Rencontres avec Stefano Mazzonis di Pralafera et Paolo Arrivabeni

 

 

ou

L’Opéra royal de Wallonie, une enclave italienne au cœur de la Cité ardente

 

Entretiens réalisés par Carine Seron

Liège, le 24 septembre 2008

 

 

 

 

Durant la saison précédente, l’Opéra royal de Wallonie a bénéficié d’un taux de fréquentation qui avoisinait les 92 %, grâce à un public composé notamment de 22,5 % de jeunes (moins de 26 ans) et de 8, 6 % de mélomanes étrangers originaires de l’Eurégio. Ce constat de rentabilité reflète avec éloquence l’efficacité et le dynamisme insufflé par l’actuel Directeur général et artistique de la maison liégeoise, Stefano Mazzonis di Pralafera, dès son arrivée en 2007. Réputé pour son carnet d’adresses richement étoffé, celui-ci convie cette saison rien de moins que le ténor péruvien Juan Diego Flórez pour un concert en décembre 2008, le chef milanais Daniele Gatti pour le Requiem de Verdi en avril 2009 et la soprano américaine June Anderson dans le rôle-titre de Lucrezia Borgia en juin 2009. Dans sa volonté constante de conserver la confiance du public tout en assurant un rayonnement nouveau à l’institution, il a désigné comme directeur de la musique, depuis le 1er août 2008, le maestro mantouan Paolo Arrivabeni, nouvelle étoile de la direction d’orchestre, internationalement reconnu pour ses interprétations du répertoire lyrique italien du XIXe siècle. Rencontres d’une volubilité toute méditerranéenne avec un gestionnaire et un chef qui considèrent l’opéra comme une formidable aventure humaine, avant tout.

 

Stefano Mazzonis di Pralafera, d’origine italienne et ancien surintendant du Teatro Communale di Bologna, pourquoi avez-vous accepté la direction générale d’une maison d’opéra belge, l’Opéra royal de Wallonie ?

 

Je l’ai toujours dit et c’est la vérité : mon rêve était de pouvoir diriger un théâtre à l’étranger. J’en avais envie depuis toujours. Nous avons tous un rêve dans la vie. De plus, je connaissais bien la Belgique, que j’appréciais beaucoup et dont j’avais gardé de bons souvenirs. Je n’aime pas les théâtres trop grands, je préfère ceux de dimensions plus réduites, comme celui de Liège et de Bologne. Les gérer est comme « enfiler une veste ». On se sent bien dans certains vêtements, et les petits théâtres sont ma veste. [Rires]

 

Est-il déterminant pour vous de pouvoir travailler dans une ambiance familiale ?

 

Le rapport humain est pour moi indispensable. Je crois que les théâtres, les maisons d’opéra sont une des rares entreprises où le côté humain occupe 80%, tandis que le côté technique, informatique ne figure même pas 20%. Dans les grands théâtres, je crains, bien que je n’en ai jamais dirigés, que cette dimension humaine s’amoindrisse. J’ai eu quelques propositions pour de grandes maisons et je n’ai même pas voulu participer au concours ! En français, on utilise le terme « maison » d’opéra ; en anglais, c’est pareil : opera « house ». Utiliser cette terminologie, une maison, une famille, un foyer, est significatif de l’esprit qui doit régner dans une institution de ce genre. A Liège, les spectacles sont montés grâce à l’énergie qui provient de l’ensemble du personnel et qui se répercute sur la scène. L’orchestre et les chœurs sont le frontline de notre accueil au public, mais derrière, il ne faut pas omettre le travail silencieux, dans l’ombre, du reste de notre équipe. Si la qualité du travail fourni par chacun est bonne, c’est une plus-value pour les représentations qui nous permet d’atteindre une marche supérieure. Faire vivre une maison d’opéra est d’abord un travail collectif.

 

Nous sommes au début de votre deuxième saison en tant que directeur général. Quel bilan, certes un peu précoce, pourriez-vous déjà tirer ?

 

C’est difficile à dire. Un projet, pour un opéra ou dans le monde du spectacle de manière plus générale, demande au minimum trois ans. Le mien, pour Liège, sera interrompu par les travaux de rénovation du bâtiment qui débutent à la fin de cette saison. Mon premier objectif est de remplir la salle de jeunes. Je le dis toujours : c’est mon cheval de bataille.

 

Quelles stratégies avez-vous particulièrement développées ?

 

J’ai élaboré une politique qui, d’une part, va vers les jeunes et d’autre part, respecte les abonnés. Je trouve que c’est le public qui commande : nous faisons des spectacles pour lui. C’est mon principe : rendre heureux, content le public qui paie, afin qu’il soit sans cesse plus nombreux, et l’éduquer. Car je ne me contente pas d’écouter ses désirs, et de faire ce qu’il demande. J’essaie de conquérir sa confiance en lui présentant des œuvres connues et d’autres à découvrir avec nous.

    

Quels sont les changements que vous souhaitiez imprimer, par rapport au précédent directorat de Jean-Louis Grinda ?

 

En ce qui concerne la gestion, je n’ai rien changé. Quant à la politique artistique, chaque directeur a ses particularités. C’est la raison pour laquelle les maisons d’opéra en changent tous les dix ou quinze ans au maximum, afin que la politique artistique se renouvelle.

 

Votre renouvellement consisterait en une prédominance du répertoire italien dans la programmation ?

 

Mon penchant est italien, évidemment. J’ai été nommé dans cette optique : développer le répertoire italien. Sinon le Conseil d’Administration aurait choisi un Allemand ! [Rires] La moitié de cette saison est occupée par des œuvres italiennes, mais comme 80 % des opéras sont italiens… A côté, j’ai également programmé quelques raretés, française comme Fra Diavolo, allemande comme Paride ed Elena, comme Ariadne auf Naxos, assez compliqué à monter et très coûteux, qui n’est pas joué tous les jours.

 

En plus d’afficher plusieurs ouvrages italiens, vous avez choisi un nouveau directeur musical, Paolo Arrivabeni, et plusieurs chefs invités (Michele Mariotti, Giovanni Antonini et Daniele Gatti) italiens, vous dévoilez des productions italiennes, dont le Macbeth qui vient d’ouvrir la saison, et vous-même réalisez deux mises en scène. L’art italien est très présent à différents niveaux…

 

C’est possible. Mais nous avons gardé le même premier chef invité, Patrick Davin, qui est belge et dont nous sommes tous satisfaits !

 

Pensez-vous que cet italianisme corresponde aux attentes et aux besoins du public qui fréquente la maison liégeoise ?

 

Chaque ville possède son public et chaque public est différent, qu’il s’agisse de musique de variétés ou de musique classique. Et c’est au directeur de comprendre où se trouve ce public, et ce qu’il recherche. Lorsque je suis arrivé à Bologne, mon précédent poste, j’avais annoncé que je ne donnerais jamais Andrea Chénier de Giordano, que je trouve horrible. Et je l’ai finalement joué à trois reprises, allant à l’encontre de mes idées personnelles, parce que le public le réclamait. Le public veut avant tout une grande qualité de spectacle. Au Metropolitan ou à la Monnaie, elle frise l’excellence. Je pense que, y compris dans un théâtre doté de moyens financiers plus modestes, ce souci de qualité doit être omniprésent. A Liège, nous ne pouvons pas y arriver en invitant constamment des stars, pratique trop onéreuse. Alors nous trouvons des voix qui sont impeccables pour une distribution particulière, des grands noms qui désirent débuter dans un rôle précis ou qui ont envie de se produire dans une ville qui leur est inconnue. Prenez l’exemple de Ruggiero Raimondi : il n’avait jamais chanté en Belgique, à l’exception d’un concert. Je l’ai invité à Liège [ndlr : pour Tosca, lors de la saison précédente], et, tellement ravi de son séjour, il a décidé de revenir à deux reprises ! Beaucoup de grands chanteurs acceptent des cachets moins importants, pour le plaisir, parce que la ville et le personnel de l’Opéra sont réputés pour être très agréables. Et cela fait la différence ! Ici, les artistes sont câlinés, choyés, et peuvent travailler dans une ambiance plaisante et favorable. Ils arrivent dans une famille. C’est l’un des grands mérites attribuable à l’ensemble du personnel de l’Opéra.

 

Pourquoi avoir sélectionné Paolo Arrivabeni comme nouveau directeur de la musique ?

 

Arrivabeni est le chef d’orchestre italien qui monte, demandé par de nombreuses maisons d’opéra étrangères, y compris en Italie. Il me semblait être un choix évident, qui fut unanimement approuvé par les chefs de pupitres de l’orchestre. D’autant qu’il y avait eu un véritable coup de foudre entre lui et notre phalange.

     

Cette saison, comme je l’ai souligné précédemment, vous mettrez en scène deux ouvrages, Il Barbiere di Siviglia de Rossini et La Traviata de Verdi. N’est-il pas conflictuel de porter simultanément les casquettes de directeur général et  de metteur en scène ?

 

Non, mon prédécesseur l’a fait, à l’instar de beaucoup d’autres directeurs d’opéra. Bien qu’en Italie, ce ne soit pas l’usage. Je m’impose, personnellement, une seule restriction : éviter de réaliser des mises en scène hors de la maison. Je trouve plutôt « chic » pour un directeur, qu’il soit metteur en scène ou compositeur, d’offrir son ouvrage à sa propre maison.

 

Quelle serait votre signature en tant que metteur en scène ?

 

Toujours le respect de la musique. Je m’adapte à chaque ouvrage. Je n’aime pas trop forcer le livret et la partition, ni être trop « didascalique ». Ma conception de la mise en scène est que celle-ci doit être innovatrice tout en se soumettant à la musique. J’apprécie particulièrement l’opéra bouffe, ce qui ne m’empêche nullement de m’intéresser cette saison à La Traviata, interprété par Verdi comme une critique virulente d’un certain milieu bourgeois, au-delà d’une belle histoire d’amour.

 

Envisagez-vous de passer des commandes ?

 

Non. En Belgique, c’est le domaine de la Monnaie et Anvers. Nous nous sommes mis d’accord entre nous afin de ne pas avoir la même ligne de conduite. Nous ne jouerons pas non plus le grand répertoire du XXe siècle,  les Stravinsky ou Wozzeck de Berg, qui est l’un de mes opéras préférés.

 

Des travaux conséquents vont être entrepris à la fin de cette saison afin de rénover le théâtre…

 

La technique a évolué et il est nécessaire de conformer le théâtre aux progrès de l’électronique. De plus, il faut rehausser la tour de scène qui ne permet pas actuellement de réaliser certaines coproductions. La salle, très belle, est un peu fanée et hétéroclite suite aux travaux d’entretien successifs et superposés. Notre théâtre est un bâtiment classé, qu’il faut entretenir. Cette rénovation nous permettra néanmoins de gagner un nouvel espace de répétition, une grande salle polyvalente.

 

·    Quel lieu accueillera les activités de l’Opéra royal de Wallonie durant la durée de ces travaux ?

Nous prévoyons que ces travaux dureront 18 mois. La seule salle à Liège capable de nous héberger durant ce laps de temps est le Théâtre du Manège… si la Communauté française, qui en est le propriétaire, y consent.

 

 

 

Paolo Arrivebani, quand et comment êtes-vous venu à la direction d’orchestre ?

 

 

Je me suis mis à la direction vers l’âge de 22 ans. Auparavant, j’avais étudié le piano, pour lequel j’éprouvais énormément de facilités, et la composition au Conservatoire de Parme. La composition m’a toujours fasciné, parce qu’elle permet de mieux appréhender la construction, la forme et l’orchestration d’une œuvre. J’ai ensuite travaillé comme répétiteur. Je me rappelle du jour où mon père m’a emmené au concert, écouter la Neuvième Symphonie de Beethoven dirigée par Daniel Barenboim : j’ai été littéralement subjugué ! Et je me suis dit : ça, c’est pour moi ! La direction d’orchestre peut s’apprendre, mais elle ne peut pas être enseignée. J’ai donc décidé de m’instruire sur le tas, en passant un maximum de temps dans les théâtres à observer la manière dont fonctionne chaque chef, leur empruntant quelques idées. La technique peut s’assimiler en une semaine, mais la direction d’orchestre ne consiste pas uniquement à battre correctement la mesure. Elle doit également prendre en compte la dimension humaine de l’orchestre à qui il faut parvenir à transmettre les sons que tu entends dans ta tête. Expliquer aux musiciens exactement ce que tu veux est très difficile. J’ai beaucoup travaillé avec Daniele Gatti, l’un des dix meilleurs chefs d’orchestre au monde et ami proche. J’ai également été assistant au Théâtre communal de Bologne : je quittais chez moi à dix heures du matin pour rentrer à minuit ! J’y traînais tous les jours ! C’était primordial pour moi.

 

 

 

Avez-vous des modèles, des chefs d’orchestre qui vous ont particulièrement inspiré ?

 

Oui ! Karajan, pour l’esprit et le son « allemand » qu’il a su donner à la Philharmonie de Berlin ; Muti pour sa vivacité et son allure incroyable sur scène ; Abbado, pour sa mémoire et son approche du travail. Ils sont tous différents et fabuleux à leur façon !

 

Quels ont été les points forts, les grandes rencontres qui ont jalonné votre carrière jusqu’à présent?

 

Ma rencontre avec Daniele Gatti lorsque j’avais 27 ans. Je travaillais dans une petite ville dont je pensais être LE Karajan ! Gatti m’a ouvert les yeux, sur mes qualités et mes défauts en tant que musicien, et m’a emmené à Milan. Là je me suis rendu compte que je n’étais pas Karajan ! Cette rencontre m’a transformé. Sinon… Ma première fois au Staatsoper de Berlin et de Vienne. Diriger en Espagne ou en Italie, c’est bien. Mais travailler à Berlin, c’est extraordinaire… et angoissant ! [Rires] L’orchestre m’a fait confiance d’emblée et depuis lors, j’y retourne deux fois par saison.

 

Dans votre carrière, vous privilégiez la direction d’opéras italiens du XIXe siècle. Est-ce un choix délibéré ?

 

C’est un choix tout à fait volontaire. L’opéra italien du XIXe siècle constitue un répertoire dans lequel je peux donner le meilleur de moi-même. Aujourd’hui, je veux donner à l’Opéra de Wallonie le maximum de mes capacités, et ce maximum se trouve dans le répertoire italien. Pareil à Berlin et à Vienne.  J’adore le répertoire français et allemand. Dans l’avenir, j’aimerais diriger Carmen et un Wagner, comme Lohengrin, mais je préfère progresser petit à petit. J’ai encore beaucoup de rêves ! [Rires] 

 

Pourquoi avez-vous décidé de poser vos valises à Liège pour quatre saisons ?

 

C’est une bonne question ! Monsieur Mazzonis m’a demandé de devenir directeur musical après avoir dirigé ici l’an dernier Nabucco. J’ai 44 ans et je me suis dit que c’était le bon moment pour moi d’accepter un tel poste. J’ai collaboré, et je collabore encore, avec de très grandes maisons d’opéra. Et je pense avoir acquis une expérience suffisante pour accepter une fonction de cette ampleur, qui diffère sensiblement de celle de chef invité. Elle demande de travailler avec l’orchestre, avec les chefs de pupitre, de prendre part aux castings, de mettre sur pied des projets avec le Directeur général, etc. Durant le Nabucco, j’avais entretenu des relations idéales avec l’orchestre, le chœur, la direction et les équipes techniques du théâtre. Je sais que, ici, j’ai les moyens de travailler correctement, parce que je suis entouré d’une merveilleuse équipe qui s’entraide et dialogue, au contraire de certaines autres maisons. De plus, Liège est une ville chaleureuse, où ma famille et moi nous sentons biens. Ce n’est pas un détail quand il faut y vivre plusieurs mois par an !

 

Comment abordez-vous le travail d’une partition d’opéra ?

 

Je suis né à Mantoue et j’ai étudié à Parme, où tu ne fais que manger du pain et de l’opéra depuis ta plus tendre enfance. Je n’ai pas besoin d’étudier la partition de Nabucco, par exemple, parce qu’elle est déjà dans ma tête. Idem pour toute la production de Verdi ou Puccini. L’essentiel, à mes yeux, est la dramatisation : connaître ce qui se passe dans la vie de Verdi à l’époque où il compose son opéra, les relations qu’il entretient avec sa femme, avec son librettiste, avec son éditeur. Je lis sa correspondance afin de cerner son état d’esprit. Lorsque l’ouvrage m’est complètement inconnu, je commence bien sûr par regarder la partition. Mais avec Verdi, Puccini et Donizetti, je n’en ai plus besoin !   

 

Stefano Mazzonis accorde une grande importance au rajeunissement du public lyrique. En est-il de même pour vous ?

 

Certains soirs, lorsque je dirige à Berlin, je me retourne et je ne vois que des têtes blanches ! Rajeunir le public qui fréquente les salles d’opéra est capital pour l’avenir. Je suis content lorsque je sais qu’il se trouve dans la salle 150 jeunes de moins de 26 ans. Le travail fourni dans ce domaine par Monsieur Mazzonis et Martine Vanzuylen [ndlr : directrice de la communication de l’ORW] est remarquable. Il faut insuffler aux jeunes le goût de l’opéra. J’aimerais pouvoir les inviter tous, les rendre curieux, leur donner envie de venir voir ce qui se passe derrière les portes de notre théâtre.

 

Devrait-on adapter le répertoire pour les jeunes, ou est-ce eux qui doivent s’adapter ?

 

Si vous pensez qu’un répertoire adapté serait celui de Bocelli, oui, peut-être. Je pense que pour plaire aux jeunes, il faut proposer des ouvrages très connus : La Bohême, Le Barbier de Séville. C’est une musique facile, qui touche directement le cœur. Combiné à des prix attractifs, c’est la meilleure solution. Ce serait difficile de les captiver avec une musique plus subversive.

 

A ce propos : quel regard portez-vous sur l’opéra contemporain ?

 

J’ai déjà dirigé des ouvrages contemporains. Certains sonnent un peu « bizarre ». Le problème dans l’opéra contemporain est que, parfois, les compositeurs écrivent pour la voix exactement comme pour les instruments, ce qui donne une partition inchantable ! Je suis favorable à la musique contemporaine, sauf celle assistée par ordinateur.

 

En 2009 et 2010, vous ferez vos débuts à l’Opera Bastille dans L'Elisir d'Amore et au Metropolitan Opera dans Rigoletto. Est-ce une consécration ou une étape supplémentaire dans votre carrière ?

 

Non, je ne veux pas parler de consécration. La consécration, ce n’est pas cela. Pas encore. C’est plus important pour moi de pouvoir, en tant que directeur musical, porter le nom de Liège à New York, Paris, Chicago ou San Francisco. L’Opéra de Wallonie peut ainsi profiter de la renommée d’un chef invité dans des lieux prestigieux.

 

Quelle serait alors votre consécration ?

 

A mon avis, pour un chef, il n’y a pas de consécration. Je pourrais inaugurer la saison à La Scala ou au Metropolitan. Il m’importe davantage de toujours donner le meilleur de moi-même, de me montrer perfectionniste. Je suis très critique par rapport à mon travail et je cherche sans cesse à m’améliorer. La consécration serait plutôt de m’endormir en étant satisfait de ce que j’ai accompli. Les critiques que je peux lire dans la presse ne m’intéressent pas non plus. Je cherche d’abord à combler le public, à lui faire oublier durant quelques heures les soucis matériels de la vie quotidienne. Si le public sort de la salle en étant content de ce qu’il vient de voir, j’ai gagné. C’est ma consécration !

 

Dans le futur, quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

 

Tous les bons chanteurs ! Pas forcément des stars. J’aime avoir un rapport particulier avec eux. J’ai découvert ici  Marianne Cornetti : notre rencontre a été géniale. Nous faisions tout deux nos débuts dans Macbeth et cela nous a considérablement rapprochés. Je regrette beaucoup de n’avoir jamais pu travailler avec Pavarotti. Sa voix, tout comme celle de Domingo et Carreras, m’a bercé lorsque j’étais jeune. Travailler avec eux serait un rêve ! Peut-être un jour… Parmi les metteurs en scène, je dirais Zeffirelli.

 

Et un lieu où vous souhaiteriez vous produire ?

 

A Liège ! [Rires] A Vienne. Une nouvelle production à Vienne.

 

Entretiens réalisés par Carine Seron

Liège, le 24 septembre 2008

 

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