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Nicole Cabell Une travailleuse de talent
Soprano |
Grand Prix du Concours international du meilleur chanteur lyrique à Cardiff en 2005, l'Américaine Nicole Cabell, sans sacrifier une étincelle de son enthousiasme, garde bien la tête sur les épaules. Son maître mot : le travail. L'honnêteté et le franc-parler de sa personnalité chaleureuse, sa confiance soutenue par une extrême discipline, sa voix naturellement rayonnante communiquent immédiatement son amour pour la musique.
Le 24 janvier 2007, en récital au Théâtre Royal de la Monnaie, pour la première fois en Belgique juste avant la sortie de son premier cd chez Decca, Nicole Cabell a enchanté la salle par son dynamisme radieux, sa personnalité généreuse et la beauté de sa voix, d'une ampleur surprenante, pleine et vibrante dans les médiums, intense dans les graves, puissante et légère dans les aigus. Un tempérament à suivre de près...
Le Concours de Cardiff a fait démarrer votre carrière... Que représente-t-il pour vous ?
Tout a changé ! Le concours a fait connaître mon nom grâce à l'extraordinaire machine des médias. J'ai eu la grande chance de pouvoir rencontrer les membres du jury et de parler avec eux. J'ai pu capter l'attention de Decca et j'ai pu travailler !
Dans quel but aviez-vous décidé de tenter ce concours au départ ?
J'ai chanté Bellini, Mozart, Berlioz, Tippett et Menotti, dont j'avais choisi un extrait de The Old Maid and the Thief. Je me suis beaucoup donnée pour cette pièce que j'adore et dont les Européens ne sont pas très familiers. J'étais ravie de la leur faire connaître !
Avez-vous dû chanter du baroque ?
Pas vraiment... D'ailleurs, je chante davantage un répertoire moderne. J'aime Kurt Weill.
Avez-vous entendu parler du Concours Reine Elisabeth à Bruxelles ?
Je ne l'ai jamais tenté, mais je sais qu'il est également extraordinaire !
Cardiff était-il votre premier concours ?
Non. J'en ai remporté plusieurs, moins importants, ce qui a été un bon entraînement !
Vous avez reçu le prix de "Meilleur chanteur lyrique international". Qu'est-ce que cette étiquette représente pour vous ?
Waouh ! C'est un titre si solennel !Mais c'est encourageant : cela signifie que vous travaillez dur. Même si... je ne pense certainement pas que je chante mieux que d'autres ! J'ai eu de la chance, j'ai pu impressionner les juges ce jour-là et je travaille beaucoup. J'en suis heureuse.
Vous avez reçu le Premier Prix de Cardiff des mains de Joan Sutherland...
C'était fantastique ! Je l'adore depuis des années ! Elle me félicitait...
Avez-vous eu l'opportunité de la revoir ensuite ?
Oui ! A la réception, à la table du jury. Elle m'a donné de précieux conseils. Ne pas aller trop vite, respirer, profiter de la vie, me protéger, protéger ma voix... Venant d'elle, tout cela résonnait davantage encore.
Comment avez-vous vécu la pression qui augmente après le concours : les contrats, la proposition de Decca, etc. ?
C'était vraiment extraordinaire... Signer de merveilleux contrats dans le prolongement du concours ! C'est une occupation à plein temps et qui prépare l'avenir... On ne sait pas trop quand ça va ralentir. Il faut profiter de cet enthousiasme et de ce mouvement réellement prodigieux ! Entrevoir des rôles incroyables, avoir la possibilité de les incarner, c'est fantastique !
Avez-vous une idée du nombre de rôles que vous avez dû apprendre en si peu de temps ?
Depuis Cardiff... six ou sept nouveaux rôles, je crois. Et d'innombrables pièces de concert.
Comment avez-vous choisi les rôles que vous désiriez apprendre ?
Selon ma voix. Je ne me suis pas vraiment intéressée aux personnages en premier lieu, mais je me suis plutôt demandé si j'étais capable de les chanter correctement. Heureusement, ils correspondaient à ma personnalité ! J'ai particulièrement aimé Juliette de Gounod. J'ai eu de la chance et je crois que j'ai bien choisi pour le futur.
Nous avons évoqué Joan Sutherland... Et Marilyn Horne ?
Oh, mon dieu ! J'adore cette femme si remarquable ! Si intelligente ! Une légende vivante ! Je l'ai rencontrée quelques années avant le concours de Cardiff. Après le concours, j'ai eu l'occasion bien sûr de parler davantage avec elle et de participer à sa fondation, ce qui est un honneur, car je crois en tout ce qu'elle soutient. Aussi longtemps qu'elle acceptera de faire partie de ma vie, j'en serai comblée.
Pensez-vous vivre un rêve actuellement ?
Vous savez... c'est drôle... ça représente tellement de travail ! Vous avez rarement l'occasion de vous asseoir tranquillement et de regarder ce qui vient de se passer. J'ai fait une petite pause dernièrement après mon premier cd. Mais tout s'enchaîne très vite et le rêve, c'est certainement d'avoir l'occasion de pouvoir travailler aussi dur.
Comment êtes-vous venue à la musique ?
Vers 12 ou 13 ans, j'ai commencé la flûte. Je n'ai pas chanté avant mes 15 ans. Et à 16 ans... j'étudiais un opéra ! Ce qui est un mystère total si on regarde d'où je viens. Deux ans plus tard, j'ai décidé d'en vivre. Tout s'est passé très vite. J'ai beaucoup travaillé et les portes se sont ouvertes. J'ai eu beaucoup de chance et j'ai continué à travailler pour la maintenir.
Comment avez-vous conçu le programme de votre cd ?
J'ai choisi un répertoire que je voulais chanter... Même si ma voix n'est pas encore prête quelquefois pour l'intégralité du rôle, je peux déjà en interpréter certains airs, comme c'est le cas de Louise de Charpentier. J'ai enregistré quelques morceaux de Cardiff, comme le Tippett. Je voulais un programme qui me représente dans ma diversité, et je tenais à puiser dans mes racines musicales et américaines aussi. Gershwin, par exemple.
Avez-vous dû discuter des tempi avec Andrew Davis ?
Non ! Nous étions si heureux qu'il accepte le projet ! Il a été si compréhensif ; si je ralentissais ou accélérais, ça ne lui posait aucun problème. Il a fait quelques suggestions, et je les ai toutes suivies, car c'est un génie.
Que représente pour vous le bel canto ?
C'est un répertoire piégé ! Parfois très aigu. Lucia par exemple ! J'adore mais je ne me spécialiserai pas dans le bel canto ; je veux rester ouverte à de nombreux genres musicaux. J'adore la musique française, la musique américaine...
Si vous deviez pointer un compositeur, lequel serait-ce ?
Puccini ! Et ce serait pour le chanter ! Mais... soyons plus réaliste : en fait, c'est une question difficile. Bizet, par exemple. Ou Bellini. Mais... Puccini ! Malheureusement, je ne peux pas chanter Tosca, ni Butterfly ! Pas maintenant en tout cas...
Y a-t-il un rôle que vous espérez chanter dans quelques années ?
Mimi, sans hésitation ! Je voudrais faire les bonnes choses au bon moment. On me demande déjà de chanter Mimi maintenant, mais je ne veux pas le risquer trop tôt. J'espère pouvoir le chanter dans les dix ans qui viennent.
Qu'en est-il de Bach dans votre chemin de soprano ?
J'adore écouter Bach ! Je n'aime pas du tout le chanter. Ma voix, pour une raison que j'ignore, se rebelle contre la musique stricte. Il m'est très difficile aussi de chanter Mozart... Peut-être est-ce parce que je suis américaine... J'aime m'abandonner au rythme, le sentir, le laisser monter. Je sais que ce n'est pas vraiment une garantie pour chanter un opéra ou une musique classique... mais en tout cas, chanter Bach est à mon extrême opposé. Je ne veux pas chanter quelque chose dont je ne comprends pas profondément le style.
Avez-vous eu l'occasion de le chanter ?
Oui. Et je le respecte vraiment. Peut-être même trop pour le chanter. Bach est si pur, si beau... On n'a jamais vraiment appris à le chanter aux Etats-Unis, mais... qui sait ?
Existe-t-il pour vous un modèle de soprano ayant interprété Bach ?
Non. Même si j'ai écouté et apprécié de nombreux enregistrements...
Et plus généralement, quelle soprano vous a inspirée ?
Sans aucun doute, Mirella Freni ! Sa technique est fluide et gracieuse. Elle exprime réellement tout ce qu'elle ressent avec style et liberté. Son timbre est très beau, pur et souple. De plus, elle a mené sa carrière avec intelligence.
Vous interprétez Summertime sur votre album. Envisagez-vous d'enregistrer un jour un album de jazz ?
Je l'espère ! Mais... je dirais, plutôt qu'un cd de jazz, un cd de musique américaine. Si vous avez écouté le disque de Dawn Upshaw ou de Renée Fleming... Ce genre de crossover me semble plus approprié.
Que représente le terme diva pour vous au XXIème siècle ?
Les nouvelles divas, comme Netrebko ou Fleming sont plus approchables, très glamour et un peu plus humaines qu'autrefois, lorsqu'elles étaient considérées comme des déesses très exigeantes ! Je crois qu'actuellement, même si elles ne représentent toujours pas "la fille d'à côté", elles songent davantage à accomplir leur art qu'à nourrir leur ego.
Connaissez-vous les enregistrements de Leontyne Price ?
Oui ! Je les adore ! Malheureusement, je ne l'ai jamais rencontrée. Quelle chanteuse fantastique !
Nous n'avons pas parlé d'un seul chanteur masculin !
Bryn Terfel ! J'ai eu le plaisir de chanter l'air final de Falstaff avec lui à Chicago ! Quel homme si gentil ! Je mourais de peur et il m'a mise très amicalement en confiance ! Oh, c'est certainement un divo moderne ! Il en a tous les atouts et reste très simple. J'éprouve pour lui un profond respect.
La musique... pourquoi ?
En dehors du fait qu'elle maintient à la vie son intérêt, la musique est drôle, profonde, pleine de sens et rend les gens heureux. Elle me donne la force de continuer, de repousser l'ennui, chercher la nouveauté, et d'aller de l'avant.
Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts, le 25 janvier 2007.
Petit trajet biographique :
Nicole Cabell est originaire de Californie. Son parcours musical ne repose pas uniquement sur son talent mais aussi sur des années de travail acharné et une discipline de fer. Elle a passé toute sa jeunesse à Ventura, petite ville proche de Los Angeles. D’ascendance afro-américaine, caucasienne et coréenne, elle affirme que ses origines sont très importantes pour elle. Petite fille, elle rêvait d’une carrière d’auteur de romans, mais, à quinze ans, elle a commencé à prendre des cours de chant. A la fin de ses études secondaires, elle a opté définitivement pour le chant. Elle a suivi des cours à l’Eastman School of Music, au Lyric Opera Center for American Artists à Chicago,…
Pour ses débuts discographiques chez Decca, avec qui elle a signé un contrat d’exclusivité, Nicole Cabell a collaboré avec l’un de ses mentors, Sir Andrew Davis, mais c’est elle qui a choisi son répertoire. Comme elle l’explique : « Je voulais non seulement chanter des morceaux que j’aime mais aussi le répertoire qui, selon moi, convient le mieux à ma voix. » Peu de chanteurs de son âge font preuve d’un tel éclectisme : bel canto comique et tragique, airs favoris de Puccini, arias de Gounod et de Charpentier, ainsi qu’une mélodie de Delibes. (d’après Roger Pines)
Biographie extraite du site du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles :
http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/vrienden/activiteit.jsp?id=6276&language=FR
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