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Hjördis Thébault Une belle voix qui monte |
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Enthousiasme, modestie, détermination et fraîcheur, la mezzo-soprano Hjördis Thébault a peut-être plongé sur le tard (à 20 ans, un premier apprentissage vocal) dans sa vocation, sa soif d'apprendre et son talent ont bien rattrapé le temps perdu. La pureté agile et la lumineuse sensualité de sa voix la conduisent tout naturellement à viser les rôles de soprano. Nouvelle et excitante étape d'un parcours progressif et intelligent qui lui a enseigné à trouver, à juste titre, confiance en elle. Sur scène, elle excelle dans la drôlerie sans rien perdre de sa troublante intensité (voir dans notre Agenda des Concerts, Cosi Fan Tutte). Souhaitons-lui, comme elle en exprime vivement le désir, d'aborder au plus vite le drame... sur scène, bien sûr ! Et pourquoi pas avec son époux à la ville, le baryton Pierre-Yves Pruvot, par ailleurs quatrième lauréat du Concours Reine Elisabeth 2000 ! (voir notre entretien)
Hjördis Thébault, vous étiez Dorabella dans le Cosi Fan Tutte de Jean-Claude Malgoire, un grand révélateur de voix puisque sont sortis de son écurie beaucoup de chanteurs dont récemment Philippe Jaroussky (voir notre entretien) ? Comment êtes-vous arrivée à Cosi ?
J'ai auditionné pour Jean-Claude Malgoire en mars 2000 et il m'a tout de suite proposé La Scala di Seta de Rossini (Ndlr : Lucilla). De fil en aiguille, il m'a fait de plus en plus confiance : j'ai eu la chance de participer à sa trilogie Monteverdi au Théâtre des Champs-Elysées, puis au Falstaff de Salieri (Ndlr :Mrs Slender). Il m'a petit à petit confié des rôles de plus en plus importants, notamment celui de Dorabella, que j'avais envie de chanter depuis longtemps. J'avais déjà interprété Despina au Grand Théâtre de Bordeaux.
Qu'est-ce qui vous intéresse dans un rôle ?
Avant tout, le caractère et la psychologie du personnage. La musique, bien sûr, qui lui est attachée. Mais surtout les possibilités théâtrales qu'il recèle.
Comment le choisissez-vous ?
On ne choisit pas toujours ! On a parfois des propositions de rôles auxquels on ne s'attend pas forcément mais qui sont intéressants Il s'agit aussi d'être curieux et de s'ouvrir à la découverte. Je viens de faire, avec Malgoire, Marcelline dans Les Noces de Figaro : c'est normalement un rôle typé de femme âgée et de virago. Mais grâce au metteur en scène, Pierre Constant, et à l'approche musicale de Jean-Claude Malgoire, le personnage dévoile des facettes bien plus riches que ce qu'on pouvait escompter.
Comment êtes-vous entrée en musique ?
Oh... Je ne viens pas du tout d'une famille de musiciens, mais d'une famille de juristes ! J'ai donc fait des études de droit pour suivre la tradition familiale ! Mes parents cependant sont très mélomanes, ils écoutent beaucoup de musique et il y avait toujours du classique à la maison. J'aimais particulièrement la voix. A 12 ans, je suis allée voir avec mes parents, puis avec ma classe, le film de Josef Losey, Don Giovanni, qui a été une sorte de révélation. Je n'étais jamais allée à l'opéra ni dans un théâtre. Mes parents m'avaient acheté le disque et je chantais dessus toute la journée : Leporello, Don Giovanni, Zerline, Donna Anna... tous les personnages ! J'adorais ça ! Mes parents voulaient absolument que je rentre dans un cours de chant parce que des amis leur avaient dit que j'avais une jolie voix. Mais j'étais très timide et j'avais très peur de rentrer dans une classe : tout le monde aurait déjà fait du chant sauf moi... Et je n'ai commencé qu'à 20 ans. Un ami m'a entendue et m'a presque mis un coup de pied au derrière pour que j'aille au conservatoire qui était à côté de chez moi. J'ai donc pris mon premier cours de chant à 20 ans avec un homme que j'aime beaucoup, Michel Cadiou, un très très bon ténor de l'Opéra de Paris avec une voix merveilleuse.
Et par la suite ?
J'ai fait plusieurs conservatoires municipaux à Paris. J'ai tenté le CNSM, je n'ai pas été admise et ensuite j'avais passé l'âge. J'avais l'impression que l'horizon était bouché. Puis l'occasion s'est présentée que j'aille aux Etats-Unis, chez des amis, donateurs au Conservatoire de San Francisco. Ils m'ont proposé une petite expérience de quatre mois et ça a duré deux ans et demi. J'ai décidé d'y passer un diplôme et d'avoir un master de musique. J'ai beaucoup aimé aussi mon professeur ; c'était une femme, Sylvia Anderson, qui y enseigne toujours. En fait, ça a été une révélation, pas tant du point de vue de l'apprentissage de la musique elle-même (l'enseignement musical en France est quand même assez bon) mais j'ai été séduite par la différence d'optique : chacun y a sa place, même sans être une grande vedette. Tous peuvent progresser et cet intérêt pédagogique m'a redonné confiance en moi. Puis, j'ai rencontré là-bas Kent Nagano qui m'a fait auditionner pour l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Lyon. Et je suis revenue en France. Je serais volontiers restée aux Etats-Unis sauf que les conditions de travail sont très difficiles : il faut un permis et il y a moins d'opportunité qu'en France pour les chanteurs.
Vu la pléthore de sopranos en France, quelles sont les difficultés pour se faire une place ?
Justement... il y en a beaucoup ! Il y a beaucoup de concurrence ! Sinon, et cela peut paraître banal, l'important est de se trouver soi-même, trouver le répertoire dans lequel on s'épanouit, pour lequel on est sûre qu'on a raison d'être là, de faire ce qu'on fait. Que ce soit en musique baroque, ou chez Mozart... Bien qu'on nous demande souvent maintenant d'être un peu "multitâche", c'est-à-dire de savoir chanter dans des tas de répertoires différents, ce qui est bien également parce que cela permet de s'ouvrir à d'autres musiques, d'autres horizons. Il faut certainement aussi des qualités de sérieux et de fiabilité... Mais qu'est-ce qui caractérise la soprano...? Je ne sais pas. On l'est ou on ne l'est pas ! C'est dans la tête ! (rires)
Quel est votre répertoire de prédilection ?
J'ai chanté en mezzo pendant quelques années et j'essaie maintenant d'aborder le répertoire de soprano. J'aime énormément Verdi : sa musique, le drame, les situations entre les personnages... Je pense que je peux en faire quelque chose, je sens qu'il y a pour moi des possibilités dans ce répertoire.
Quelles sont vos grandes rencontres musicales ?
Jean-Claude Malgoire. Il possède une qualité de rapports humains qu'on trouve rarement dans cet univers ; il est extrêmement généreux, il fait confiance et prend des risques avec des interprètes. Il a une capacité à souder les gens, à les rendre heureux de travailler en équipe. Jamais il n'y a eu de mauvaise ambiance sur un de ses plateaux. On ne travaille pas que pour soi auprès de lui, mais aussi pour les autres, l'orchestre, les chanteurs. Parmi les metteurs en scène, je citerai Alain Maratrat avec qui j'ai fait le Falstaff de Salieri (et l'Amour des Trois Oranges aussi, à Lyon, mais c'était d'autres circonstances). Il a une autre forme de générosité en poussant la personne au bout d'elle-même; il veut qu'elle puise dans ses capacités. Il ne se contente pas d'une façade : il veut qu'on aille chercher vraiment loin. Ca lui est arrivé de me faire reprendre une phrase cinquante fois, en m'interrompant dès le premier mot parce que ce n'était pas ce qu'il attendait. Il voulait autre chose, que ça sorte de plus loin. C'est une grande rencontre parce que, dans un certain sens, il m'a révélée. J'aimerais mentionner aussi Minkowski et Gardiner ...Et puis, mon mari (NDLR : le baryton français Pierre-Yves Pruvot. Voir notre entretien)! Justement avec Malgoire.
La musique, pourquoi ?
Je ne sais pas. J'ai l'impression que ça a toujours été là. Bien sûr j'ai commencé à en faire comme un divertissement, à côté de mes études, mais ensuite ça a pris énormément d'importance. C'était ça. Je ne me voyais pas faire autre chose. Ni avocate ni magistrate. J'aurais trop souffert de ne pas aller au bout de cette expérience. C'était un besoin vital.
Quelles sont les difficultés de l'artiste à notre époque ?
Je crois qu'avoir une vie de famille pour une femme, c'est très difficile. Il faut savoir équilibrer les choses. quand on est beaucoup absente, qu'on part ailleurs pendant 1 ou 2 mois. Je n'ai pas encore d'enfant mais je pense que ça doit être très difficile de se séparer de sa famille en ayant le sentiment de ne pas être présente. C'est aussi un métier difficile parce qu'il demande beaucoup d'investissement psychologique, de fréquentes remises en question (ce qui est bien d'ailleurs)...
Existe-t-il, dans votre parcours, un compositeur de référence ?
J'ai beaucoup chanté Mozart. Et quand j'ai commencé la musique, je préférais certains compositeurs pace que je ne connaissais pas les autres. Je n'avais pas du tout l'intention de faire de la musique baroque et puis la vie s'est chargée de battre en brèche mes idées reçues ! Du coup par exemple, j'ai chanté Scarlatti, que j'aime beaucoup... Du point de vue de la technique vocale, il est intéressant de constater combien on peut adapter son instrument à d'autres répertoires, sans qu'il ne perde ses spécificités. J'ai fait aussi de la musique contemporaine. Certaines choses m'ont plu, d'autres moins mais je ne demande qu'à découvrir... L'Amour des Trois Oranges, par ailleurs, est resté pour moi un très bon souvenir, une formidable expérience, un peu magique...
Quels sont vos projets ?
Dans l'immédiat, le grand théâtre de Genève pour chanter une fille-fleur dans Parsifal. Je suis très contente à l'idée de faire un opéra de Wagner parce que j'ai vraiment envie de découvrir cette atmosphère, ces voix impressionnantes et très riches d'enseignement à côté de moi. Puis je vais à Metz tenir le rôle du page dans Les Huguenots de Meyerbeer. Ensuite, quelques projets avec Jean-Claude Malgoire, dont il est trop tôt pour parler...
Propos recueillis à Bruxelles par Noël Godts le 15 février 2004
Petit trajet biographique et discographique :
Hjördis Thébault
C¹est en parallèle à des études de droit que Hjördis Thébault se forme au chant auprès de Michel Cadiou. Après un D.E.A de droit social, elle part compléter sa formation musicale à San Fransisco où elle obtient un Master of Music. Elle intègre ensuite l¹Atelier lyrique puis la troupe de l¹Opéra de Lyon. Hjördis Thébault a interprété les rôles de Despina dans Cosi fan tutte (Grand-Théâtre de Bordeaux), la Deuxième dame dans La Flûte enchantée à Montpellier sous la direction de Marc Minkowski, d¹Aloès dans L¹Étoile de Chabrier à Tours et à Rennes, d¹Eurydice, de la Muse (Orfeo) et de la Fortune (Le Couronnement de Poppée et Le Retour d¹Ulysse dans sa patrie) dans la trilogie Monteverdi donnée au Théâtre des Champs-Élysées et à l¹Opéra de Nice sous la direction de Jean-Claude Malgoire avec qui elle chante également Lucilla dans La Scala di seta de Rossini et Mrs Slender dans Falstaff de Salieri dans la mise en scène d¹Alain Maratrat (enregistrement Dynamic). À l¹Opéra du Rhin, elle incarne Celso dans Il Tito de Cesti sous la direction de William Christie. Elle a également interprété le rôle de Circé dans Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair. Au Théâtre du Châtelet, elle apparaît dans Alceste de Gluck, dans la production de Bob Wilson, Louise de Charpentier avec les forces du Capitole de Toulouse sous la baguette de Michel Plasson, et La Belle Hélène d¹Offenbach dans la mise en scène de Laurent Pelly, sous la direction de Marc Minkowski (enregistrement Virgin Classics). Au concert, on a pu l¹entendre dans Pulcinella de Stravinsky (Festival de Vaison-la-Romaine), Il Martirio di Santa Cecilia avec le Seminario Musicale, le Gloria et le Dixit Dominus de Vivaldi sous la direction de Jean-Claude Malgoire (Flâneries musicales de Reims), un programme Delalande et Campra sous la direction de William Christie (Ambronay, Caen, Versailles), le Stabat Mater de Pergolèse et le Salve Regina de Scarlatti, les Vêpres de Monteverdi, le Messie de Haendel, la Cantate de la Chasse de Bach et dans La Damoiselle élue de Debussy avec l¹orchestre de l¹Opéra de Lyon sous la direction de Kent Nagano. Cette saison, on la retrouve dans le rôle de Dorabella de Cosi fan tutte et dans les Noces de Figaro sous la direction de Jean-Claude Malgoire, puis au Grand-Théâtre de Genève pour une Fille-fleur dans Parsifal et enfin à Metz dans Les Huguenots de Meyerbeer (Urbain).
Disques : Dr Miracle de Bizet (BNL 112924) voir nos Coups de Coeur - Falstaff de Salieri (Dynamic, Cds 405/1-2) voir Opéra
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