 3, vous l'aviez déjà joué avec orchestre avant le concours ?
Oui, en mars.
Combien de fois ?
Deux fois avant le concours, avec un orchestre semi-professionnel, deux jours consécutifs avant de partir terminer mes études à Boston.
Pourquoi avoir choisi le Troisième de Prokofiev ?
J'avais tellement d'affinités avec cette pièce ! Je pouvais tout y exprimer. C'est très contrasté et sensible. Très victorieux et virtuose. Très intimiste aussi. C'était une fête pour moi de le jouer avec l'ONB et un chef aussi extraordinaire !
Pourriez-vous préciser le sentiment du Belge que vous êtes, regardé par toute la Belgique mélomane ?
Oui... Il y avait un peu de pression peut-être, car beaucoup de gens qui me connaissent étaient là... Mais c'était aussi un encouragement de pouvoir jouer pour son propre public ! Oui, c'est risqué... mais la semaine de préparation pour la finale était vraiment très tranquille et concentrée. Et comme je vous le disais, jouer en finale, c'était une fête pour moi ! C'était beaucoup plus difficile au premier tour et en demi-finale, car il y avait beaucoup de Belges et d'animation autour de ça...
Vous connaissiez Philippe Raskin avant le Concours ?
Oui. Malheureusement, je ne l'ai pas revu après la finale. J'ai regretté qu'il n'ait pas passé les demi-finales, car je rêvais qu'on soit ensemble à la Chapelle. On a vraiment passé de splendides moments il y a trois ans pendant les masterclasses de la Chapelle ! C'est depuis lors que nous avons beaucoup parlé et sommes restés en contact. C'est rare dans le domaine musical d'avoir une amitié entre musiciens. Ce n'est pas évident, et certainement pas entre les pianistes qui sont en compétition. Il était très heureux pour moi que j'aie passé les demi-finales et m'a répété que nous étions amis. C'est un excellent pianiste et je suis sûr qu'il va trouver son propre chemin. Ce qui est possible sans le Reine Elisabeth aussi. Même si c'est un peu plus dur en Belgique. Ce n'est pas la fin du monde, mais je peux comprendre sa déception, car il a beaucoup travaillé et c'était la dernière fois qu'il pouvait le présenter.
Vous est-il déjà possible de voir un avant et un après CMIREB dans toutes les propositions que vous recevez ?
Oui, ça ouvre des portes. C'est génial... mais c'est aussi beaucoup de travail ! Je sais quoi faire ! J'ai vu une différence énorme. C'est un autre monde.
Vingt-deux ans, c'est un peu jeune pour arriver là où vous êtes aujourd'hui. Bien sûr, beaucoup de travail vous y a mené... En quelques mots, la musique... pourquoi ?
C'est difficile à dire... mais j'étais vraiment certain que mon coeur était dans la musique. A 18 ans, j'ai eu le choix entre l'Université après latin-maths ou le Conservatoire. Le choix n'était pas facile, mais à un certain moment j'ai eu la conviction à 100% que je devais aller au Conservatoire. Bien sûr, j'ai énormément travaillé alors, car je savais que tout allait se jouer.
Quand avez-vous commencé le piano ?
A 8 ans. Cela fait 14 ans. C'est un long chemin, mais il vaut la peine.
Pensez-vous mener de front les trois disciplines du piano : solo, concertant, musique de chambre ?
Oui. J'aime la musique de chambre, donc je ne peux pas m'imaginer ne jouer que des concertos. Je veux continuer, même si c'est plus dur avec tous les récitals solos. Je pense que c'est enrichissant de considérer tous les aspects de la musique de piano.
Des amitiés resteront-elles de la Chapelle musicale ?
C'est difficile à dire après une semaine... mais j'ai beaucoup apprécié le contact avec Anna Vinnitskaya, Ilya Rashkovskiy (4e prix) et Hyo-sun Lim (le 5e prix)... Nous sommes restés longtemps ensemble. Peut-être jouerons-nous un jour ensemble... On ne peut pas dire qui aura une carrière brillante et qui pas. Mais je pense qu'Anna fera une carrière splendide, car elle a tout pour y arriver !
Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 11 juin 2007
Petit trajet biographique :
Belgique - né à Malines, le 26 septembre 1984
Liebrecht Vanbeckevoort s’est formé au Koninklijk Conservatorium de Bruxelles et à la Zuid-Nederlandse Hogeschool voor Muziek (Tilburg). Il poursuit actuellement ses études à Boston, au New England Conservatory. Il a remporté le Concours Kaufmann (Bruxelles) en 2002 et le Young Pianist Foundation Competition (La Haye) en 2004. Il a entre autres joué avec le Koninklijk Filharmonisch Orkest van Vlaanderen et le Bruocsella Symphony Orchestra.
Choix du candidat pour la finale : Miguel GÁLVEZ-TARONCHER, La Luna y la Muerte ; Ludwig van BEETHOVEN, Sonate pour piano n°27 en mi mineur op.90 ; Serge PROKOFIEV, Concerto pour piano n°3 en ut majeur, op.26
Choix du candidat pour la demi-finale : Dedicatio VI de Kris Defoort ; Frédéric DEVREESE, Mascarade ; Franz SCHUBERT, Sonate en la majeur D 664 ; Sergey PROKOFIEV, Sonate n°2 en ré mineur op. 14 ; Claude DEBUSSY, Préludes I: Danseuses de Delphes ; Les collines d’Anacapri, Des pas sur la neige, Ce qu’a vu le vent d’ouest, La fille aux cheveux de lin, Minstrels ; Franz LISZT, Sonate en si mineur ; Johannes BRAHMS, 6 Klavierstücke op. 118
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