Fondé en 2000 par le chef d’orchestre bruxellois Thomas Van Haeperen, l’Orchestre Sturm und Klang, formation à géométrie variable, rassemble autour de projets ponctuels et réguliers entre quinze et trente musiciens fraîchement diplômés des Conservatoires royaux et emplis de dynamisme. Son dernier concert, donné le 15 octobre 2008 au Conservatoire de Bruxelles et capté par Musiq3, proposait parmi un programme audacieusement consacré à la musique des XXe et XXIe siècles une création mondiale : Abendrot du compositeur belge Frederik van Rossum (né en 1939).
(Le nouveau logo de l'OSK a été généreusement réalisé par Michel Olyff, ancien membre du mouvement artistique CoBrA)
Au commencement étaient l’envie et la détermination. Celles de Thomas Van Haeperen (né en 1977), détenteur d’un Diplôme supérieur en violon du Conservatoire de Bruxelles (2002, classe de Véronique Bogaerts), de se confronter et de s’exercer à la direction d’orchestre alors qu’il était encore étudiant. Pour réaliser ce projet, il réunit ses semblables, tous élèves musiciens, pour un premier concert en 2001. Fasciné par la culture germanique dont il se nourrit notamment durant sa licence en philosophie effectuée à l’Université catholique de Louvain, il baptise cette nouvelle formation l’Orchestre Sturm und Klang (« tempête et son », en abrégé « OSK ») par allusion claire au mouvement allemand pré-romantique Sturm und Drang (« tempête et élan/passion) « mené par la jeunesse du XVIIIe siècle qui avait pour idéaux la liberté, la passion et l’émancipation de l’individu ».
Au départ simple jeu de mots, les caractéristiques suggérées par cette dénomination se vérifient rapidement, favorisé, à partir de 2003, par la professionnalisation des conditions de travail de l’orchestre et le rehaussement du niveau des effectifs, en perpétuel renouvellement (jeunesse oblige), qui sont uniquement sélectionnés et recrutés sur recommandation soit en fin de scolarité soit après obtention de leur diplôme. A ceux qui souligneraient leur relative inexpérience, sensible dans certaines faiblesses techniques, ces effectifs rétorquent par leur sincérité, leur engagement, leur spontanéité et leur désir de donner, éloigné de toute lassitude, autorisant légitimement l’OSK à revendiquer comme atouts majeurs « l’énergie, la fougue et l’enthousiasme de la jeunesse » dont le public, de plus en plus nombreux aux concerts, se fait l’écho.
En tant qu’orchestre de jeunes professionnels, l’OSK remplit la mission plus qu’honorable de combler un vide institutionnel en essayant d’assurer la jonction entre la fin des études musicales et l’incursion dans la vie professionnelle. De jeunesse il est également question dans le choix des solistes invités, qui furent Elisabeth Wybou, Katrien Gaelens, Adrien Lambinet, Sabine Conzen, Joris Bosman, Anne Maistriau, et d’autres qui connaissent déjà un rayonnement international, tels que Yossif Ivanov, Philippe Raskin, Shirly Laub et Frédéric d’Ursel. Il faut noter que, lors de productions qui requièrent un nombre restreint de musiciens, une dizaine tout au plus, ceux-ci se rassemblent sous le nom Ensemble Sturm und Klang (ESK).
Photo Christophe Gaugier
Le répertoire privilégié par l’OSK et l’ESK, déterminé quasi dès leur origine, contribue directement à la construction de leur identité artistique et à leur unicité. Il s’articule autour de deux grands axes : d’une part, la musique de la période dite classique (seconde moitié du XVIIIe siècle : Hasse, W.F. Bach, Mozart, Haydn, Beethoven), et d’autre part, les musiques modernes et contemporaines (XXe et XXIe siècles : entre autres Stravinsky, Schoenberg, Britten, Martinu, Absil, Schnittke et Kagel). En concert, ces époques peuvent être abordées séparément, à l’image de la prestation du 18 octobre dernier reflétant l’intérêt du chef d’orchestre pour un programme qui balaie l’entièreté du XXe siècle, ou juxtaposées, effleurant à l’occasion quelques thématiques communes par delà les siècles. L’OSK et l’ESK réservent une part non négligeable à la production belge, particulièrement celle de Frederik van Rossum, qui avait séduit d’emblée Thomas Van Haeperen par son authenticité et son accessibilité et qui est présente au répertoire depuis 2003. La politique de création de l’OSK, jusqu’à présent limitée à Van Rossum (en 2008 : Abendrot op. 93, Largo pour quintette à cordes, quintette à vents et piano op. 92), devrait s’étendre dans les prochains mois à d’autres compositeurs belges, pour s’affirmer en une orientation programmatique complémentaire à celles préexistantes.
En 2004, soucieux de s’ouvrir à un répertoire plus large, de diversifier son expérience et de satisfaire l’un de ses autres penchants, Thomas Van Haeperen crée le Chœur de femmes Sturm und Klang avec une quinzaine de choristes amatrices de haut niveau, de constitution internationale, encadrées par trois chanteuses professionnelles. En concert, ce chœur allie musique sacrée et musique profane choisies dans une période qui s’étend du XVIIIe au XXe siècle, s’appropriant des œuvres de Hasse, Schubert, Mendelssohn, Brahms, Distler, Caplet, Stravinsky et Alain. Il explore et diffuse le répertoire à voix égales peu connu mais non moins digne d'intérêt.
Jusqu’à ce jour, et malgré que ce soit le souhait de son fondateur, l’OSK ne repose sur aucun partenaire structurel, carence qui l’empêche de se déployer en un orchestre permanent au sein duquel les effectifs auraient la possibilité d’acquérir des réflexes et des habitudes de jeu, et, par conséquent, une plus grande cohésion. Il bénéficie par contre d’aides financières accordées dans le cadre de projets précis par des institutions prestigieuses tels que, pour la saison 2008-2009, la Communauté française (Direction générale de la culture, Service de la musique), Musiq3, le Conservatoire royal de Bruxelles, les Jeunesses musicales, le Musée des instruments de musique, la Promotion artistique belge (Sabam), les Facultés universitaires Saint-Louis et la Bibliothèque royale de Belgique.
Cette instabilité structurelle ne prive pas l’OSK de s’intégrer chaque année davantage à la vie musicale bruxelloise et brabançonne. Préférant la qualité à la quantité, il se produit peu, entre quatre et dix concerts par saison selon les budgets, fréquence qui pourrait néanmoins s’accroître dans le futur grâce à de nouveaux partenariats. De ses prestations passées, retenons particulièrement les collaborations avec la Chapelle musicale Reine Elisabeth au Théâtre Marni en décembre 2003 et avec le Chœur Polyphonia sous la direction de Denis Menier à l’Eglise des Dominicains de Bruxelles en décembre 2007, le cycle autour du Pierrot lunaire de Schoenberg et de l’Histoire du soldat de Stravinsky à la fin de l’année 2004 et la création belge des Fünf Fragmente zu Bildern Bosch de Schnittke en février 2005.
Depuis 2004, l’OSK et l’ESK sont gérés par une asbl. Son conseil d’administration est formé de diplômés universitaires en économie, gestion, communication et sciences humaines, dont la musicologue Valérie Dufour en charge de la direction artistique, qui, grâce à leurs compétences et leur bagage intellectuel, épaulent Thomas Van Haeperen et concourent directement à l’épanouissement de la structure.
Si l’OSK a remarquablement évolué depuis sa fondation, il en va de même pour son chef, Thomas Van Haeperen, qui poursuit continuellement sa formation par le biais de stages à l’étranger. En 2001, alors qu’il obtient une bourse de la Fondation belge de la Vocation, il se rend à Leipzig (Allemagne) afin de suivre des cours de direction d’orchestre auprès du Professeur Wolfgang Unger. En novembre de l’année suivante, dans cette même ville, il est appelé à diriger le Pauliner Kammerorchester et le Leipziger Universitätschor dans le Deutsches Requiem de Brahms. Il est sélectionné à deux reprises, en avril 2005 et en juin 2006, comme participant actif aux masterclasses de direction données par le célèbre chef d’orchestre amiénois Sylvain Cambreling et organisées par la Gutenberg-Universität de Mayence (Allemagne), au terme desquelles il a l’occasion de diriger en concert l’EuropaChorAkademie dans un programme mêlant entres autres Webern, Absil, Poulenc, Stravinsky et Janacek. Il a également collaboré comme stagiaire actif, en août 2007, aux Rencontres musicales de Vezelay (France) sous la direction de Pierre Cao.
Au-delà de toute prétention d’ordre technique, Thomas Van Haeperen cherche d’abord à faire naître, inlassablement, une alchimie avec son orchestre qui se répercuterait dans le public. Au vu des applaudissements fournis qui ont ponctué son dernier concert, force est de constater qu’il y parvient avec aplomb, prouvant qu’avec l’envie et la détermination, rien n’est gageure.
Carine Seron
2009
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