BAPTISTE-MARREY

  

Les Papiers de Walter Jonas, Actes Sud 1986 (Babel 15, 501 pages)

Elvira, Actes Sud 1986, 1993 (Babel 88, 144 pages)

Un clic ici pour deux portraits non conventionnels de Baptiste-Marrey par Dominique Penloup

 

" - Contrairement à nous, les grands artistes découvrent la vérité de la vie sans avoir besoin de vivre : ils n'en auraient d'ailleurs pas le temps...

- C'est la nostalgie de ce qu'ils ne vivent pas qui leur fait comprendre ce que les autres vivent...

- ... ils le composent ou ils l'écrivent, c'est-à-dire ils l'imaginent. La représentation qu'ils donnent de la réalité est plus vraie, plus complète que la réalité elle-même. Sinon, pourquoi passerions-nous nos soirées au théâtre ou à l'opéra ? Uniquement pour ne pas rester en face de nous-mêmes dans notre chambre ? ajouta David, lugubre.

- Non, nous allons à l'opéra dans l'espoir d'avoir enfin une vue sur l'autre côté. Peut-être même d'y pénétrer. Mozart dans ses meilleurs moments nous y conduit tout droit. La musique est la langue de l'au-delà. C'est bien autre chose que de pousser des contre-ut de poitrine devant une salle qui râle de plaisir."     Elvira, Babel, p77.

 

Deux livres quasiment indissociables d'un même auteur pour qui la vie et la création sont intimement liées : ses personnages, aux prises avec le besoin dévorant d'attraper leur existence dans la musique, l'opéra, le chant, s'écrivent au quotidien. Des lettres, un journal, des carnets, un livret imaginaire recomposent par bribes la trame mouvementée de leurs amours intenses et jalouses.

Les Papiers de Walter Jonas représentent les archives et documents d'un compositeur, présentés pêle-mêle, sans ordre ni raison apparents. Comme on plongerait dans une fascinante forêt, on y découvre, hors pistes, la vie de Walter Jonas et celle d'Alba Selznik, une belle et talentueuse cantatrice devenue sa femme et la mère de ses enfants...

Le narrateur aurait rencontré un pianiste qui lui aurait transmis un mystérieux et épais dossier qu'une chanteuse lui aurait remis en Autriche... Livret ou roman ? Les personnages qui s'y retrouvent ont-ils été inspirés par Gustav et Alma Mahler ? Le pianiste intermédiaire les aurait connus et s'est passionné pour leurs documents qu'il a tenté de réunir comme on écrirait une symphonie, fasciné par "son côté jeu de l'oie de la mémoire, sa structure polyphonique - la vie n'est-elle pas une polyphonie de moments différents où tout se mêle, rêves et réalités ?"

Loin d'être perdus, nous, lecteurs, palpitons à chaque instant, remués de prendre la vie de ces personnages en marche, de côtoyer leur avenir en même temps que leur passé. Nous entrons avec eux dans une sorte de perpetuum mobile, éternel et discontinu.

Avec Elvira, qui est un roman court et fulgurant, c'est la voix d'Alba qui davantage se fait entendre à travers des extraits de sa correspondance et de son journal intime. Elle qui a rêvé d'interpréter Donna Elvire, séduite et méprisée par Don Juan, invente un livret d'opéra imaginaire avec David Blinder, un metteur en scène passionné par son récit. Au fil de leurs voyages en train entre Vienne et Klagenfurt prend forme leur fascinant duo.  La propre histoire d'Alba en ex-Yougoslavie, ses souvenirs de la diva du Théâtre de Sarajevo en 1946 et de ceux qui l'entouraient, se mêlent à ses propres désirs comme à ses rêves inassouvis. Alba tient David en haleine, qui la questionne... Plus encore, elle le tient en vie, accroché à son histoire. Entre eux se noue, par cette invention commune, un drame où les passions restent secrètes et inédites quoique intensément vécues.

De ces lectures, on émerge échevelé, le coeur en abîme...

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 juillet 2007)

 

Pour en savoir davantage sur Baptiste-Marrey : http://www.letempsquilfait.com/Pages/Auteurs/Baptiste-Marrey/marrey.html

 

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