Joseph Haydn (1732-1809)
Divertimenti a tre per il baryton, viola e basso
Trios 101 en do majeur, 66 en la majeur, 96 en si mineur, 70 en sol majeur, 97 fatto per la felicissima nascita di S.A.S. Prencipe Esterhazi.
Philippe Pierlot (baryton), François Fernandez (viola), Rainer Zipperling (violoncello)
- Flora 0102 -
Le baryton dont il est ici question n'est certes pas la voix qui se situe entre le ténor et la basse ni l'instrument à pistons proche du clairon et dont la tessiture évoque celle du trombone ! Il s'agit d'une variété de basse de viole utilisée en Allemagne dès le milieu du XVIIIè, pour laquelle Haydn composa au moins 126 divertimenti. C'est du moins le nombre de pièces qui ont réchappé des nombreux incendies du château du Prince Nicolas Esterhazy qui raffolait de cet instrument au point d'exiger sans cesse pour lui de nouvelles compositions. Haydn, au début réticent, finit par apprendre à en jouer la nuit (compromettant, dit-on, la paix de son ménage au vu des insomnies de son épouse !) et se prit à l'aimer. Le site du label Flora, http://www.kelys.org, nous en propose de très belles photos, rappelant par ailleurs les légendes qui circulent autour de l'étymologie du mot "baryton", de l'histoire d'un prisonnier gracié pour avoir inventé cet instrument (viole du pardon ou paredon), ou selon Léopold Mozart du bourdonnement d'une abeille (bordone, viola di bordone, barydon), etc. Une série de cordes métalliques, ajoutées à six cordes en boyau frottées par l'archet, lui donnent en tout cas sa résonance chaude et prononcée. Il imprègne, sous le jeu très charnel de Philippe Pierlot, les Divertimenti à trois de Haydn d'une voluptueuse intensité. Ces pièces distractives et légères où se joignent gracieusement la viole de François Fernandez et le violoncelle de Rainer Zipperling, tout en virevoltes nuancées, sont une apaisante caresse, tendrement mélancolique, douce et feutrée. Les trois instrumentistes, d'une touchante connivence, sont des virtuoses de la subtilité. La tension des cordes libère en un souffle comme les visions fugaces d'un rêve qui disparaît. Et la musique de Haydn voltige comme un fragile papillon au-dessus des abîmes.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 1er février 2004)
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