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Variations sauvages
Hélène Grimaud
Editions Robert Laffont, S.A., Paris, 2003
ISBN 2-221-09824-2
Entretien novembre 2005 avec Hélène Grimaud
La pianiste aux semelles de vent
" Amour, incessante création. (...) Tu m'as fait comprendre que ce n'est pas ce qui vient à nous, mais bien ce qui vient de nous qui est la vie véritable. Je voulais être. Aimer, c'est être. Et c'est créer sa vie bien plus que la recevoir." Variations sauvages, Hélène Grimaud, p151.
Ecrire son autobiographie à 33 ans... C'est un peu court, non, argueront certains. Surtout quand on est musicienne et que, de surcroît, on élève des loups ! Comment trouver le temps et l'énergie des mots sans galvauder son art ? Les Variations sauvages d'Hélène Grimaud souffleront les sarcasmes aux quatre vents : amoureuses, orageuses, rebelles inventives, elles décompartimentent la vie des idées reçues qui l'entravent. La pianiste ne raconte pas un passé mort mais un présent qui se transforme, un itinéraire très personnel, volontaire et intransigeant, dans l'espoir de réenchanter l'existence. La quête, si proche de celle d'Arthur Rimbaud, d'un "ailleurs d'une autre essence où je me serais enfin sentie chez moi" (p18). Petite fille turbulente, lectrice insatiable, bouillonnante d'énergie, elle entre à 13 ans au Conservatoire de Paris, reçue à l'unanimité. Dès lors cette insoumise vagabonde à Paris, étudie suivant ses instincts, refuse tout compromis, s'exile aux Etats-Unis, survit seule à New York, doute, lutte, rencontre Alawa la louve et fonde dans l'Etat de New York le Wolf Conservation Center. Aussi, Variations sauvages nous raconte en alternance avec l'histoire de sa propre vie, celle des loups à travers les âges, et de tous ces animaux dont les hommes se sont longtemps demandé s'ils avaient une âme. Le rythme vif et acéré de sa plume traque cette animalité dont elle dit qu'elle "sauvegarde l'artiste"(p264) et qui à chaque instant implique la prise de risques, essentielle à la découverte de soi-même et des autres. Ponctué de réflexions sur les écrivains qui l'ont portée (Dostoievski, Novalis...) et les compositeurs qui la transportent (Brahms, Chopin, Beethoven...), son récit incite à l'action, au mouvement, à la vie : "J'ai compris que se souvenir, c'est aussi inventer. La mémoire est l'art magique de la composition." (p50) Elle prend parti, résolument active, pour la liberté, la musique, la nature, les vraies rencontres et le partage. Hélène Grimaud se confie comme elle joue, avec les débordements d'un être intarissable et les périlleuses exigences d'une inassouvie.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 novembre 2003)
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