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Sabine Meyer Souffle et vibrations |
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Invitée au PBA de Bruxelles par l’ONB (17 & 19 février 2006) afin d’interpréter le légendaire concerto pour clarinette et orchestre de Mozart, Sabine Meyer s’est gentiment pliée à notre jeu de questions – réponses. Réputée pour son implication dans le répertoire moderne, elle porte aussi une vigilante attention aux anciens. La clarinettiste allemande explore le jeu de son instrument, ses potentialités sonores et son intériorisation, entre la musique de chambre avec son Ensemble Trio di Clarone, ses prestations avec orchestre (Luzerne Festival Orchestra, Mahler Chamber Orchestra, Berlin Philharmonic Orchestra…) et l’enseignement (Hochschule für Musik de Lübeck). Artiste complète, elle convie son public aux multiples découvertes musicales qu’elle fait siennes au fil des ans….
Sabine Meyer, n'êtes-vous pas fatiguée de jouer Mozart, en cette année 2006 ?
Pas du tout ! Je n'en ai jamais assez de ce concerto qui est inépuisable ! Chaque fois que je le joue, c'est comme si c'était la première fois. Et même, le défi est chaque fois plus grand !
Quand l'avez-vous joué pour la première fois ?
Oh... c'est loin ! Il y a longtemps !
Ne pensez-vous pas que la façon de mettre Mozart en avant cette année 2006 fait de l'ombre à d'autres compositeurs qui ont composé pour la clarinette ?
La littérature pour clarinette n'est pas si abondante, mais je parviens tout de même à équilibrer les interprétations de Mozart, certes plus nombreuses cette année, avec celles d'autres compositeurs.
Vous avez réussi à sortir la clarinette de l'orchestre en figurant parmi les peu nombreux clarinettistes qui jouent en solo. Quelles sont vos positions en tant que clarinettiste d'orchestre et soliste ?
Il y a d'incroyables morceaux pour clarinette dans la musique de chambre, même si elle n'est pas considérée à proprement parler comme un instrument solo. La distinction est donc un peu difficile à établir... Peut-on dire que la clarinette n'est pas un instrument solo quand de très beaux passages lui sont dédiés ? D'accord, il est indéniable qu'Anne-Sophie Mutter est soliste, et que c'est moins clair pour moi ! Même lorsque j'interprète un passage solo dans une œuvre de chambre. Je ne me suis jamais moi-même sentie soliste d'ailleurs. J'ai toujours fait de la musique de chambre et lorsque je joue des concertos pour clarinette, j'aime sentir autour de moi l'orchestre. Je serais incroyablement triste de ne me sentir que soliste, car la vie d'un soliste n'est pas si facile : on est seul, entre deux avions, souvent à l'hôtel et dans les valises. Or, je veux un équilibre dans ma vie entre la musique de chambre, l'enseignement et bien sûr le travail de soliste. C'est un privilège de travailler avec Claudio Abbado à Lucerne, chaque année en août et septembre. Et puis, les œuvres pour clarinette de Mozart ou Brahms par exemple, sont des pièces majeures de la fin de leur vie : c'est une grande chance d'avoir un répertoire qui a autant de valeur !
Le répertoire pour clarinette étant relativement peu étendu, vous avez sollicité des compositeurs contemporains qui vous ont dédié des concertos ou des pièces pour clarinette. Comment cela a-t-il eu lieu ?
Tout d'abord, beaucoup de compositeurs m'envoient et me proposent des œuvres. J'ai donc beaucoup de responsabilités à faire un choix parmi tout cela. Aribert Reimann et Manfred Trojahn ont écrit chacun un concerto pour moi mais il y aussi Edison Denissov, Marc-André Dalbavie, Harald Genzmer, ou encore Pierre Boulez, Isang Yun et Karlheinz Stockhausen dont je joue régulièrement des oeuvres. Par ailleurs, Peter Eötvös qui a déjà signé Derwischtanz pour 3 clarinettes va écrire une pièce pour mon frère et moi en 2008. Peter donne cours à Karlsburg où mon frère est directeur de la Hochschule für Musik (Conservatoire). J'ai enregistré un cd avec mon ensemble, Trio di Clarone, uniquement consacré à des pièces de commande. Ceci dit, les commandes sont souvent liées à des tournées ou des festivals comme ce sera encore le cas prochainement au Japon avec une œuvre de Nicolo Castiglioni.
Quels sont vos critères de choix parmi les œuvres qu'on vous propose ?
Beaucoup de compositeurs m'écrivent des pièces assez traditionnelles qui m'intéressent moins ; mais il y a aussi l'extrême inverse, des pièces trop éloignées du son de la clarinette, plutôt électroniques et qui nécessitent un matériel inimaginable. Parfois elles ne sont écrites que pour être jouées dans un seul lieu, tant il y a d'exigences techniques. D'autres fois encore, elles n'ont besoin que du "bruit" de la clarinette, dont on ne doit même plus reconnaître la voix... Les plus grands compositeurs n'ont pas toujours le temps d'écrire pour la clarinette. Ligeti par exemple est pris par des opéras.
Chambriste, soliste, vous enseignez depuis assez longtemps. Quelles sont vos motivations ?
Mon mari Reiner Wehle s'occupe beaucoup de la gestion de ma vie quotidienne, parce que j'ai tendance à accepter trop de concerts alors que j'aime beaucoup être à la maison aussi, m'y retrouver libre avant et après mes concerts. Enseigner, pour moi, est intégré à cette vie : c'est intense, très émotionnel. Je m'implique beaucoup avec mes étudiants. Cela demande énormément de concentration et de temps, de psychologie aussi pour comprendre les problèmes de chacun. Je ne m'intéresse pas à ceux qui n'ont plus besoin que de quelques petits "trucs" de jeu... Je m'attache à un travail fondamental, à l'installation des bases importantes et nécessaires à la pratique de la clarinette. Il ne s'agit pas seulement d'une virtuosité ou d'une mécanique, mais d'un sentiment, d'une approche physique et émotionnelle de la clarinette. Beaucoup ont une technique habile, savent jouer fort, doucement et habilement... mais n'éprouvent rien. Mon travail demande beaucoup de temps, d'écoute, de compréhension. Le souffle, la qualité du souffle influent sur le legato et le staccato. Il faut les sentir...
Vous êtes une référence dans la richesse du son et des harmoniques, et l'on vous rattache volontiers à "l'école allemande de la clarinette". Comment peut-on la décrire ?
Même dans l'école allemande, il existe différentes positions. Bien sûr, il y a déjà une différence de base entre la clarinette française et l'allemande. L'idée de mon professeur, Hans Deinzer, qui était l'un des premiers à jouer sur clarinette d'époque en même temps qu'il explorait la musique contemporaine, était d'exploiter toutes les possibilités de la clarinette. Avant lui, la clarinette devait toujours avoir une seule couleur : une belle couleur, mais unique, qu'on joue Brahms ou Stravinsky. Chez un pianiste ou un violoniste, à l'inverse, il y a toujours eu une recherche de sonorité ou de jeu différents suivant le style... La clarinette a mis plus de temps à avoir droit à cette démarche. Dans l'enseignement souvent, on perd une part essentielle de la musique : comme dans le sport, on demande d'aller vite, toujours plus vite, une performance ! On cherche l'extrême. Mais ce n'est pas la musicalité, ça ! Or, il faut savoir écouter, et s'écouter aussi soi-même : ressentir profondément ce que l'on interprète et qui s'exprime à travers nous.
L'évolution de la position de la femme dans l'orchestre est en mouvement depuis une trentaine d'années. Quelle est votre place dans l'orchestre en tant que femme clarinettiste ?
Pour les flûtistes et les tutti dans l'orchestre, il n'y a pas de problème. Mais une femme qui s'engage dans la direction... ce n'est pas toujours gagné. Ou au trombone, par exemple ! Mais bon... ce n'est pas représentatif de la musique seulement : jetez un oeil en politique, en économie... Quand une femme arrive dans un grand orchestre, souvent on la regarde faire ses preuves en n'oubliant pas qu'elle est une femme, mais en effaçant le souvenir de ses propres moments de stress quand on a soi-même débuté ! Les gens oublient vite leurs propres peurs...
La musique semble être pour vous une tradition familiale. Néanmoins, vous est-il possible de dire pourquoi vous la pratiquez ?
C'est ma vie. Mon instrument est le point central de ma vie, de mon travail. Cependant je ne m'y limite pas et m'ouvre à d'autres choses. J'aime aller au musée, apprendre...
Pensez-vous avoir une mission envers le public ?
Je ne sais pas s'il s'agit d'une mission. Mais je cherche le contact avec le public, avec la salle. Transmettre comment la musique peut se jouer, se comprendre. L'instrument est comme une partie de moi-même, de manière naturelle, et je tiens à ce que la communication ne soit pas arrogante. J'apprécie le contact avec les musiciens et les auditeurs.
Propos recueillis par Noël Godts à Bruxelles, le 18 février 2006
Petit trajet biographique :
Sabine Meyer, clarinette
Sabine Meier a suivi ses études à Stuttgart auprès d’Otto Hermann, et à Hannovre auprès de Hans Deinzer. Elle s’est produite avec quelque 150 orchestres, parmi lesquels les principales formations allemandes, le Chicago Symphony Orchestra, le London Symphony Orchestra, l’Orchestre de la Suisse Romande, les orchestres radio-symphoniques de Vienne, Varsovie, Prague, Budapest, Tokyo, etc. En tant que soliste, Sabine Meyer aborde un large répertoire allant du préclassique jusqu’à la musique d’aujourd’hui ; de nombreux compositeurs ont écrit des œuvres à son intention, parmi lesquels Jean Françaix, Edison Denissov, Harald Genzmer, Toshio Hosokawa et Niccolo Castiglioni. Parmi ses enregistrements, ceux qu’elle a consacrés aux concertos pour clarinette de Carl Stamitz se sont vus couronnés par le Prix Echo en 1994 et 1996. En 2000, elle a été désignée " artiste en résidence " au festival de Lucerne. Sabine Meyer consacre une partie importante de ses activités à la musique de chambre et collabore régulièrement avec des personnalités telles que Barbara Hendricks, Bruno Canino, Heinrich Schiff, Gidon Kremer, et avec des ensembles comme les quatuors Alban Berg et celui de Cleveland. Elle donne par ailleurs de nombreuses masterclasses, tant en Allemagne qu’en Italie, en Autriche, au Japon et aux États-Unis. En 2005-2006, Sabine Meyer est en tournée à travers l’Europe avec le Hagen Quartett, et aux États-Unis avec le Tokyo String Quartet.
Petit trajet discographique :
Vient de sortir pour le label Avi Music :
- Schumann – Bruch / Sabine Meyer & Trio di Clarone
A venir chez EMI :
- Octobre 2006 – Nielsen, concerto pour clarinette + concerto pour flûte avec Emmanuel Pahud
- Mars 2007 – Musique de chambre française
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